Exposition : Joël Mpah Dooh explose son «Open studio»
C’est le travail le plus mature de l’artiste qui mêle plexiglas, peinture et magnifique jeu d’ombres et lumières. –
Il y’avait du beau monde jeudi 15 octobre 2009 à la galerie Mam à Douala. Philippe Van de Brouck et Jean Claude Ottou, respectivement Directeur général et Directeur général adjoint de Mtn Cameroon, André Siaka, Directeur général de la Société anonyme des brasseries du Cameroun, André Fotso, Directeur général de Fme Gaz, des artistes et journalistes. Un parterre sélect d’invités qui aurait pu découvrir un autre artiste camerounais, plein de talent au langage plastique étonnant et engagé, mais la galerie Mam en partenariat avec la Fondation Mtn a encore proposé Joël Mpah Dooh.
Heureusement que l’artiste a présenté un travail dont le discours a gagné en épaisseur.
Le vernissage ce jeudi-là de «Open studio» a permis de découvrir un Joël Mpah Dooh époustouflant. La soirée a commencé par une performance dans la cour de la galerie Mam. Sur des attaches en fer peint en noir, le plexiglas vierge attendait de porter les expressions créatrices de l’artiste. Sur fond d’une musique de recherche avec des aigus strident, Joël Mpah Dooh va saisir sa meule électrique. Le public reste coi.
Le plasticien entre en transe. Un trait. Puis un autre. Il va relier les traits entre eux. Le plexiglas va souffrir sous la meule qui va gratter sa surface et blesser sa chair. Le matériau change peu à peu de couleur. De temps en temps, Joël Mpah Dooh va reculer de quelque pas pour apprécier le travail. Les visages vont sortir de cette plaque transparente, blanchie par la meule que manie adroitement l’artiste.
Toiles
Après 20mn, la situation du cabaret et spectateurs devant leur verre va être plus visible. Une scène sortie de l’imaginaire de Joël pour s’imposer à nous, sans détour. Des applaudissements nourris vont marquer la fin de cette performance. La porte de la galerie Mam va s’ouvrir au public pour dévoiler l’exposition «Open Studio». «Il a travaillé dans cet espace en recevant amis et autres artistes avec lesquels il discutait sur l’avancée de son installation», confie Guy Bolivar Njoya de la galerie Mam. «Open Studio» commence par un rappel. Dans la première salle, c’est deux grandes toiles, «Chaotique et poétique» réalisées avec une technique mixte qui comporte la peinture, le dessin, le dessin et du collage qui occupent l’espace.
Au début Joël Mpah Dooh a d’abord été peintre, au sens le plus classique du terme. Puis, il s’est mis à incorporer matière et objets dans les œuvres qui soudain prenaient du relief et s’éloignaient du cadre étroit de la toile. C’est ce qui est visible dans le reste de l’exposition-installation, qui s’achève le 31 octobre 2009.
«Incessant allers retours entre rêve et réalité», «Fonds marins», «Dîner sous un ciel nuageux», «Consensuel et fragile», «Spirale et pureté» sont des œuvres matures depuis l’essai par l’artiste en 2006 avec l’exposition «Rendez-vous». Joël Mpah Dooh a travaillé sur trois dimensions, le plexiglas qu’il a gravé, puis sur un dispositif lumineux intégrés à ces objets qui permet de réguler le rapport à l’œuvre et enfin le rendu du travail sur les mûrs qui est le reflet des ombres gravées.
Avec ce travail, Joël Mpah Dooh a même reconstruit les idées de décoration en créant de nouvelles attaches en métal qui se fixent au sol et au plafond. Le discours plastique de Joël a évolué, suivant les cheminements intellectuels d’un artiste toujours en quête d’un insaisissable absolu. Il a rencontré le plexiglas et les ombres de sa réflexion se sont illuminées, pour le bonheur des amateurs d’art.
Marion Obam

