Concert : Chaud show Jahcoustix
Le reggae man allemand a régalé les mélomanes vendredi dernier à Yaoundé dans le cadre du Ya-jazz. –
C’est toujours un régal de voir ainsi des peuples de différentes couleurs, de différents horizons et différents âges se trémousser sur une piste de danse. C’est un régal pour un artiste de se rendre compte qu’il est rapidement adoubé par le public. Surtout quand il s’agit d’un public camerounais pour l’essentiel face à un artiste étranger. La musique, comme l’art, a ceci de particulier que lorsqu’elle réussit à pénétrer les entrailles du mélomane, elle peut le transporter vers un nirvana à nul autre pareil, où tous ses sens et son être ne respireront que le beat tout en souhaitant que le moment dure le plus longtemps possible.
A voir le public qui s’est donné rendez-vous vendredi dernier au cabaret Mi-Sahel à Yaoundé, l’on ne peut qu’aboutir à cette conclusion tant les organisateurs de cette 12è édition du Yaoundé Jazz Festival (Ya-jazz) étaient loin de penser que pareil triomphe surviendrait. Car, et il faut le dire, combien avaient entendu parler de cet artiste du reggae avant son arrivée en milieu de semaine ? Les mélomanes les plus avertis n’avaient que modérément apprécié du reste le faux bond qu’avait constitué la conférence de presse annoncée quelques semaines plus tôt. Le Goethe Institut pouvait alors répéter que ce jeune artiste était l’une des voix qui montent en Allemagne et même en Europe que personne ne voulait y croire. Jusqu’à ce vendredi où le jeune homme et son groupe dénommé Dubios Neighbourhood est monté sur les planches du Mi-Sahel.
Plaisir
C’est vrai que quelques instants avant et au cours d’une première partie fort acclamée, le jeune Otou Balla Jah avait éclairé quelque peu le chemin d’une soirée qui avait eu du mal à se mettre en route. Par des extraits de son album qui vient d’atterrir dans les bacs et que les mélomanes semblaient bien connaître, il réussit à meubler l’attente, sans toutefois faire durer le plaisir. C’est donc à une salle bien surchauffée qu’eurent droit Jahcoustix et ses cinq accompagnateurs. Avant même d’entamer le premier morceau, il jaugea la foule par des propos bien aimables et des questions bien senties et à même de donner à ces têtes visibles dans le semi pénombre de la salle de communier avec lui et les siens. La soirée pouvait alors commencer avec un reggae d’abord très rock et très hard. Dans le public, certains commençaient à converger vers le grand espace orchestre génialement dégarni de ses sièges habituels. Et la grand’messe commença. Pour ne plus s’arrêter, tant les thèmes et le jeu des musiciens semblaient résonner juste aux oreilles d’un public rapidement conquis.
Très rapidement en effet, l’atmosphère devint électrique et les pas de danse saccadés et en osmose avec un groupe qui n’en demandaient pas tant. Alors on frappa le sol des coups de pied en claudiquant, on chanta avec ce métis venu de chez Goethe. Reprenant en chœur les refrains que le public à la limite de transes apprenait au fur et à mesure avec une dextérité et une rapidité à désarçonner ceux qui n’ont jamais reçu la visite du dieu de la musique. A tel point que la salle, devenue minuscule pour l’occasion, se chauffa très rapidement. Ce qui n’était pas pour décourager les nombreux conquis qui pouvaient aller prendre de l’air rapidement avant de revenir, happés par ce show man venu du froid qui n’en finissait pas après chaque titre de remercier ses nouveaux fans.
Sur la scène, les mélomanes avertis ont sans doute remarqué le guitariste du groupe qui ressemblait à s’y méprendre à notre Yves Ndjock, mise et doigté compris. Débitant parfois des sonorités venus d’ailleurs tout comme l’organiste qui avait en commun avec lui d’être entièrement noir. Sur la musique, le répertoire joué navigua du hard au soft reggae. Mais le climax fût sans doute le moment où Ottou Balla rejoint son "frère" Jah sur la scène pour une improvisation digne de deux seigneurs. Le public, déjà en délire, retrouva de la voix et accompagna des acclamations bien nourries cette prestation finalement harmonieuse. Une atmosphère qui allait se poursuivre encore pour quelques minutes avant la fin d’un show qui surprit. Mais 90 minutes venaient de passer. 90 minutes inoubliables pour les nouveaux fans qui espèrent un prochain passage de celui qui bouclait ainsi une tournée africaine qui l’avait amené dans sept autres pays.
Parfait Tabapsi

