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Musique : Nostalgie façon Kidjo

« Oyo », le tout dernier album de la chanteuse béninoise, est une incursion dans un passé personnel, africain et universel. –

« Oyo », le tout dernier album de la chanteuse béninoise, est une incursion dans un passé personnel, africain et universel. Madame Angélique Kidjo est partout, ces temps-ci. Au Cap pour le tirage de la Coupe du monde de football. A Copenhague pour la conférence sur le climat. A Vancouver pour les jeux Olympiques d’hiver.

 

Et dans les bacs aussi. Depuis janvier, en effet, un nouvel album est venu agrandir la riche discographie de l’interprète de « Ninivé », produit il y a une trentaine d’années par Ekambi Brillant. Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kango Manta Zogbinqui, qui aime tant à se laisser aller à sa fantaisie, remet ça. Avec, cette fois, une incursion dans le passé musical dans lequel elle a grandi, là-bas au pays du vaudou. Les Kidjo, c’était une famille ouverte sur le monde et où l’on écoutait des rythmes venus de partout. Bien des sons tombaient dans les oreilles de la petite Angélique, qui, devenue un monstre sacré de la chanson africaine, s’en souvient.

Un vrai travail de mémoire qui ramène Kidjo à son mentor, la Makeba, dont elle se risque à reprendre deux titres, dont la toute première chanson de la légende disparue, « Lakutshona Ilanga ». Il y en a aussi pour une autre diva qui, même très tôt décédée, est restée dans l’esprit d’une génération d’Africains : la Togolaise Bella Bellow, cornaquée à ses débuts par Manu Dibango dans une collaboration qui produira le mythique « Rokia ». Plus nostalgique encore, la chanson « Kelele », un swingué et chaloupé high life auquel la chanteuse s’essaye brillamment. Parti du Ghana, le high life, « haute vie », était destiné à la bonne société de l’époque coloniale. S’étant répandu en Afrique de l’Ouest et même centrale, on l’aura sans doute dansé de Dakar, à Kinshasa lors des indépendances.

Ça tombe bien. Partout, on fête le cinquantenaire que Kidjo célèbre, elle aussi, cette année. Née quelques semaines avant « l’indépendance cha cha » de son pays, Kidjo aura 50 ans le 14 juillet prochain. Un anniversaire qui nous vaut ces photos des débuts, lorsque Angélique, la vingtaine, portait des nattes ou même des tresses au fil. Inédit. Installée aux Etats-Unis et même influencée par la pop, cette figure de ce qu’on appelle afro-funk a conservé un ancrage dans les rythmes du terroir cristallisés dans la juju. « Atcha Houn », la chanson traditionnelle de sa première scène, est revisitée. A vous arracher doucement les épaules. Et puis, « Oyo », nom de l’ancien royaume, s’envole vers d’autres horizons : Aretha Franklin, Sidney Bechet, Carlos Santana, etc. Kidjo se souvient même d’une musique de film hindou qui marchait bien dans les années 70 sur le continent.

« Oyo », 16 titres, confirme l’éclectisme de la grande dame et un talent d’interprète qui ne craint aucun registre. L’avant dernier album, « Djin Djin » (2007), a d’ailleurs reçu un Grammy Award aux Etats-Unis. Incontournable lorsqu’on évoque la scène africaine à travers le monde, Angélique Kidjo, artiste militante, rend un fier service aux mélomanes d’aujourd’hui en les replongeant dans le hier qu’ils n’ont ni écouté ni dansé. Les raisons ne manquent pas pour lesquelles feue Elise Mpacko, animatrice à Africa N°1 dans les années 80 et 90, lui aurait accordé l’honneur qu’elle ne réservait qu’aux chanteuses africaines accomplies. En guise de révérence, elle lui aurait en effet donné du « madame Angélique Kidjo ».

« Oyo », Angélique Kidjo, janvier 2010, Naïve.

ACHETEZ

Stéphane Tchakam

http://www.myspace.com/angeliquekidjo

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