Prince René Douala Manga Bell : Il n’y a pas que les Duala qui vont au Ngondo
Le chef supérieur du canton Bell annonce la célébration de la fête traditionnelle des Sawa à Montréal le mois prochain. –
Comment est née l’idée de célébrer le Ngondo en dehors du Cameroun ?
Tout d’abord, j’ai installé le Ngondo à Paris il y a plusieurs années. C’est en effet la seconde fois que je suis président de cette institution traditionnelle. Dix ans auparavant, j’étais président du Ngondo. J’ai constaté que mes successeurs à ce poste ont quelque peu négligé la fête de Paris. Un autre fils Sawa, qui vit depuis longtemps au Canada, a lancé l’idée du Ngondo dans ce pays. Il est, de ce fait, venu me voir pour en parler. Nous avons ensemble préparé trois billets d’avion pour le départ au Canada le mois prochain, pour y séjourner pendant moins d’une semaine. Dès que les gens en ont entendu parler, ils ont émis l’idée d’aller au Canada, oubliant que dans ce cas, ils devront eux-mêmes payer leur billet d’avion. Les passeports sont prêts. L’idée m’a plu dès le départ. J’ai ainsi accepté le principe. Quand j’aurais fait un tour au Canada, je pourrais en dire plus. Toutefois, je souhaite que ça marche. Et je souhaite que les Sawa qui sont aux Etats-Unis d’Amérique aient, eux aussi, une section de Ngondo.
Pensez-vous que le Ngondo, tel qu’il est célébré et organisé ici à Douala, sera pareil au Canada ?
Ce sera le même Ngondo. Je tiens à préciser que le Ngondo existe chez nous depuis 1814. D’après les récits et les écrits dont nous disposons, en 1813 il n’y avait qu’un seul roi nommé Ndol’a Makongo, King Joss. C’est un touriste anglais qui, en 1813, a trouvé un seul chef à Douala. Mais lorsqu’il revient l’année suivante, il retrouve deux chefferies, notamment les Akwa, qui ont quitté Bona Dooh pour créer la chefferie de Bona Bella qui comprenait les Akwa actuels et les Deido. Il fallait une cour d’arbitrage entre ces deux chefferies, c’est pourquoi l’on a créé le Ngondo.
Le fait de délocaliser ainsi le Ngondo ne va-t-il pas lui faire perdre son essence ?
Ça va se passer tel que ça se passe ici à Douala, avec la seule différence que, ici, nous avons la présence des six principaux cantons duala, à savoir le canton Bell, le canton Bèlè Bèlè, le canton Akwa, le canton Deido, le canton Bakoko et le canton Bassa. Les chefs de ces cantons se succèdent à la présidence du Ngondo tous les deux ans. A Paris par contre, on élit quelqu’un, si bien qu’on peut élire plusieurs fois la même personne, à condition qu’elle soit intéressante. Je ne sais exactement comment la cérémonie va se dérouler au Canada. Il y aura sûrement un problème de pirogue. Normalement, la pirogue ne doit pas circuler en ville. Or traditionnellement, lors du Ngondo il y a une longue pirogue avec 80 pagayeurs. Par ailleurs, nous travaillons avec les sirènes, les "miengu". Je ne pense qu’il y en a là-bas (sourire).
Mais je compte me renseigner pour savoir comment cela pourrait se passer. Est-ce qu’ils ont fabriqué une pirogue, ou ils se sont contentés de manger et de boire ensemble ? D’autre part, en me rendant au Canada, je ne pense pas uniquement aux Sawa, cela doit intéresser tous les Camerounais qui vivent là-bas. D’ailleurs, même lorsque le Ngondo a lieu ici au Cameroun, il n’y a pas que les Duala qui y vont…
Propos recueillis par Monique Ngo Mayag

