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Documentaire : Le gâchis agroindustriel porté à l’écran

Il est démontré comment des projets, tués dans l’œuf, entretiennent la crise alimentaire. –

C’est un site vaste et chèrement aménagé, à s’en tenir aux vestiges – bâtiments, engins et autres matériels coûteux – qui rouillent lamentablement au soleil. Ce sont des terres à perte de vue qui, en dehors des oiseaux granivores, ne mentent pas. Elles sont, depuis de longues années, l’objet de vives querelles face à un Etat désemparé, mais aussi la convoitise d’hommes de l’ombre qui en hypothèquent toute chance de mise en valeur à grande échelle.
Voici une vingtaine d’années, le gouvernement camerounais décide de l’aménagement de zones irrigables d’une superficie de 17.000ha en aval du barrage hydroélectrique de Lagdo, érigé par la coopération chinoise. Il s’agissait, pour les pouvoirs publics, d’y établir l’une des plus grandes zones agroindustrielles du pays dans la production des céréales. On y annonçait l’érection d’un complexe sucrier. Le potentiel était certain. Des Egyptiens et des Chinois étaient également sur les rangs. Mais avant eux, c’est la Société agro-industrielle de la Bénoué (Saib) qui la première fit aboutir son dossier.

Prévenants, les pouvoirs publics avaient, quelques années avant, «importé» en masse des Toupouris jusque-là établis dans l’Extrême-Nord. Ils comptaient alors peupler cette zone de communautés qui, plus tard, pourraient constituer une main d’œuvre sûre pour les champs et les usines attendus.
Arrivée à Lagdo voici deux décennies, la Saib n’a pu fonctionner que pendant 3 ans. Pendant cette période, elle dût faire face à la vive résistance des Toupouris, qui se considèrent désormais sur leurs terres, refusent d’être instrumentalisés ou simplement exploités comme des bêtes de somme. Ils ont multiplié les incidents, les violences sur les employés de l’entreprise et les actes de vandalisme pour décourager l’investisseur. A plusieurs reprises, le gouvernement a dépêché sur les lieux des équipes de médiation.

A plusieurs reprises, ces plénipotentiaires sont revenus avec des assurances et des engagements fermes des parties en présence, quant à un retour rapide à la normale. Mais à chaque fois, ces serments ont rapidement volé en éclats. Aujourd’hui, personne dans la vallée de la Bénoué ne peut dire avec exactitude qui est qui, ou qui fait quoi. Chaque année, la Saib, qui compte pourtant dans son actionnariat des pontes du Renouveau, doivent se saigner de l’ordre de 75 millions de francs pour essayer de garder intact ou de sécuriser ce qui peut encore l’être. Elle attend un bail emphytéotique qui ne viendra peut-être jamais. Il y a des relents de guerre sourde islamo-peuhle dans l’air ; une histoire entre animistes et chrétiens. Alyoum Fadil, député du coin, sait de quoi il parle lorsqu’il pointe un doigt accusateur sur «certaines élites politiques toupouri bien placées, qui tirent les ficelles dans l’ombre pour entretenir le flou et le blocage».

Le cas de Lagdo peut être comparé à celui de Wassandé, localité située à moins de 100km de Ngaoundéré. La Société de développement du blé (Sodéblé) y avait élu domicile entre 1973 et 1987. Elle a fermé boutique depuis lors, abandonnant installations et matériels chèrement acquis.
«La crise alimentaire : le paradoxe camerounais», c’est 26mn d’images cruelles d’un pays qui ploie sous le potentiel, mais qui importe à grands frais ce qu’il refuse de produire. C’est aussi des coups de gueule poignants, des témoignages ahurissants sur un gâchis pleinement assumé par ceux qui nous gouvernent. Ce documentaire peut être considéré comme la première réalisation de la jeune maison Domayo production, dont les principaux promoteurs sont le journaliste Baba Wamé, mais aussi Serge Amougou, Henri Djéné Youmbi et Aboubakary Halilou.

Félix C. Ebolé Bola

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