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Hamad Kalkaba Malboum : L’athlétisme au Cameroun n’est pas un sport banal

Pour un colonel à la retraite, il a gardé le physique et l’allure d’un capitaine d’active. Le sourire qui accompagne chacune de ses phrases indique qu’il a tourné la page de l’armée, après de bons et loyaux services. –

Pour un colonel à la retraite, il a gardé le physique et l’allure d’un capitaine d’active. Le sourire qui accompagne chacune de ses phrases indique qu’il a tourné la page de l’armée, après de bons et loyaux services. Mais entre le Comité national olympique et sportif du Cameroun qu’il dirige, la Confédération africaine d’athlétisme qu’il dirige et de nombreux autres projets auxquels il est régulièrement associé, Hamad Kalkaba Malboum est resté un homme hyper occupé, et qui passe les deux tiers de l’année hors du pays à sillonner le monde entier. S’il n’a jamais totalement quitté l’actualité depuis de nombreuses années, il a particulièrement été propulsé sur les devants de la scène il y a quelques jours avec l’organisation, en sa qualité de président du Cnosc, du Panthéon de la gloire du Sport camerounais. Il en tire les premières leçons en même temps que, comme dirigeant de la Confédération africaine d’athlétisme, il fait le bilan de l’année 2009 qui s’achève. L’ancien président de la Fédération camerounaise d’athlétisme (Fca) porte par ailleurs un regard sur cette discipline sur le plan national, tout en indiquant couler de jours heureux depuis sa retraite de l’armée camerounaise, qu’il a quitté au grade de colonel.

Quel bilan faites-vous du Panthéon de la gloire du Sport que vous avez organisé ?
C’est un bilan hautement positif. Les personnes concernées se sont reconnues dans l’évènement. En effet, tous nos sportifs qui ont remporté des victoires et ont, à un moment donné, été sous les feux de la rampe Elles avaient le sentiment d’attendre cette reconnaissance, dans notre propre mouvement. félicités par les autorités publiques. Ces dernières leurs ont exprimé la reconnaissance de la nation.
Mais en tant que mouvement sportif, nous n’avons rien pu faire pour ces sportifs-là. Il faut savoir que le mouvement olympique donne l’impulsion, organise les manifestations et contrôle la gestion des évènements. Il y avait donc comme un manque de notre part de ne pas reconnaître ceux, qui sont nos membres et qui participent aux compétitions organisées par notre mouvement. Et ce déficit méritait d’être comblé. Et je pense que tous ceux qui étaient là, les vieux, les moins vieux, les jeunes, les personnes concernées directement ont apprécié l’initiative. C’était également le cas du gouvernement.

Quel sens symbolique et politique vouliez-vous donner à cette initiative ?
Nous avions voulu passer un message, celui de la lutte contre l’oubli de ces personnes qui ont fait rêver à un moment donné de leur carrière les jeunes et même toute la nation. Car, ces personnes, une fois retraitées, sont oubliées et vivent dans des conditions qu’on ignore. Finalement, la reconnaissance d’un jour ne continue plus.
Nous avons aussi voulu susciter en tous ceux qui peuvent aider le sportif à mieux s’insérer après sa période de gloire à pouvoir le faire. Ça peut être les entreprises, l’Etat ou nous-même. Le message est passé quand nous avons entendu la réponse du ministre des Sports et de l’Education physique. Ceci est une nouvelle page pour la génération de sportifs à venir. Toutefois, nous devons mener la réflexion pour que ceux qui ont gagné de manière déterminante et significative sur la scène internationale soient suivis dans leur reconversion.

Quels en étaient les critères de sélection ?
Quand on prend la définition du mot panthéon, il y a en a trois. La première c’est que c’est l’ensemble des Dieux de la Grèce antique, des dieux bien vivants et non des dieux morts. En outre, c’est l’endroit où les divinités, donc ces dieux se retrouvaient pour décider des grandes causes. Et avec l’évolution, c’est devenu l’endroit où les personnes les plus célèbres d’un endroit, qui marqué par leur contribution, reposent quand ils sont morts. Nous avons voulu donner un sens aux dieux vivants. Parce que la génération d’aujourd’hui peut les voir physiquement et leurs poser des questions.

L’organisation de cette manifestation a suscité de nombreux grincements de dents…
En organisant le Panthéon, nous n’étions pas partis pour avoir 20/20, en note. Ce n’était d’ailleurs pas notre ambition. Celui qui obtient un diplôme comme le baccalauréat ou la licence, ce n’est pas parce qu’il a eu cette note. Le plus important est que nous ayons atteint notre cible, à savoir les personnes concernées.
Nous les avons remis sur le podium. Les gens se sont souvenus d’eux, ceux qui les ont vu à un moment donné. Ceux qui ne les ont jamais vu, mais qui ont entendu parler d’eux, ont eu la possibilité de les voir. Ils ont réapparu, ils ont occupé la scène. En plus, les pouvoirs publics se sont engagés à se souvenir d’eux. Sur ce plan là, je me dis que le panthéon a été positif.

Et la sélection des personnalités ?
Il y a trois définitions du mot Panthéon. Premièrement, c’est l’ensemble des Dieux de la Grèce antique, des dieux bien vivants et non des dieux morts. Deuxièmement, c’est l’endroit où les divinités, donc ces dieux se retrouvaient pour décider des grandes causes. Et troisièmement, avec l’évolution, c’est devenu l’endroit où les personnes les plus célèbres, qui ont marqué par leur contribution, reposent quand ils sont morts. Nous avons voulu donner un sens aux dieux vivants. Parce que la génération d’aujourd’hui puisse les voir et leurs des questions, s’inspirer de leurs exemples. C’est d’ailleurs cet aspect qui nous a le plus préoccupé.

Est-ce pour cette raison qu’on a constaté l’absence des nominés comme Marc Vivien Foe mort dans un stade en juin 2005 ou encore Abed Nego Messang ?
Effectivement. D’autant plus que les défunts ont eu les éloges au moment où nous organisions leurs obsèques. Nous ne les avons pas totalement oublié du système. Nous les avons conservé dans une rubrique «In Memoriam», de telle sorte que quand nous aurons véritablement édifié le Panthéon, les noms de ces personnes décédées soient en bonne place.
En fait, notre projection est d’abord de constituer, d’introduire, d’introniser les personnes. Ensuite, créer un endroit qu’on peut, de temps en temps, visiter afin de retrouver les physionomies de ces personnes décédées ou vivantes. Imaginez que nous ayons choisi 50 personnes déjà décédées, quel sens aurait-on donné à la soirée ? On n’aurait vu personne.
Ceux qui ont posé des questions sur les morts doivent savoir que nous les avons considéré dans notre perception. Nous ne pouvons pas oublier Mbappe Leppé, Marc Vivien Foe ou Abed Nego Messang dans les médias. Nous étions conscients de tout cela, mais la finalité était de faire une rencontre de différentes générations pour que les plus jeunes puissent rencontrer les plus âgés, et qu’ils puissent avec ces personnes pour leur donner l’exemple. Bien sûr, que si on avait pris quelqu’un qui nous a quitté, il était difficile qu’il serve comme pédagogue pour les athlètes à venir.

Qu’est-ce qui peut expliquer qu’on ait 1500 nominés pour 50 récompensés ?
C’est un travail intense que nous avons fait pendant très longtemps. Notre mouvement sportif n’a pas d’archives. Les fédérations n’en ont pas. Le ministre lui-même n’en a pas, alors que le comité olympique a très peu d’archives. Nous avons fait les recherches en contactant des personnes ou les enfants des athlètes décédés. Nous avons voulu ratisser large. Je pense que c’est un mérite que nous ayons pu recenser depuis 1959 jusqu’en 2009, 1500 Camerounais ayant participé à divers niveaux de compétitions sportives.
Pour la sélection, nous avons divisé les 50 ans en décennies. Et nous avons essayé de regrouper les 1500 par décennie. Naturellement, nous avons énuméré les critères, qui partent des podiums olympiques, des championnats du monde, de la coupe du monde de football ; puis les jeux intermédiaires, comme les jeux du Commonwealth, ceux de la Francophonie. En outre, on arrive aux jeux continentaux comme les jeux africains, puis les championnats continentaux et au bas du tableau, les championnats régionaux d’Afrique centrale.
A chaque podium, un athlète marquait les points. On a totalisé les points et par décennie, ceux qui en ont marqué se sont dégagés, on a éliminé donc au fur et à mesure. Sur les 1500, on a tamisé pour arriver à une présélection de 150 camerounais. Et à la fin, on a 50 parce que nous avons conventionnellement décidé que le Panthéon commence par 50, dont 50 ans à raison d’une personne par année.

On a d’ailleurs noté qu’il n’y avait pas que les athlètes…
C’est exact. Nous avons également tenu à récompenser les dirigeants des institutions, ceux qui ont participé à la promotion du sport, ceux qui ont encadré les athlètes, comme les médecins, les journalistes, les arbitres. Nous avons tenu compte de tous les intervenants du mouvement sportif.
Dans une émission de télévision, quelqu’un a dit qu’on aurait dû penser aux managers. Mais, à cette époque, le manager n’existait pas. Nous ne faisions que le sport amateur, il n’y avait pas de professionnalisme. Le manager fait son apparition avec le football professionnel. C’est récent. A l’avenir, on tiendra compte du manager.
Nous avons fait un travail avec le maximum d’équité et d’objectivité. En cela, nous n’avons rien à nous reprocher. Même si d’autres personnes, de manière subjective, ont estimé qu’elles auraient pu y être. C’est vrai, moi-même, j’aurai pu y être. Mais, je n’y suis pas.

N’était-ce pas trop de prétendant au départ pour plusieurs frustrations après les résultats ?
Je ne pense pas que les gens contestent véritablement ceux qui ont été élus. Chaque génération des sportifs est marquée par des gens. Qui peut contester Françoise Mbango, Théophile Abéga, Roger Milla, Samuel Eto’o, Issa Hayatou ? Parmi les journalistes ont a choisi un par support, radio, télévision et presse écrite. On n’a pas désigén ceux qui font du cyberjournalisme. Les générations, qui ne sont pas très récentes, savent que sans Abel Mbengue et Zachary Nkwo, ils n’auraient jamais suivi les performances de leur équipe de football ou celle de leurs athlètes. On peut les contester parce que sur le plan individuel, on n’aime pas ou n’apprécie pas la personne. Mais, on ne peut pas effacer les actions posées par ceux-ci. On a également pensé aux reporters photographes. Le Cameroun avait joué au Togo, une rencontre émaillée par des actes de violence. Le photographe distingué avait d’ailleurs filmé les différentes scènes et caché ces pellicules dans un pagne. De retour au Cameroun, il a présenté les photos aux membres du jury de la confédération, qui a disqualifié le Togo au profit du Cameroun, à cause des violences. Il faut reconnaître la contribution au patriotisme.

50 ans après, avez-vous l’impression que les athlètes camerounais se sont appropriés l’esprit olympique dans la pratique de leurs disciplines sportives respectives, quand on sait qu’il y a toujours les bagarres dans les stades et que les résultas sont souvent contestés ?
Tout à fait. Contrairement à d’autres pays, nous avons connu très peu, au cours de ces 50 ans, les actes antisportifs de la part des sportifs camerounais, et même du public camerounais. Quelques fois, quand on a franchi le pas, c’est parce que nous avions été poussés à bout par nos adversaires. Globalement, aussi bien les athlètes, les dirigeants que le public sportif, ont gardé eu une attitude correcte. C’est pour cela que nous sommes respectés, connus comme grande nation de sport.

Le week-end dernier à Ngaoundéré, vous avez lancé le compte à rebours des Dixiades 2010. N’est-il pas trop tôt pour le faire ?
Non, justement. Normalement, un évènement comme celui-là se prépare pendant quatre années. C’est à cela que nous voulons tendre, c’est-à-dire attribuer l’organisation des jeux à une ville quatre années avant. En réalité, il y a beaucoup de choses à faire. A Ngaoundéré, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses à faire au niveau de la mise à niveau des infrastructures sportives pour que cet évènement national se déroule sur des installations convenables. Ce n’est pas le cas à Ngaoundéré en ce moment. Finalement, une année pourrait ne pas être suffisant pour entreprendre un tel projet. Or, c’est à Ngaoundéré qu’on pourra détecter ceux qui pourront faire la fierté du Cameroun aux jeux olympiques 2016. Mais, le compte à rebours, on devrait le lancer un peu plus tôt pour les éditions à venir, pour nous permettre de sensibiliser tous ceux qui peuvent nous aider à réussir l’organisation des jeux. Cette dernière concerne notamment les infrastructures et les lieux d’hébergement. Tous les équipements techniques qui permettront que chaque épreuve soit bien organisée, la couverture médiatique. Il est également important que la population qui accueille la manifestation, petit à petit, s’approprie l’évènement jusqu’à son déroulement. Tout cela prendra du temps.

Est-ce qu’en 2010, le Cnosc retiendra-t-il toujours les 10 disciplines retenues l’année dernière ?
Aux dix (athlétisme, le tennis de table, le judo, la lutte, le volley-ball, le football, le handball, basket-ball, la gymnastique et la boxe) de l’année dernière, nous avons ajouté deux autres à savoir le cyclisme, qui est un sport populaire, que les Camerounais aiment et l’haltérophilie, qui nous a donné de nombreuses médailles. Nous avons donc porté le nombre de disciplines sportives à 12. Toutefois, le concept dixiades reste le contenu, c’est-à-dire qu’on peut diminuer ou augmenter, mais le noyau est de dix disciplines, comme c’est le cas aux jeux olympiques, où en compte 28.

Vous êtes par ailleurs président de la Confédération africaine d’athlétisme. Quel bilan faites-vous de cette année 2009?
Cette année, nous avons eu comme évènements majeurs sur le continent, les championnats d’Afrique juniors organisés avec beaucoup de succès à l’Ile Maurice. Après, nous sommes allés aux championnats du monde d’athlétisme où l’Afrique s’est bien distinguée. Nous avons remporté 23 médailles, un peu plus que ce que nous avons ramené d’Osaka, il y a deux ans. Nous avons normalement poursuivi la formation de nos cadres. Nous avons poursuivi l’organisation des meetings d’un jour, qui se déroulent sur le continent avec une certaine réussite. Nos activités régionales ont été normalement menées par celles-ci. Je pense qu’en gros, l’athlétisme africain a accompli ce qu’il avait à faire au cours de cette année.

Qu’en est-il des perspectives?
En outre, nous avons pu attribuer les compétitions à venir. Du 28 juillet au 1er août 2010, le Kenya va organiser pour la première fois les championnats d’Afrique seniors. Au cours de ceux-ci, nous sélectionnerons l’équipe du continent, qui participera à la coupe du monde. Ce tournoi mettra en compétition, les sélections des différents continents en septembre en Croatie. Nous avons également entrepris le développement de la discipline, qui concerne les jeunes des catégories cadets ou juniors. Ils participent à des compétitions internationales et sont reconnus comme de bons athlètes, mais ne peuvent pas directement entrer dans les centres de haute performance qui existent en ce moment, notamment au Sénégal, au Kenya et à l’Ile Maurice. Pour les préparer et ne pas les perdre, nous avons créé des centres intermédiaires, baptisés des centres espoirs. L’expérimentation est en court au Togo. 11 athlètes venant de trois pays y sont déjà. Le but est que la région Afrique de l’Ouest puisse envoyer ses athlètes dans ce centre. Mais, nous voulons créer plusieurs centres de cette nature au Cameroun, au Congo, au Kenya ou au Botswana. Ce projet convainc aussi bien les Africains que nos partenaires internationaux. Je crois que l’athlétisme africain s’élabore mieux dans son organisation, dans son programme de développement et nous avons aussi pu publier une stratégie de développement sur 10 ans : 2009-2019, qui a été approuvé et qui va être mis en œuvre.

Quel regard portez-vous sur l’athlétisme africain ?
L’athlétisme africain progresse beaucoup. Nous avons toute la satisfaction de figurer parmi les meilleurs au monde. Je dirai même qu’aujourd’hui, les championnats du monde sans Africains seraient sans attrait. En même temps, nous sommes humbles en reconnaissant qu’il y a des disciplines dans lesquelles nous brillons par notre absence. C’est surtout les concours à l’instar du marteau de la perche, du poids, du disque, du javelot. Nous sommes conscients de cette faiblesse et ne comprenons pas pourquoi c’est le cas. Des disciplines qui auraient pu intéresser les Africains puisque nous avons observé que certains noirs américains ont pu être champions du monde. Donc, les Africains ne peuvent pas ne pas l’être. Nous avons des difficultés dans les sprints aussi, alors que ce sont les noirs des caraïbes et des États-Unis, qui les dominent. Alors que les noirs africains n’y arrivent pas depuis que Francky Fredericks a fait ses exploits, il y a quelques années.
C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que nous ouvrons tous ces centres. Nous pensons que l’environnement de préparation est insuffisant. Et quand nous envoyons les meilleurs chez les autres, ils finissent par les naturaliser. Donc nous perdons forcément des athlètes qui auraient pu nous rapporter des médailles. Nous devons donc nous organiser en Afrique avec le potentiel dont nous disposons en faisant venir des experts, en y associant les moyens techniques et médicaux, qui nous permettront de préparer l’athlète dans les mêmes conditions que ceux des Caraïbes et des Etats-Unis.

Vos athlètes sont vieillissants !
A l’époque où j’étais président de la Fédération camerounaise d’athlétisme, j’avais entrepris un certain nombre de projets. A l’instar de la création des équipes d’athlétisme dans les établissement scolaires. J’avais aussi suscité la motivation chez les jeunes en primant les podiums aux meetings nationaux. Ceci avait donné un élan très important à nos compétitions d’athlétisme. Je me souviens d’ailleurs qu’une année, nous avons battu 23 records du Cameroun, qui étaient restés pendant près de 20 ans.
Quand j’ai quitté la fédération, je ne me voyais en tant que président du Cnosc, continuer à diriger l’athlétisme, peut-être que mes successeurs n’ont pas eu les mêmes ambitions. Mais, ils avaient des résultats entre les mains, qu’ils ont géré sans continuer toute l’ouvre de prospection, de maturation, de sensibilisation des écoles à la pratique de l’athlétisme. Je crois qu’aujourd’hui, les fruits sont là, Françoise Mbango est un peu le résultat de tous ces efforts. Mais il faut que cette fédération poursuive cette œuvre afin d’implanter l’athlétisme dans toutes les écoles et de mettre sur pied des compétitions bien structurées et bien organisées pour toutes les catégories d’âge. Bien sûr, avec une motivation.
Je sais que la fédération n’a pas les moyens de pouvoir faire tout cela. Mais, je pense qu’elle peut s’appuyer sur les pouvoirs publics pour l’aider. L’athlétisme au Cameroun n’est pas un sport banal avec les deux médailles d’or olympique de Françoise Mbango. On ne doit pas seulement la regarder, mais surtout considérer la famille sportive d’où elle est issue. On doit pouvoir investir sur les nouvelles générations pour que d’autres Mbango arrivent, pas forcément dans le triple saut, mais dans d’autres épreuves de cette discipline sportive. C’est le message que je pourrai transmettre en faveur de l’athlétisme camerounais.

L’année 2009 a également été marquée par votre échec à la tête de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (Acnoa). Qu’est-ce qui vous a motivé à poser votre candidature ?
J’ai été sollicité par un certain nombre de camardes, qui estimaient que l’Acnoa ne marchait pas bien. Ils pensaient donc qu’avec mon parcours sur le plan national et international, j’avais la capacité de donner à l’Acnoa une impulsion. Effectivement, j’ai élaboré un programme, qui a été soumis aux Africains. Pour des considérations, qui n’ont peut-être rien à voir avec la réalité des programmes, je n’ai pas été élu. J’ai pris cela avec toute la philosophie. Ce n’est qu’une partie remise. En plus, il ne me manquait pas de choses à faire. J’ai encore beaucoup de choses à donner au sport africain, puisque je gère la confédération africaine d’athlétisme, qui est l’une des confédérations les plus performantes. C’est celle dont l’Afrique est fière, dans la mesure où, aux derniers Jeux olympiques, le continent a gagné 40 médailles, dont 28 en athlétisme. Sur les 12 médailles en or de l’Afrique, l’athlétisme en a compté 10.

Vous débordez d’activités, mais nourrissez toujours d’autres ambitions au plan international. A quoi pensez-vous en ce moment comme nouveau projet personnel ?
En ce moment, je préfère réussir totalement ce que j’ai à faire, c’est-à-dire la Confédération africaine d’athlétisme. Je pense que le continent a besoin de se sentir fière dans les compétitions majeures comme les Jeux olympiques ou les championnats du monde. Je voudrais affirmer la position du continent au sein de ce monde de l’athlétisme. Je suis déjà membre du conseil d’administration de la Fédération internationale d’athlétisme. En outre, le président du Comité international olympique m’a fait confiance en me désignant conseiller à la Commission Sport et Environnement de cette institution sportive. C’est une mission nouvelle, qui préoccupe l’humanité entière, je voudrais aussi apporter ma contribution de manière significative au sein de cette commission. La communauté internationale est très préoccupée par la question de l’environnement.

Comment vivez-vous le fait d’avoir pris votre retraite de l’Armée camerounaise au grade de colonel ?
Je la vis bien parce que je l’ai bien préparé. Je suis parti fier d’avoir accompli une mission. Bien que je reste à la disposition de l’armée, puisque mon statut me maintient à disposition. Mais, ça me libère des charges quotidiennes et me permet de me consacrer plus à ma passion qu’est le sport. En regardant avec le temps, je peux me convertir à une activité qui permettrait au plan économique, à la jeunesse de se trouver une voie. Il faut se reconvertir quelque part. Si je ne fais pas de l’agriculture ou de l’élevage, peut-être que je mener une activité, qui pourra permettre à de jeunes camerounais de trouver un emploi.

Vous arrive-t-il encore de jouer de la musique ?
Malheureusement non. Ecouter, oui.

A quand la publication de vos premiers mémoires, pour y consigner les souvenirs de votre longue et riche expérience dans l’Armée, le sport et la musique?
Il y a des journalistes qui m’ont approché à ce sujet. Je ne me suis pas encore déterminé. Mais, j’aimerai bien un jour partager mon expérience avec les jeunes. Au Cameroun, on a par exemple, un sentiment très répandu, qui consiste à dire que si vous n’avez pas de parapluie et de godasses, vous ne réussissez pas. Ce qui n’était pas mon cas du tout. J’ai réussi par ma volonté de travailler, par une discipline que je me suis imposé et par la gestion de la réalité des choses. Considérer l’échec comme une motivation pour réussir des choses à venir. Et le succès comme une étape qui satisfait, mais qui ne doit pas être une fin en soi. Je me dis donc que d’où je suis parti, de mon village près de ce n’est pas une petite aventure. Il est important de dire aux jeunes, vous pouvez aussi réussir, si vous travaillez, si vous avez la possibilité de vous battre contre les préjugés, contre un certain nombre de difficultés que vous devez surmonter. Je pense qu’au bout du compte, je laisserai des mémoires pour les générations à venir, pour mes petits-enfants, pour ma descendance. Pour que ce que j’ai pu faire puisse être connu.

Entretien mené par Priscille G. Moadougou

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