Musique : Un timbre pour protéger la note
L’estampillage d’une œuvre musicale obéit à un processus censé réduire la piraterie. –
Lors d’un spectacle de bonne facture qui avait lieu au Douala Bercy le 21 août dernier, K-Tino donnait par ses coups de reins et des notes, un avant gout de son nouvel album baptisé " Gueguené". Pourtant les fans de " " maman bonheur " devront prendre leur mal en patience, car l’opus n’est pas encore visible sur le marché discographique. " les Compact Disc (Cd) sont disponibles, mais ils ne peuvent être vendus avant que la société camerounaise de l’art musicale n’appose des timbres dessus ", expliquait K-Tino à la fin de son concert à Douala Bercy.
" Le timbre ou estampille est l’empreinte appliquée sur un support pour attester de son authenticité. Dans le cas d’une œuvre musicale, le timbre certifie qu’un album a été déclaré à la société de gestion de droits d’auteur (sgda) et peut de fait, être destiné à un usage public. En guise de timbre, nous avons opté pour un cachet sec assorti d’un numéro de code pour éviter les risques de piraterie ", renseigne Charles Emol, responsable de l’exploitation à l’agence de la Socam à Douala. Les Cd du nouvel opus de la "femme du peuple ", attendent donc d’être estampillés. Ce n’est qu’après cette étape, que le public pourra écouter " Gueguené " sur les ondes nationales et internationales ou l’acquérir. L’estampillage d’un album étant le phase finale de la chaîne de production d’une œuvre.
Selon Sam Fan Thomas, auteur compositeur et producteur de musique, lorsque l’artiste se présente à un producteur muni de son produit fini, ce dernier doit le conduire chez un éditeur (celui donne la matière première nécessaire à la duplication d’un support). Celui-ci se charge de déclarer l’existence de l’œuvre auprès de la société de gestion de droit d’auteur et obtient d’elle, une autorisation de reproduire l’œuvre déclarée, à un grand nombre d’exemplaires. L’éditeur acquiert ainsi le droit de pressage qui, précise M. Emol, relève du ressort du service de documentation et des droits mécaniques à Yaoundé dans le cas de la Socam. Après duplication, les pochettes de Cd sont acheminées à la Sgda pour y être estampillées. Ici, les frais d’estampillage sont déboursés soit par l’éditeur soit par le producteur. Les prix varient suivant les différents supports à estampiller. Pour chaque cassette à timbrer, il faut prévoir 150 francs Cfa, 250 pour uneCd audio, et 500 francs Cfa pour un Dvd ou Vcd.
Cette somme correspond au droit de reproduction mécanique (Drm). Chaque timbre apposé sur un support conférant des droits financiers aussi bien à l’auteur compositeur qu’au producteur de l’œuvre musicale, suivant des données contractuelles.
Krotal, artiste musicien, souligne qu’un contrat de production lie en effet, un artiste à un producteur. " Vous entendrez par exemple un artiste dire, je suis signé à 7%, 10%, ou à 20%. C’est par rapport aux ventes de Cd qu’on appelle les royalties. Après le retour des ventes, si le producteur n’est pas éditeur, ils font fifty fifty. Sur la moitié des recettes qui revient au producteur, l’artiste peut donc être bénéficiaire à hauteur de 7, 10, ou 20% ", révèle le rappeur. Toutefois, conclut-il, "les réseaux de distribution étant quasiment inexistants au Cameroun, il est difficile pour un artiste de savoir exactement le nombre de cd vendus ".
Piraterie
L’éditeur peut obtenir l’autorisation de dupliquer 1000 exemplaires Cd par exemple, mais à l’usine certains vont au -delà du nombre déclaré et font en complicité avec maison de pressage. “Nous avons mis sur pied une brigade de contrôle des usines de pressage, qui sera opérationnelle dans les prochaine semaines ", avise Charles Emol. Mais le retour financier semble souvent long pour certains artistes. Ce qui pousserait, d’aucuns à pirater leurs propre œuvres, pour s’ " affranchir " de leur producteur. Plus tard sur le marché discographique, les produits estampillés se confondent ainsi aux Cd non estampillés. " Cela dénote de la misère intellectuelle et matérielle de nos artistes. ", tranche Moïse Bangtéké, administrateur à la Socam. " Ce sont ces mêmes auto pirates qui sont en première ligne lors de la répartition des droits d’auteur ", déplore t-il.
Emiza Pod, artiste musicienne, a choisi de ne pas s’affilier à une sgda, car, dit-elle, elle ne trouvera pas son compte. Les Cd de l’album" chronique bantou " d’Emiza sont ainsi écoulés sans timbres. "J’ai besoin de certaines garanties pour les faire estampiller. Le système tel qu’il se présente actuellement, n’offre aucune garantie ", pense t- elle, faisant allusion à la querelle qui oppose la Socam et la Cameroon music corporation sur le droit de collecte et de distribution des droits d’auteur. (Les locaux de la Cmc étant fermés à Douala, nous nous sommes uniquement rapprochés des représentants de la Socam pour les besoins de cette enquête. Ndlr) " Mes Cd n’ont pas un montant précis. Ils sont distribués en échange d’un franc symbolique. Toutefois, j’ai pris le soin d’y mettre la mention " vente interdite ", révèle t- Emiza Pod.
Le cas d’Emiza diffère de celui de Jinette Kelsun, artiste musicienne auteur compositeur, productrice. Laquelle vient de commettre " la locomotive ". Le produit est vendu sur le marché sans estampille, pourtant l’auteur admet être affilié à la Socam. " C’est un problème de moyen. Mais l’estampillage de mes Cd ne saurait tarder ", affirme-t-elle, non sans conviction. D’autre part, les artistes profitent des soirées dédicaces pour écouler leur album. " On a tôt fait de parler d’illégalité”, soutient Krotal. " Je prends le cas d’un artiste installé en France et qui a déjà payé ses droits à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) et qui arrive au Cameroun pour la promotion de son album. De quel droit la société de gestion des droits d’auteurs du Cameroun va apposer son timbre près de celui de la Sacem " s’ interroge t-il.
Monique Ngo Mayag

