Spectacle : Pirouettes chinoises à Yaoundé
Pour les 60 ans de la révolution, des artistes chinois se sont produits au palais des Congrès. –
Alors que dans la salle la foule se bouscule et que les membres du gouvernement arrivés en retard attendent qu’on leur trouve des sièges, les paris sont lancés parmi les habitués de la traditionnelle soirée culturelle et artistique chinoise organisée cette année à l’occasion de la célébration des 60 ans de la fondation de la République populaire de Chine: "C’est sûr, on aura encore droit au passage des danseuses chinoises avec leurs éventails", lance même l’un d’eux.
Comme pour lui donner raison, après le passage plutôt tiède des éléments du Ballet national qui, à travers l’exécution de quelques danses patrimoniales du Cameroun (ambass bey, ozila, danse Bafia), a prouvé qu’il y a encore beaucoup de choses à harmoniser au sein du groupe (notamment au plan de la gestion de la scène), ce sont de ravissantes jeunes chinoises qui ont pris possession de la scène. Dans leurs tenues bigarrées, elles ont, en compagnie de quelques hommes de la troupe, fait montre d’un talent qui n’a pas manqué d’éblouir ces personnes venues de divers horizons pour apprécier ou redécouvrir leur talent.
Comme de bourgeons qui éclosent au lever du soleil, elles ont laissé la musique transporter leurs corps, esquissant ainsi, avec une sensualité insoupçonnée, des gestes plutôt anodins. Pour le plus grand bonheur du public heureux de découvrir cet aspect de la culture de ce peuple chinois qu’il a appris à côtoyer dans la rue depuis quelques années maintenant sans vraiment le connaître. Alors que, l’esprit léger, on se laissait prendre au jeu de ces pirouettes et sauts qui se soldaient le plus souvent par l’agitation de ces éventails qu’elles manient avec élégance. Des artistes qui se succédaient avec grâce sur cette scène du palais des congrès de Yaoundé au fond de laquelle le monument de la Réunification du Cameroun se mêlait avec grâce au ciel bleu de Chine.
Ce qui a conduit au passage de ces jeunes hommes et femmes vêtus de costumes semblables à ceux des pratiquants d’arts martiaux et formés au maniement de l’épée et donc la chorégraphie n’échappa point au public. Une chorégraphie qui s’apparentait de temps à autre à un savant mélange de danse et de kung-fu, pour finir par hypnotiser les spectateurs de leur danse habile et au niveau artistique exceptionnel. Le public ébloui a pu alors se faire une idée de l’importance de l’épée dans la culture chinoise. Epée qui y forme depuis toujours un aspect important du théâtre et de la danse folkloriques.
C’est donc les paumes rougies du fait de multiples applaudissements que le public a communié quelques instants plus tard avec celui qu’il a baptisé "le jongleur".
Ce jeune chinois membre de la troupe du ministère chinois de la Culture ayant fait le déplacement de Yaoundé pour la célébration des 60 ans de la fondation de la République populaire de Chine leur en a effet mis plein la vue. Jonglant avec plusieurs boules (il en avait jusqu’à neuf !), il a apporté sa touche à ce spectacle d’une durée totale d’une heure trente. Et malgré les ratés souvent observés, le public n’a pas boudé son plaisir ; repoussant à chaque fois la fin de cette soirée à laquelle on n’accordait pas à l’entame un grand crédit.
Une fin qui a bien fini par arriver ; après le passage des jeunes filles de la troupe déguisées en princesses orientales et s’essayant leur célèbre déhanchement. Et même s’ils n’étaient pas aussi voluptueux que ce à quoi on est habitué, on a salué cette volonté d’ouverture de la troupe à de nouvelles influences. Un spectacle que le public de la capitale économique serait bien inspiré d’aller voir ce soir dès 19h à Douala-Bercy.
Dorine Ekwè

