projets de documentaires présentés aux Allemands
Le forum de coproduction qui s’est tenu dans le cadre de la 13ème édition des Ecrans noirs a pris fin hier à l’institut Goethe de Yaoundé. Durant deux jours, des producteurs de l’association Ag Dok, en provenance d’Allemagne, ont échangé avec des réalisateurs et des producteurs camerounais. Regard croisé sur les retombées de ce rendez-vous… –
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Quel était l’objectif de ce forum?
Le forum visait à provoquer un cadre d’échanges entre les producteurs allemands et les producteurs camerounais. Un pont de collaboration a été établi entre les réalisateurs ou les auteurs de films documentaires camerounais et les producteurs allemands. Nous avons opté pour le documentaire parce que c’est un genre qui n’est pas très connu au Cameroun malheureusement. Mais, c’est le genre très prisé par les télévisions. C’est un genre universel qui permet la découverte de l’autre et de l’univers.
Les projets tournaient autour du folklore, des traditions et de la misère. Les producteurs allemands suggèrent-ils ces sujets plutôt que d’autres ?
Non, l’initiative émane de producteurs camerounais qui avaient l’habitude de travailler avec des partenaires français. Mais nous savons que l’Allemagne fait partie de ceux qui nous ont colonisés. Pour pouvoir mieux travailler, il faut diversifier nos sources de financement qui s’amenuisent au jour le jour. Je pense que notre objectif est atteint. C’était un échange entre professionnels.
Vous avez vous-mêmes présenté sept projets sur la vingtaine Ces projets vont-ils trouver des financements immédiatement ?
C’est des projets documentaires, c’est pas des reportages. Ils n’existent pas depuis hier. Il y en a qui vont s’étendre sur des années. Cette initiative de coproduction se met en place. C’est vrai qu’en ce moment, on n’a pas un cadre législatif institutionnel qui permette de mener des contrats de coproduction avec l’Allemagne, comme c’est le cas avec la France. Je pense qu’il est urgent de mettre en place un dispositif législatif. C’est un clin d’œil au ministère de la Culture pour qu’il soit plus actif au niveau de la coopération avec certains Etats. Si nous avons des contrats avec un ou deux pays de l’Union européenne, pourquoi ne pas avoir des traités avec tous les autres ? Ça ne serait qu’à notre avantage ; ça diversifie les sources de financement des projets présentés par les opérateurs locaux.
Quels sont les retombées concrètes de ce forum ?
La première retombée pour les participants a été de savoir vendre leurs projets à des producteurs. Au cours de cette rencontre, beaucoup de gens ont appris à pitcher, c’est-à-dire à présenter leurs projets. Deuxième chose, les producteurs locaux étaient la plupart du temps coupés de leurs collègues qui travaillent dans les télévisions. Pour une fois, ils se sont assis entre pairs et ils ont défendu leurs projets avec la même vision. Cela augure des lendemains meilleurs pour la production indépendante au Cameroun. Vous savez, le réel problème, ce n’est pas qu’il manque de talents au Cameroun, c’est que le milieu n’est pas structuré. Cette initiative aide à structurer le milieu de la production. Une fois que ce milieu sera structuré, les pouvoirs publics auront la charge et le devoir d’accompagner ces initiatives.
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Qu’est-ce qui justifie l’intérêt que votre association porte au cinéma camerounais ?
Pour notre association, c’était un échange. Ce que nous avons en commun avec les réalisateurs camerounais, c’est que de faire les films, de mettre nos rêves en image.
Pourquoi les documentaires et non des films de fiction ?
Nous sommes une association de documentaristes et c’est à ce titre que nous avons rencontré des documentaristes camerounais. D’autre part, je crois que le documentaire est l’enfant pauvre du cinéma africain. Dans ce sens, il a tout à faire. Il est important de faire des images sur sa propre culture. Comment raconter cela, quelle approche adopter, voilà les objectifs de notre rencontre et beaucoup moins que de coproduire directement ou de trouver de l’argent n Allemagne. Parce que en Allemagne, les télévisions s’intéressent très peu aux images d’ailleurs. Mais l’échange n’en pas été moins intéressante.
Une vingtaine de projets ont été présentés par des jeunes documentaristes camerounais. Qu’en pensez-vous ?
Les membres de notre association sont contents de tout ce qui s’est passé au cours de ces deux jours. Nous avons pris du plaisir à écouter l’exposé des projets des jeunes documentaristes. Certains sont plus avancés dans leur réalisation. D’autre le sont moins. Dans tous les cas, je ne peux porter un jugement définitif sur des sujets. Un sujet ce n’est pas un film. Quand ils seront entièrement réalisés, on pourra voir quelle émotion ils véhiculent, quels rêves ils portent.
Maurice Simo Djom

