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Idool : Dans les entrailles de la fraîcheur

Cette localité de la région de l’Adamaoua qui a été visitée par plusieurs chefs d’Etats est un véritable attrait touristique. –

Le vent frais qui circule continuellement dans ce petit coin, donne assurément une physionomie particulière à Idool, petit village d’environ 2000 âmes situé à 70 km à la sortie Nord de Ngaoundéré. Ce climat frais, dit-on, favorise l’accouplement dans ce petit village dont les principales activités sont l’agriculture et naturellement l’élevage. "Il y a plus d’enfants que de grandes personnes" nous fait remarquer un visiteur. "Cela serait dû au climat. Regardez le sol, il est humide" révèle-t-il avec beaucoup d’ironie. Des enfants, c’est la chose qui manque le moins dans cet îlot de paix ou cohabitent Baya et peuls. Les imposants arbres plantés le long de chaque avenue seraient pour beaucoup. Ils font ombrage au village. La remarque est très pertinente vu le nombre impressionnant de gamins qui gazouillent autour du palais du Djaouro (en langue peul, chef du village). Malgré leurs cris intempestifs, ils sont chaleureux, accueillant. Ils entonnent des chants comme pour signifier la joie d’accueillir des visiteurs dans leur village. Un village touristique dont la propreté est de rigueur. La population, tout comme l’aspect physique du village dégage une certaine convivialité.
A une distance de 10 mètres sensiblement, Idool s’impose dans le magnifique paysage par sa charpente, rien à voir avec Tourningal, la localité située avant Idool ou les autres villages environnant de l’Adamaoua. Les bouts des toitures en paille tressée, surmontés d’une sorte de chapeau pour y laisser échapper la fumée sont visibles à milles mètres à la ronde. Aussi, la forme carrée de chaque camp, autour desquels des murs parfaitement rectilignes abritent des maisons solides, donne un air particulier à ce village. "Tous les habitants respectent scrupuleusement les normes de construction du village imposé par Yaya Oumarou, père fondateur d’Idool" livre Moussa Hady et Harouna Ahy, des jumeaux et frères du chef du village. "Le terrain ne se vend pas ici. Le chef le donne à qui le veut à la seule condition de respecter les normes de construction prescrites par le père fondateur, c’est-à-dire un mur qui sert de clôture et dans chaque camp 4 cases pour 4 familles qui vivent en harmonie" affirme l’un d’eux. Des normes que la population accepte sans rechigner car justement à Idool les maisons sont construites à une distance égale et la largeur des routes bordées de gros eucalyptus est respectée. "Chaque avenue mesure 35 à 40 pas et après cela une maison doit être construite " précise Moussa Hady. Un véritable labyrinthe !
Un tour rapide dans ce village, avec les jumeaux du coin, les fils de Yaya Oumarou et Idool dévoile sa richesse touristique. " Il existe plusieurs petits lacs dans le village, mais le lac artificiel situé à quelques mètres de la chefferie est particulier. C’est lui qui alimente le village " révèle Mohaman Ahman, chef du village. " Ce lac a été initié par Maslin, sous-préfet colon d’avant l’indépendance. Des canalisations avaient été installées pour alimenter le village et les populations cotisaient pour son entretien. Seulement depuis, il n’est plus fonctionnel " ajoute Mohaman Ahman. Le lac artificiel a été transformé en pâturage pour les troupeaux. Ils viennent boire de l’eau après avoir avalé la bonne herbe fraîche du coin. Dans ce lac, on y pêchait souvent des tilapias.
Quelques mètres plus loin, une rivière de kaolin, Mayotaparé (qui veut dire en foufouldé rivière de cailloux) coule paisiblement dans la forêt. Les populations utilisent ce kaolin pour embellir leur maison. C’est cette espèce de peinture qui recouvre tous les murs du village. En dehors de ces lieux, l’imposant ranch d’Ahmadou Ahidjo est visible à plusieurs kilomètres du village et constitue un lieu mythique pour le coin, même comme de tout le troupeau qui s’y trouvait, seules quelques têtes ont survécues à l’air du temps. A idool, de magnifiques chutes, situées à 3km du village, constituent également l’attrait des touristes.
Ahmadou Ahidjo
Walou wol Idowol, qui a pour signification la vallée qui résonne est en réalité le véritable nom de cette citée qui, d’après le chef a remporté trois fois successivement le prix du village le plus propre du Cameroun. " Idool est construit sur des pierres et lorsque l’on marche, elles résonnent. D’où son nom" affirme Mohaman Ahman. Idool est un modèle d’urbanisme au Cameroun. Il à été crée en 1958, par un féru de l’organisation. Yaya Oumarou, n’avait que pour seul bagage que l’organisation et le savoir faire de son peuple. Avant de s’installer à Idool, il vivait dans les montagnes, à Ndolong, non loin d’Idool. Ndolong était une petite dynastie où vivaient 13 familles. Le Sous-préfet Maslin avait été pris par le sens inné de l’organisation de Yaya Oumarou et lui a demandé de s’installer sur la grande route et de moderniser ce village. Mission accomplie jusqu’en janvier 1978, date à laquelle il rendit l’âme. Ses fils, n’ont pas failli à l’héritage parental et ont continué à perpétrer l’œuvre de leur géniteur.

Grâce au ranch de l’ancien président Ahmadou Ahidjo installé à Idool, ce petit village a accueilli des personnalités de renom. A l’intérieur de la chefferie, une sorte de point central a été érigé. C’est une plate forme autour de laquelle un grand kolatier servait d’ombrage. Le chef raconte que c’était l’endroit favori d’Ahmadou Ahidjo. " Il aimait cette place et trouvait qu’un vent frais assez particulier circulait à cet endroit " A chacune de ces visites à Idool, il amenait toujours un hôte de marque " Mobutu Sesse seko et bien d’autres présidents africains séjournaient dans notre illustre chefferie " relate gaiement Mohaman Ahman. Mais la vie à Idool n’a pas toujours été paisible. A la mort du père fondateur, des sept enfants qu’il avait laissé, l’aîné devait assurer la relève, sans succès. Idool était abandonné à lui-même et le désordre commençait déjà à s’installer dans le village. Cette situation n’a pas duré pendant longtemps puisque le Lamido de Ngaoundéré avait fait plusieurs descentes à Idool, afin de régler ce conflit qui existait entre les frères. Le frère aîné a finalement consenti à laisser le trône à Mohaman Ahman, son jeune frère en 1997. Ce dernier a repris la chefferie en main et à réinstauré l’ordre et la propreté.

Modernisation
Malgré le fait que les travaux d’électrification du village piétinent comme dans tous les villages de l’Adamaoua, la localité d’idool s’est tout de même fixée des bases de modernité. Un petit centre de santé a été construit dans le village en 2003. " Les consultations sont gratuites et le centre est aménagé d’une salle d’accouchement assez équipée " affirme l’infirmier chef Hamayadji Djidda. Outre ce centre de santé, une école primaire publique, vielle de 50 ans a été érigée comme monument dans ce village. " Elle a été construite en 1959 par l’Etat, mais les Norvégiens qui étaient présents ont inscrit sur le mur principal de cette école : Allons à l’école et gardons notre tradition " explique le chef du village. De part cette maxime, le village a toujours gardé sa tradition car les seuls bâtiments faits en matériaux dur sont l’école publique et la mosquée.

Outre le fait que l’école primaire soit obligatoire dans ce village et que les enfants y vont de tout cœur, l’établissement rencontre des difficultés sur le plan infrastructurel "Notre école comprend 505 élèves au total pour six enseignants. C’est insuffisant " assure Aimé Sandjo, directeur de cette école. " Bien que le pourcentage de réussite soit de 100% au Cep, nous avions des problèmes de tables bancs et nous avons demandé une médiathèque pour que les enfants puisent s’arrimer à la modernité " ajoute-il. Depuis l’année dernière, Idool s’est doté d’un lycée où les classes vont de la 6e en 2nde.
Avec la visite de Baba Hamadou dans cette contrée, Idool veut véritablement jouir de ses atouts touristiques. Le fameux campement réservé aux touristes est en plein chantier. Les travaux se sont arrêtés faute de moyens, mais une promesse a été faite par le ministre pour sa réhabilitation.

Un petit détour à quelques kilomètres sur la piste d’idool permet de rejoindre les magnifiques chutes de Tello qui sont curieusement placées en contrebas de la piste qui traverse la campagne. Du haut de leur 45 mètres, la cascade dissimule une grotte.
Retour à Idool ou les pratiques sont des dogmes. La génération Tanguy n’est pas encouragée. A 18 ans, il est obligatoire de sortir du cocon familial et de fonder sa propre famille. Un terrain est tout de suite mis à disposition par le chef du village, il suffit d’en faire la demande et de respecter les normes de construction. Une toiture en paille tressée, surmontée d’une sorte de chapeau. Des murs parfaitement rectilignes, mais surtout une clôture, qui donne un charme rustique à ce petit village.

Claudia Engouté, à Idool

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