Mémoire : Francis Bebey n’est pas mort
Son héritage artistique et littéraire tout autant que sa progéniture continuent de le rappeler à ceux qui l’ont connu et aimé aux quatre coins du monde. –
Ce jeudi 28 mai 2009, cela fait 8 ans que Francis Bebey a tiré sa révérence à Paris où il résidait depuis très longtemps. Huit années au cours desquelles le souvenir de cet artiste et homme de lettres hors normes ne s’est point dissipé aussi bien dans les mémoires que dans les œuvres de l’esprit dans son pays d’origine et dans le monde. Saisissant le prétexte de cet anniversaire en effet, le Centre culturel Francis Bebey (Ccfb) de Yaoundé, créé en novembre 2008, organise une série de festivités aux fins de "contribuer à l’immortalisation de l’héritage de l’homme orchestre qu’il fût", comme l’explique le directeur de cet espace Jean-Claude Awono. Ce jeudi, le lancement de ce programme, qui consiste à "mettre en place des stratégies et des actions de nature à rendre le mieux visible possible l’homme et l’œuvre", prévoit le vernissage d’un portrait du disparu réalisé par Serge Ebala, de la présentation de la bande dessinée inspirée des chansons de M. Bebey, de la réception du "Fonds Francis Bebey" offert par Clé, son éditeur au Cameroun, et la lecture commentée des poèmes et extraits de romans ainsi qu’une projection vidéo.
Mais le clou de cette journée sera la table-ronde prévue l’après-midi et qui a pour thématique "Francis Bebey, lueurs et legs". Un rendez-vous qui sera animé par un panel composé de l’enseignante Cécile Dolissane Ebossé qui a soutenu par le passé une thèse sur l’auteur du "Fils d’Agatha Moudio", de l’éditeur Marcellin Vounda Etoa du poète Jean-claude Awono, promoteur par ailleurs du Ccfb. Un panel auquel pourra se joindre le philosophe Ebénezer Njoh Mouelle. Une table-ronde qui ne pourra pas cependant faire oublier ce colloque annoncé en grande pompe par l’université de Yaoundé I il y a deux ans et qui finit par ne plus se tenir, sans que les organisateurs ne trouvent nécessaire d’expliquer le pourquoi de son avortement.
Ce mois de mai a vu les vainqueurs du concours de musique organisé par l’association des amis de la guitare et de la musique classique (Aguimucla) recevoir leurs récompenses comme c’est la coutume chaque année. Un concours qui vise à découvrir, récompenser et aider les jeunes musiciens, chanteurs et instrumentistes les plus brillants. Un concours pour lequel les organisateurs ont décidé qu’il revêtirait à compter de cette dernière édition la dénomination Francis Bebey.
Même l’étranger se souvient !
Comme on le voit donc, la mémoire de celui-là qui porta au pinacle la magnificence de la sanza et de la flûte pygmée, entre autres, n’a cessé de porter son ombre sur ses compatriotes, et cela malgré la faible amplitude des moments à lui consacrés au pays où repose désormais ses cendres. Une situation qu’a su brillamment le versant étranger de l’artiste. Cela d’abord au niveau de sa progéniture. Kidi Bebey, la journaliste de la famille, après un passage au magazine Planète Jeunes et à Rfi, a pris date pour un métier que son père avait exercé un temps. Toup’s Bebey quant à lui a mis sur le marché avec le "Paris Africans", son groupe, "Pygmy Attitudes", un album en droite ligne de cette musique de recherche qu’affectionnait son père et qui est une sorte de mélanges de sonorités de l’Afrique centrale il y a quelques années.
Mais le fils aîné Pattrick est celui qui perpétue à merveille la lignée artistique. Non seulement par la production ("Oa Na Mba" est dans les bacs depuis l’année dernière), mais surtout par les concerts qu’il multiplie dans la galaxie culturelle mondiale avec une régularité certaine. Une rumeur fait même état de ce qu’il pourrait faire un tour au pays de ses ancêtres très prochainement, histoire de continuer ce que son jeune frère Toup’s avait si bien commencé au début de l’actuel millénaire avec succès. On ne saurait clore cette évocation de la progéniture sans mentionner Fanta qui pour l’instant limite ses prestations à l’accompagnement des autres et souvent à quelques compositions que ses compatriotes ne demandent qu’à connaître.
Parce que le disparu était avant tout un citoyen du monde, ses œuvres ont connu depuis sa mort des interprétations et des réadaptations. Il y a par exemple le guitariste anglais John Williams qui a repris par deux fois ces cinq dernières années des compositions musicales de M. Bebey. S’il y a qu’un seul titre (Hello Francis) dans son récent opus, il y a que pour "Magic Box", le précédent, plusieurs autres titres ont été repris. A côté de cela, l’on peut signaler la sortie en Allemagne d’un album pour enfants en mars dernier. Une œuvre signée de l’illustratrice Christiane Pieper et qui met en exergue des textes de l’auteur de "L’enfant pluie".
Il y a aussi à côté de cela des rééditions des œuvres tant littéraires que musicales du disparu et des travaux de recherche sur l’homme ou l’œuvre. Comme ceux que mènent actuellement le chercheur américain Curtis Shade qui avait déjà soutenu par le passé une thèse sur l’œuvre littéraire de Francis Bebey.
Par-dessus tout, il convient de saluer l’initiative dite des amis de Frrancis Bebey. Initiative qui a permis il y a presque cinq ans de mettre sur pied une association au nom du disparu avec pour but "de préserver la mémoire de Francis Bebey, de sauvegarder et de valoriser son œuvre artistique, musicale et littéraire". C’est ainsi que cette association dirigé par le critique littéraire Bernard Magnier a mis en ligne depuis quelques années un site internet en la mémoire du disparu (www.bebey.com) où sont répertoriées les activités liées à la mémoire du disparu tout en renseignant sur les différentes facette de cet éléphant de la culture camerounaise. Une initiative qui n’empêche pas de constater qu’au pays de Francis Bebey, beaucoup reste à faire tant de la part de l’Etat que des chercheurs pour ce qui est de l’hommage et partant de la réappropriation de l’imposante œuvre de Francis Bebey. Parions que le climat n’aura pas beaucoup changé d’ici à 2010. C’est en tout cas tout le mal qu’on peut souhaiter au sort à réserver la mémoire du disparu au pays de ses ancêtres.
Parfait Tabapsi

