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Kum’a Ndumbè III

18/02/2010 - Lu 2702 fois
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Kum’a Ndumbè III : Un prince tout Afric’Avenir


 Si Kum’a Ndumbe III a le titre de prince, il en a aussi l’étoffe. Portrait d’un homme qui, au-delà du Wouri, œuvre à la (re)découverte de la culture africaine.




Kum’a Ndumbè III
Un prince tout Afric’Avenir


“ La modernité doit s’inscrire dans la tradition ”, explique Kum’a Ndumbe III, prince de sang dont les ancêtres régnaient sur le royaume Bèlè-Bèlè qui comprend les actuels villages de Bonassama, Bonabéri, Bonendalé, Bojongo, Sodiko, Bonamatoumbé et les îles Djebalè. C’est donc naturellement qu’il a implanté sa fondation, Afric’Avenir, au cœur de son ancien fief : Bonabéri. “ J’ai décidé, en 1993, de créer une fondation afin que le peuple africain puisse se relever : se purifier puis renaître ”, explique-t-il, installé dans sa bibliothèque où jonchent des dizaines d’ouvrages sur l’Afrique, dont un des plus anciens date de 1887. “ Ces livres traitent de l’histoire africaine mais sont pourtant difficilement trouvables au Cameroun. J’ai voulu que cette fondation puisse servir de lieu de recherches. ” Pour le prince, la tragédie vécue par l’Afrique est une des plus douloureuses et des plus longues, se perpétuant encore aujourd’hui sous le joug des dictateurs du continent. “ Mais, j’ai la certitude qu’après cinq siècles de déshumanisation, l’Afrique accouchera d’un trésor ! ”, affirme-t-il, confiant.
Sa lignée princière lui impose certaines responsabilités auxquelles il ne veut pas se dérober. Après dix ans passés à l’étranger où il a fait ses études, Kum’a Ndumbe III décide de s’investir pour la “ renaissance ” de son pays. Docteur en études germaniques et histoire, major de promotion, Kum’a Ndumbe III obtient facilement, à la sortie de la fac en 1970, un poste d’enseignant à l’Université de Lyon. Il est aussi professeur à l’Université de Berlin, et dès 1979 à celle de Yaoundé. “ Ainsi, j’ai passé vingt ans entre deux continents : l’Europe et l’Afrique. ” Mais la fondation qu’il crée a besoin de lui : il décide donc de s’installer définitivement dans la ville qui l’a vu naître. “ Je voulais créer un endroit où le citoyen puisse se ressourcer afin de comprendre d’où il vient, pour savoir où il va. Et la tradition est une façon de se ressourcer ! ” Pour le prince, “ un être humain qui n’a plus de tradition est une personne sans âme qui devient un déstabilisé de la modernité. ” Dans une perspective presque religieuse, le prince entend offrir “ aux Africains en général, aux Camerounais en particulier, ainsi qu’à nos amis du Nord, la possibilité de se réconcilier avec l’univers, avec les ancêtres. ”

Entre tradition et modernité
De ses expériences, en Afrique et en Europe, l’universitaire a constaté que l’homme moderne se comportait en maître du monde. “ C’est une erreur de croire une chose pareille ! Quand on va sur la lune, on ne fait que découvrir des lois qui existent depuis des millénaires, on n’invente rien ! L’homme n’est qu’une partie de cet univers qu’il doit respecter. ” Il est intransigeant sur les méfaits de la colonisation : “ Les structures coloniales et post-coloniales ont dépouillé l’Africain de son âme et l’éducation contemporaine ne fait que recoloniser mentalement nos enfants. ” D’où son initiative de créer un espace entièrement dédié aux Africains et à leurs cultures. “ Nous organisons des forums de dialogue sur des thèmes qui intéressent les Camerounais comme le rôle des écoles ou des églises, les stratégies de survie, sur le tribalisme, les conséquences du Sida… ”
Autre initiative pour que les Africains se réapproprient leur culture : le mois du cinéma africain qui se termine ce samedi (le 17 juin). “ Comme l’Africain a été détourné de lui-même, il ne veut plus découvrir sa propre culture ! Et changer les mentalités est un travail de longue haleine. ”, constate le prince. Ainsi, cet événement n’a pas eu le succès escompté : “ Le cinéma n’est pas encore entré dans les mœurs des habitants de Douala contrairement aux forums qui font, à chaque fois, salle comble. ” Mais, l’action de cet homme ne s’arrête pas là. Amoureux des lettres, le prince a publié non moins d’une quarantaine d’ouvrages dont une dizaine récemment publiée en langue allemande.
“ J’ai constaté qu’il était plus aisé de trouver mes livres à Cuba qu’au Cameroun ! ”, ironise l’écrivain. Ainsi, au travers de pièces de théâtre, de recueils de poèmes ou d’essais politiques, Kum’a Ndumbe III scrute la culture et l’histoire du continent africain. “ Dans la pièce “Kafra Biatanga”, qui est un jeu de mot à partir de Biafra Katanga, j’ai voulu réfléchir sur la façon dont on fabrique une guerre. Dans “Lumumba”, je dresse une satire historique sur l’héritage de la corruption depuis la colonisation… L’Afrique est très souvent au cœur de mes réflexions. ” Actuellement le prince écrit un ouvrage de science politique sur la prévention des conflits. “ L’avenir de l’Afrique réside dans sa capacité à inventer son futur. Et cela ne pourra être fait que si le passé est maîtrisé ! ”

Par Fabienne PINEL (Stagiaire)

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