Election présidentielle au Gabon : Ali Bongo gagne, Port Gentil s’embrase
Le fils d’Omar Bongo Ondimba a été déclaré hier vainqueur du scrutin du 30 août dernier.
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Ali Bongo succède à son père
Dans les rues et les ménages de Yaoundé, on attendait les résultats de l’élection présidentielle au Gabon, comme s’ils pouvaient avoir une quelconque influence sur la marche des affaires dans le pays de Paul Biya. Trois jours de suspense et l’annonce, hier, de la victoire d’Ali Bongo Ondimba, fils du défunt président de la République du Gabon. La réaction à Yaoundé ? Diverse.
Epilogue presque attendu d’un feuilleton qui s’est ouvert avec le décès, le 8 juin dernier, du président Omar Bongo Ondimba, après 41 années passées à la tête du Gabon. L’investiture de son fils comme candidat du Parti démocratique gabonais (Pdg) à la présidentielle du 30 août, l’opposition de cadres du parti au pouvoir qui ont annoncé leur candidature (Mba Obame, Eyégue Ndong, Oye Mba), les demandes de report, une grève de la faim (Bruno Ben Moubamba), des soupçons de fraude, l’annonce par trois candidats de leur victoire, la longue attente des résultats en sont quelques uns de ses épisodes les plus marquants.
Des partis d’opposition avaient promis de descendre dans la rue en cas de victoire du candidat du Pdg. Des manifestations ont eu lieu entre mercredi et jeudi et l’armée a chargé. Pierre Mamboudou a été, selon certains médias, «grièvement blessé». La chaîne de télévision Tv+, appartenant à André Mba Obame a été suspendue d’émission. Les sms ont même été suspendus, chez tous les opérateurs de téléphonie mobile, alors qu’on attendait encore la proclamation des résultats. Ali Bongo, le fils de l’autre. Largement devant les autres. Contre toute attente ? Non, si l’on se place du côté de ceux qui pensent que tout était prévu, comme dans une monarchie… Du côté du Sénégal, on apprenait hier soir l’incendie de la chancellerie de l’ambassade du Gabon à Dakar.
Violences anti-françaises à Port-Gentil
Les manifestants acquis à l’opposition accusent Paris de soutenir Ali Bongo Ondimba.
Dès l’annonce des résultats de l’élection présidentielle gabonaise par le ministre de l’Intérieur, des milliers des manifestants acquis à la cause de l’opposition s’en sont pris aux intérêts de la France à travers le pays, notamment à Libreville et Port-Gentil. C’est justement dans la capitale économique gabonaise que les incidents les plus graves ont été enregistrés dans la journée de jeudi. Le Consulat général de France, installé dans la ville portuaire de Port-Gentil, a été incendié par des militants agissant à découvert. Les mêmes militants ont par ailleurs lancé un assaut contre des installation de la société pétrolière Total, avant de s’attaquer par la suite à la prison de Port-Gentil dont tous les prisonniers ont été libérés.
Paris a appelé toutes les parties en présence au calme. Les autorités françaises sont entrées en contact avec les principaux candidats, Ali Bongo, André Mba Obame et Pierre Mamboundou, a annoncé le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Clémence Mezui, porte-parole d’Ali Bongo a été formelle : « Il ne sera pas touché à un seul cheveu des ressortissants français », a-t-elle déclaré. D’autres sources diplomatiques à Libreville ont annoncé que les dispositions ont été prises pour assurer la protection de tous les étrangers occidentaux. Aucune mesure d’évacuation n’a été envisagée, a-t-on appris. Le secrétaire d’Etat français chargé de la Coopération et de la francophonie, Alain, Joyandet a recommandé aux Français du Gabon de rester chez eux et d’attendre d’autres consignes éventuelles.
Mercredi soir déjà, l’ambassadeur de France à Libreville avait été reçu en audience par Mme Rose Rogombé qui a bien des inquiétudes. La présidente de la transition gabonaise a discuté pendant quelques heures avec le chef de la mission diplomatique française. L’ambassadeur était accompagné de l’attaché militaire tandis que Rose Rogombé avait à ses côtés trois collaborateurs. Les diplomates français ont indiqué à la présidente gabonaise que Paris n’est pas partie prenante aux disputes politiques en cours, avant de préciser que le dispositif militaire français au Gabon commandé par le général Reglat, est constitué de « forces pré-positionnées », ne pouvant intervenir qu’à la demande de la France. L’on a en outre appris que les écoles françaises au Gabon ne vont pas ouvrir, à la demande de Rose Rogombé.
Par ailleurs, la présidente a exprimé des inquiétudes par rapport au match de football Cameroun-Gabon, tout en espérant qu’une victoire des Panthères pourrait apaiser les esprits. La présidente compte également sur les forces morales, notamment l’archevêque de Libreville, Monseigneur Basile Mve Engone, qui avait œuvré pour un rapprochement des candidats de l’ethnie Fang.
Les résultats officiels de l’élection présidentielle au Gabon
Nombre d’inscrits : 807 402
Nombre total des votants : 357 402
Ali Bongo : 139 082 (41,73%)
André Mba Obame : 86 615 (25,88%)
Pierre Mamboundou : 81 370 (25,22%)
Les votes pour chacun des trois candidats dans les 9 provinces du Gabon :
– Estuaire : 112902
Ali Bongo Ondimba : 33818
Pierre Mamboundou : 33300
André Mba Obame : 39538
– Haut-Ogooué : 57222
Ali Bongo Ondimba : 51993
Pierre Mamboundou : 876
André Mba Obame : 581
– Moyen-Ogooué : 16188
Ali Bongo Ondimba : 4882
Pierre Mamboundou : 6009
André Mba Obame : 4462
– Ngounié : 29995
Ali Bongo Ondimba : 12451
Pierre Mamboundou : 12682
André Mba Obame : 628
– Nyanga : 13957
Ali Bongo Ondimba : 4238
Pierre Mamboundou : 9178
André Mba Obame : 155
– Ogooué-Ivindo : 16038
Ali Bongo Ondimba : 8715
Pierre Mamboundou : 3064
André Mba Obame : 3391
– Ogooué- Lolo : 18721
Ali Bongo Ondimba : 12318
Pierre Mamboundou : 1433
André Mba Obame : 541
– Ogooué-Maritime : 25341
Ali Bongo Ondimba : 5231
Pierre Mamboundou : 16279
André Mba Obame : 2925
– Woleu-Ntem : 42267
Ali Bongo Ondimba : 5436
Pierre Mamboundou : 549
André Mba Obame : 34314

