Musique : Idylle, mélancolique
Pour sa première sortie en solo, la jeune chanteuse centrafricaine a séduit le public de Douala. –
Idylle Mamba a choisi un créneau qui correspond bien à sa voix subtilement grave : le chant mélodramatique. Celui qui, au-delà des barrières linguistiques, laisse transparaître la douleur, la peine, parfois l’espoir. Pendant plus d’une heure, Idylle a chanté en sango, la langue officielle de la République centrafricaine, son pays d’origine. Mais le public du Centre culturel français (Ccf) Blaise Cendrars donnait l’impression de la comprendre. Il a compris, en fait, que la jeune artiste se rappelait sa vie dans les rues, les villes et villages de son pays, au cœur de l’Afrique. Elle n’y garde pas que de bons souvenirs. Elle chante aussi la souffrance des rites drastiques qu’impose la tradition. Elle chante les pleurs des victimes de la guerre civile, les tourments des enfants circoncis. Ses textes sont assez courts, mais enrichis d’une musique folklorique.
La musique d’Idylle (anagramme de Lydie) est un savant mélange des rythmes du centre de l’Afrique. Idylle la définit d’ailleurs comme un pont-levis déployé sur tous les mondes. Ses paroles suivent en effet la cadence du mangambeu, du bikutsi, de la rumba congolaise et du yambabolo de sa chère Centrafrique. Elle est assistée dans sa mélopée par Rudy du groupe Macase à la batterie, Guillaume King et Ibanez, aux guitares solo et bass. L’alto de la voix d’idylle s’harmonise admirablement au timbre aigu de Denis Monka, au chœur. "Dong Sala", "maman", "Wa nze", "Karne ma", "guene na sessé", font partie des 9 titres sur lesquels Idylle Mamba s’est produite. Sa prestation a manifestement ravi la communauté centrafricaine fortement représentée dans la salle de spectacle du Ccf Blaise Cendrars. "Elle chante bien. Mais elle pèche encore dans la gestion de la scène et de sa voix", pense Théodore Kayesse, critique d’art. Si la prestation d’Idylle reste à parfaire, pour les plus tolérants, elle ne souffre cependant d’aucune amende.
Les applaudissements nourris du public et les félicitations du consul de la Centrafrique à Douala, attestent d’ailleurs d’une mission accomplie par la jeune artiste. Le spectacle a été agrémenté du show de Guillaume King, qui, sous un air de blues chanté en martiniquais, a séduit le public. Idylle Mamba, elle, annonce la sortie de son premier single en décembre prochain, "si tout se passe bien", précise-t-elle. Elle empruntera ainsi la voie de ses frères, notamment le bien connu Vincent Mambachaka, metteur en scène et promoteur de l’espace Linga Tere en Centrafrique. La soirée s’est terminée sous une salve d’applaudissements et le crépitement des flashes des photographes. Les spectateurs en sont retournés enrichis de quelques mots en sango. Singuila, Idylle !
Monique Ngo Mayag

