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Tradition : La chefferie à l’épreuve du  »La’akam »

La plupart des chefs traditionnels à l’Ouest sont obligés de passer par ce lieu d’initiation, pour être moulés à la pratique du pouvoir. –

Le scénario est identique. Quand arrive le moment d’introniser un chef supérieur à l’Ouest, l’heureux élu ne manque pas de pousser des cris stridents d’innocence. Une manière de dire qu’il est surpris par le choix porté sur sa personne par son défunt père. La dernière attitude en date, c’est celle de Francis Ghomsi Feze, 17 ans, arrivé, il y a quelques jours, sur le trône à Bandenkop, groupement situé près de Baham. Jeune élève en classe de troisième, il a voulu se faire entendre : "Laissez moi, laissez moi", n’a-t-il cessé de dire.

Dans l’intervalle, des notables de la cour royale à Bandenkop l’ont tenu par ses vêtements pour éviter des désagréments, à l’instar d’une éventuelle fuite. Avant de le présenter à l’assistance. Ils venaient de le  »happer » des autres princes, venus assister aux obsèques officielles de S.M Marcel Feze Ngandjong, décédé en mai dernier. "Le 10 décembre 1988 me rappelle ce jour-là, où on m’a désigné pour succéder à mon père. J’étais jeune étudiant de 2èmeannée physiques à l’université de Yaoundé. J’étais moralement affecté, parce que n’étant pas préparé à assumer une telle charge", se souvient S.M Njitack Ngompé Pélé, chef supérieur Bafoussam.
Dans des milieux, l’on parle de  »l’arrestation » ou de la désignation du chef, au regard du geste des notables qui consiste à bondir sur le potentiel successeur, au cas où il est repéré parmi une centaine de princes. Le défunt chef Fonjomekwet dans le Haut-Nkam, inhumé en janvier 2009, en avait 507. "C’était une très grande surprise. C’est vrai qu’il y a eu des actes prémonitoires posés par le défunt chef. Malade à Yaoundé, il est venu personnellement me rencontrer là où j’habitais en tant qu’étudiant. Il y a eu un certain nombre d’autres signaux. J’étais encadré par certains de ses amis", poursuit le chef Bafoussam.

En réalité,  »l’arrestation » est un terme nouveau dans le vocabulaire de la chefferie. Elle correspond à un moment purement protocolaire qui consiste à faire honneur à l’autorité administrative, chargée d’homologuer, on peut le dire par abus, la désignation du chef en question. Puisque l’intronisation proprement dite se déroule quelques jours avant la parade officielle et dans la discrétion, entre le successeur et quelques notables. On ne peut s’y inviter que si on est un initié. Pour y parvenir, le chef allié ou détenteur du testament s’accorde avec ladite autorité au sujet de l’identité du successeur. C’est d’ailleurs ce chef allié qui conduit les notables en charge  »d’attraper » le nouveau chef. Dans cette rubrique, le groupement Baleng est en accord avec Bandjoun. Bameka ne peut pas éviter Bamendjou. Vice versa.
Le processus continue, notamment avec l’entrée du nouveau roi au  »la’akam ». Il y passe neuf semaines pour être initié. C’est la phase la plus décisive. Aucun chef qui est passé par là, n’entend dévoiler le mystère. Reste que, d’après des indiscrétions, le feu ne doit jamais s’éteindre pendant cette période. Surtout qu’il faut prendre soin d’une partie des restes du défunt, laquelle partie doit être séchée au feu de bois. Les mêmes indiscrétions font état de ce que, peu après le décès du chef Bandenkop, son successeur a porté un colis sans en maîtriser la nature. Il l’a déposé au panthéon. C’était sous le contrôle des initiateurs.

Lorsqu’on en sort, on devient donc chef, prêt à donner des ordres à ses sujets. Les cris du début disparaissent pour laisser place à l’engagement de conduire son peuple vers la prospérité. C’est sans doute ce qui explique que le chef mal intronisé ou usurpateur ne règne pas pendant longtemps. Le détournement de succession influence le règne d’un chef, puisque ce dernier ne bénéficie pas de la puissance traditionnelle transmise par des forces invisibles. Les cas d’abandon de chefferie sont rares à l’Ouest. "Après avoir obtenu le baccalauréat A4 allemand cette année, je vais devoir m’organiser avec les élites pour poursuivre mes études. On ne peut pas gérer les activités du village sans l’école, on ne peut non plus oublier sa tradition à cause de l’école. Je pense qu’il faut pouvoir faire avec les deux", confie Blaise Ndembou, chef de troisième degré au quartier Menlah dans l’arrondissement de Fongo-Tongo.
Personne ne peut éviter son trône, si l’unanimité se fait autour de lui. Même quand Marcel Feze Ngandjong avait été contraint à l’exil, son oncle à assurer la régence jusqu’à son retour. Le trône est très envié dans les chefferies à l’Ouest. Dans cette région, les chefs traditionnels sont considérés comme des demi-dieux. A regarder le rythme de vie de la plupart d’entre eux, il y a lieu de croire, qu’ils vivent dans l’opulence et font bombance.

Michel Ferdinand

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