Opérations éperviers :
Comment Ntongo Onguéné et Haman Adama sont tombés –

L’ancien ministre de l’Education de base, le directeur général des Adc et leurs collaborateurs ont été interpellés tôt hier matin laissant leurs résidences respectives en émoi. A côté du quartier du Lac perd sa doyenne, les observateurs ont vécu impuissants le crash au-dessus du quartier Ekié. Comme d’ailleurs, la chute au quartier Elig-Essono du père du Vatican, François Fouda à Vomnam. Entre lamentations et regrets, proches parents et amis ont confié leurs sentiments aux reporters de Mutations qui reconstituent l’ambieance dans les résidences, la journée des prévenus à la Pj et les premières indications des charges portées contre eux.
"Je suis sûr que le président de la République est au courant de cette arrestation. Parce qu’il ne peut pas demander qu’on arrête la mère le jour qu’il l’attend pour la cérémonie des vœux. Dans tous les cas, nous on est confiants et d’ici 17 heures, elle sera de retour ici à la maison", se lamente un proche de la famille Haman Adama au quartier du Lac à Yaoundé, à quelques encablures du centre administratif, et à un jet de pierre de la résidence du Premier ministre. Très tôt ce mercredi 6 janvier, jour de la cérémonie de présentation des vœux au chef de l’Etat par les corps constitués, les vigiles ont été surpris par un mouvement inhabituel de véhicules de la police.
"Hier matin vers 5h 30, je suis venu comme d’habitude chercher la voiture pour les courses, quand une vingtaine de policiers qui avaient envahi la maison, m’ont interdit l’accès de la maison au motif que personne ne doit en sortir ni entrer", indique un membre de la famille de l’ancienne ministre. A l’extérieur de la résidence que le commissaire aux comptes du comité central occupe depuis plus de trente ans, un ballet incessant de véhicules défile. Proches, amis, membres de la famille, anciens collaborateurs du ministère de l’Education de base, laissent apparaître leur émotion. Commentaires, plaintes, lamentations, et regrets se confondent dans leurs discours.
Base aérienne
Aussi, certains croient savoir d’où proviennent les problèmes de "la mère", et tentent des explications. "Il est vrai que les gens font des choses, mais des collaborateurs sont aussi impliqués et c’est eux qu’il faut interpeller. Et puis on vient l’arrêter à 5h30 comme une vulgaire voleuse, alors que les braqueurs nous tranchent le cou partout,pendant que la police dit qu’il n’y a pas de carburant dans les voitures", gémit un travailleur de la concession.
A des lieux de là, au quartier Ekié, à un jet de pierre de celui très bouillant d’Ekounou, une bretelle permet de rallier le complexe Beac (banque des Etats de l’Afrique centrale), sur une distance quasi similaire. Cette bretelle bitumée affiche des nids de poule. A côté de vielles maisons en terre battue, illustration d’un village en transformation sur le flanc opposé à l’ancien aéroport de Yaoundé (Base aérienne 101), sortent de terre de grandes maisons (souvent des duplex), dans des barrières aux murs très élevés.
A mi chemin entre Ekié et le complexe Beac, dès la deuxième ruelle à droite, une résidence se fait remarquer. Non pas par son gigantisme, mais par ses couleurs. "Oui, c’est ici la maison de l’ancien directeur général des Adc", répond un jeune homme, qui avait sorti la tête de la petite fenêtre de la guérite, à la suite des bruits de moteur de la motocyclette qui venait de traverser le bâtiment concerné. Comme s’il attendait quelqu’un. Le jeune homme semble serein. "Il n’est pas là. Il est sorti ce matin, ai-je appris. Repassez dans l’après-midi. Peut-être, vous pourrez le retrouver", rassure-t-il vers 10h30. Sauf s’il dissimule son agacement, il confie qu’en arrivant le matin, il n’a pas trouvé Roger Ntongo Onguene, qui est le mari de sa tante.
Interpellation
A deux pas de la Dpj, l’ambiance est au deuil au domicile de l’ex directeur des Ressources financières et des matériels (à la retraite) du ministère de l’Education nationale (Mineduc), non loin du Centre biblique. Selon des témoignages recueillis auprès de ses voisins, François Fouda n’a plus été aperçu dans les parages depuis lundi dernier. "Chaque matin vers 9h, il passe au volant de son véhicule pour se rendre au bureau. Depuis trois jours, je l’ai plus vu", indique un employé de l’imprimerie qui jouxte sa villa. Un autre employé de la même imprimerie se veut affirmatif sur son "nouveau bureau". "Je pense que cette fois ci, on l’a pris pour de vrai", rapporte t-il. Visiblement attristée par la nouvelle de l’interpellation de François Fouda, une dame venue aux nouvelles ressort de la résidence du maire le visage froncé, laissant le portail entrouvert.
Rendu à l’intérieur, le reporter est marqué par le voile funèbre qui enveloppe les lieux. Quatre véhicules luxueux y sont garés. Des chaises en plastiques sont entreposées dans deux coins sous la véranda. Deux employés de maison s’affairent paresseusement au repassage des nappes et serviettes de table de couleur blanche. Le tandem se montre accueillant. A la question de savoir si on peut rencontré le patron, l’un des préposés répond: "Il n’est paslà". Question: "Est ce qu’on peut repasser le soir?". Réponse: "Ce n’est pas sûr qu’il sera déjà là, repassez demain". Toute la journée d’hier, l’ex directeur des ressources financières et des matériels au Mineduc était injoignable.
Justin Blaise Akono, Pierre Célestin Atangana et Georges Alain Boyomo

