Imane Ayissi: danseur, mannequin, styliste… et journaliste!
Rencontre avec l’un des stylistes africains les plus talentueux du moment, qui revient sur ses débuts de carrière comme danseur puis mannequin, styliste et journaliste à temps partiel, qui n’hésite pas à tancer ses frères afro-antillais quand il le faut
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Par Hervé Mbouguen – 21/02/2005 Pouvez-vous présenter aux internautes ?
Bonjour, je suis Imane Ayissi, d’origine camerounaise, je suis mannequin, créateur de mode comme on dit ici, et danseur. Vous venez de citer les trois activités que vous menez. Est ce qu’il y a une des trois qui vous plaît plus que les autres, sont-elles complémentaires, et comment faites vous pour exceller dans trois domaines aussi différents ? Je ne dirais pas qu’il y existe un domaine me plaisant plus qu’un autre. J’ai une manière de voir les choses. Quand on est artiste, et qu’on a la facilité de faire certaines choses, ou de la créativité, faut foncer. En ce qui me concerne, qu’il faille se mettre devant les appareils photos, devant les caméras, ou sur un podium pour défiler pour un couturier, ou sur une scène de danse, ou même pour créer des vêtements de collection pour les présenter, ça m’est égal. J’aime tout. |
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Commençons par vos débuts dans la danse au Cameroun. Qu’est ce qui vous a poussé vers cette activité là qui vous a permis de travailler avec Yannick Noah, ou pour l’opéra : comment faites-vous pour briller dans des disciplines de la danse très différentes ? (Rires). Déjà, je n’ai jamais appris à danser. Bien sûr, je me suis entraîné, j’ai appris certaines choses, mais je n’ai jamais été dans une école de danse. Je crois que c’est quelque chose que j’ai hérité de ma famille, parce que mon grand père était danseur traditionnel à son époque, ma mère qui a fait de la danse, était la toute première Miss Cameroun, elle a fait du mannequinât, j’ai eu un des mes frères Ayissi Le Duc, ainsi que ma sœur Chantal Ayissi, qui sont dans le domaine, et même un autre frère danseur à l’opéra de Paris. Je crois que ça vient de là. |
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J’ai intervenu au Cameroun dans le groupe de mon frère « Les Frères Ayissi ». J’ai été dans le ballet national camerounais, j’ai dansé avec différents artistes camerounais, et même des étrangers. Avec Yannick Noah, c’est une autre histoire, parce que nos parents se connaissent. Il nous a proposé de venir en France pour faire la promotion de son tube « Saga Africa », en même temps le tournoi… Yannick Noah a en effet fait célébrer la victoire de la France en Coupe Davis au son de « Saga Africa » Oui exactement, et après je suis resté en France. Et j’ai décidé de poursuivre un peu ce que j’avais l’idée de faire, à savoir la danse, et le mannequinât que j’avais un peu commencé au Cameroun… |
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Au Cameroun ou avec Yannick Noah, vous travailliez plutôt dans la danse camerounaise ou africaine, et quand vous êtes arrivés ici vous avez élargi votre répertoire, puisque vous faisiez du ballet, de l’opéra, comment s’est opéré le changement? Je tiens à préciser que je ne suis pas un danseur classique, et je pense que quand on veut vivre chez les gens, on doit faire certains efforts d’adaptation et d’intégration. Si on va à l’étranger pour vivre comme on vit chez soi, ça ne vaut pas la peine. Donc pour moi, au niveau de la danse et au niveau de mes créations par exemple, il faut que je crée des choses qui puissent plaire à toutes les femmes. Si je veux qu’on me voie qu’on puisse m’intégrer dans certains ballets ou certains plateaux, il faut que je sache faire certaines choses. Donc j’ai fait un peu de danse contemporaine, j’ai fait un peu de barres, parce que je suis trop vieux pour le classique qui doit être commencé très tôt. C’est ce que fait mon grand frère qui travaille à l’opéra de Paris : il a commencé tout petit. |
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J’ai donc insisté, et ce n’est qu’après trois ans que j’ai commencé à recevoir des appels, mais aucune agence ne voulait de moi: je travaillait en freelance, grâce au bouche à oreille ayant beaucoup d’amis mannequins. Vous continuez à défiler aujourd’hui? Je défile encore de temps en temps, mais je ne cours plus après comme il y a quelques années… Je fais encore quelques photos, mais je ne cours plus après, je ne fais pas de castings, j’ai besoin de passer à autre chose. |
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Après avoir porté les créations des autres, vous décidez de devenir un styliste, créeant uniquement pour les femmes. Comment s’est opérée la transition entre les deux carrières? Je pense que quand on a des choses à créer, des choses à montrer, des idées, il faut le faire, il faut montrer ce qu’on sait faire. J’ai fait un peu de couture avant. Beaucoup de gens l’ignorent, mais je n’ai pas commencé à Paris, j’avais commencé au Cameroun. Mon premier défilé à Paris remonte à 1994. Ma dernière collection présentée à Paris en Novembre était la dixième. |
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Qu’est ce qui fait d’après vous, la touche Imane Ayissi dans les vêtements ? Je pense c’est la manière dont je conçois certaines choses, les coupes. Parce qu’on reconnaît toujours un styliste à la manière dont il associe certaines choses. Chez moi je pense que ce sont les drapées, la coupe, et les mélanges… Dans vos documents, on dit chic, distinction et impertinence, comment doit-on interpréter ? (Sourires). On l’interprète comme on veut, je pense qu’on a le chic en soi, il suffit de savoir se tenir. |
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Vous conseillez également des femmes dans le choix de tenues les mettant en valeur, est-ce une activité importante pour vous ? Je pense que c’est un bon challenge d’aider des gens qui ne savent pas comment se mettre en valeur, comment se tenir, bien qu’on en fasse des stars aujourd’hui. Parfois on découvre des gens qui ont quelque chose et qu’ils ignorent eux-mêmes. C’est important pour moi par exemple de conseiller une femme sur la manière de se coiffer, de changer un chapeau, de mettre un style de robe qui lui irait … J’adore le faire. Vous n’avez pas hésité à rappeler vos origines camerounaises dans cette interview, mais votre succès va bien au delà de votre pays: vous étiez aux Antilles pour présenter une collection, la presse africaine est très enthousiaste sur votre travail. Comment accueillez-vous cette reconnaissance, et au delà du mannequinât, du stylisme, où est ce que vous vous arrêterez ? Je crois qu’il n’y a pas d’arrêt dans tout çà, tant que j’aurai la force de continuer, et en ce qui me concerne, j’ai toujours tiré chapeau à la presse africaine, pas les africains en eux-mêmes parce que j’ai pas encore « bouffé » leur argent. |
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Vous n’avez pas d’africains dans votre clientèle ? Très peu, et c’est quelque chose que je revendique de toutes mes forces. Pas forcément qu’ils m’achètent, peu m’importe, mais qu’ils achètent ce que font les créateurs africains. Parce que la mode, beaucoup de gens l’ignorent, est une machine économique. Ils achètent Dior, etc…, est ce qu’ils savent qui sont derrière ces machines ? Parfois ce sont des africains. Mais ils achètent parce que ça porte de gros noms et que c’est de la marque. N’importe quel styliste d’Afrique peut faire la même chose, mais il faut leur faire confiance, c’est quelque chose que je revendique vraiment.
La preuve ici en France, quand on voit la réalité des noirs, nous n’avons presque rien et nous sommes toujours derrière les autres, contrairement à la communauté juive qui elle est à la hauteur. Pourquoi ? Parce qu’ils ont compris. Ils sont toujours ensemble, et la communauté asiatique fait pareil. Il est primordial que les africains se mettent ensemble pour faire les choses comme il faut. Si on n’arrive pas à le faire, à faire les choses bien, à s’entraider, on va toujours traîner en route. |
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Vous citiez la presse, domaine que vous pratiquez de façon très accessible pour les gens, puisque vous écrivez dans quelques journaux même si vous ne le revendiquez pas, c’est important pour vous de garder ce contact avec des lecteurs afro-antillais ? Donc quand j’écris, ce sont juste des petites notes. Des petites choses qui reflètent la réalité. C’est comme dans « Cité Black », j’ai une petite rubrique dans laquelle je parle de gens qui ont du talent. On ne sait jamais qui va le lire. Ca parle de coiffeurs, de chanteurs, de mannequins, de danseurs, pas vraiment connus, même si parfois je parle aussi de personnes connues. Mais très souvent, ce sont des inconnus. Par contre, la politique, je n’ai pas envie d’en faire. Mais si on me pose des questions j’y réponds. |
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Si un jeune afro-antillais venait vous dire aujourd’hui « Bonjour Imane, j’aimerais devenir un grand mannequin ou un grand styliste comme vous », qu’est ce que vous lui répondriez ? On me pose souvent la question, je suis énormément sollicité, mais je ne peux pas tout faire. Le conseil que je peux donner est d’aller les voir les bonnes personnes, être lucide sur soi-même : avez-vous la bonne taille, les bonnes mensurations. Il faut être fort parce qu’ils parlent souvent d’une façon qui peut déprimer les plus fragiles. Mais il faut voir la personne pour juger, je ne peux pas parler des gens que je n’ai pas vu, même si j’ai aidé quelques personnes récemment dont une qui va travaillez chez Elite. Il faut être professionnel, allez au rendez-vous quand on en a, même si les choses demeurent difficiles, et que les médias choisissent le type de noir qu’ils veulent mettre en avant dans lesquels les africains ne se reconnaissent pas, même si je suis en porte-à-faux avec eux pour le cas d’Alek Wek que je considère comme étant la plus belle femme du monde alors que les africains la trouvent moche, peut-être parce qu’au contraire d’autres elle n’a pas de faux cheveux et tout le faux attirail. Même Naomi Campbell a dû travailler pour arriver là où elle est. Le site personnel d’Imane Ayissi Source : http://www.grioo.com |
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