Histoire : Destin quand tu nous tiens !
Le récit autobiographique de Dr Perrin décrit aussi la souffrance des populations de l’Ouest Cameroun durant la rébellion contre l’Upc. –
Qui en sept décennies de vie n’a point n’a point eu droit à une rencontre déterminante qui a sérieusement bouleversé le cours de son existence ? Ce genre de rencontre qui vous permet de vous accomplir comme être humain utile à la société. Pour ce qui est de Jean-Baptiste Tegankam dit Docteur Perrin, deux rencontres ont sérieusement modifié le cours de son destin, et cela dans le bon sens. Il y a d’abord celle d’avec la Kamsi -nom donné aux diseurs d’avenir dans la région de l’Ouest Cameroun- qui s’offusqua de ce qu’au gamin ait échu "le pire des noms". A cette époque le jeune Tegankam se nomme en effet Kakambi qui veut dire dans sa langue maternelle "le monde ne te veut pas" ; un nom qui s’était imposé à ses parents du fait qu’il était né après deux décès consécutifs des premiers rejetons de Messago. C’est ainsi que le garnement, âgé de cinq ans et qui continuait à téter le sein de sa mère Mayafo sera baptisé à nouveau Tegankam Mbouo Tégang. Un changement qui allait lui permettre de sortir "rapidement de sa carapace de maladif" pour embrasser une croissance et une vie plus normale.
La deuxième rencontre allait survenir des années plus tard lorsque le jeune écolier, à la fin de ses études primaires allait croiser le chemin d’un compatriote. Habitant alors avec un prêtre loin de son village natal, il se demandait comment il allait poursuivre ses études au collège, et ce quand bien même il avait réussi le concours d’entrée en 6è dans un établissement public de Bafoussam. Face à la volonté de son père de ne pas le voir continuer ses études et le manque de moyens, la providence permettra à celui qui portait depuis peu le prénom de Jean-Baptiste cette rencontre d’avec Jean-Romain Amougou, un militaire originaire du Sud Cameroun et affecté dans la région. Il allait dans sa sympathie envers le gamin lui offrir les 10.000 francs nécessaires à sa scolarité.
La troisième, "fortuite", allait arriver dans la foulée sous le visage du père Joseph Perrin, "un prêtre blanc" de France. En ce 10 juillet 1966, le destin venait de basculer pour le petit collégien du petit séminaire de Mélong qui bien qu’admis en 5è se creusait les méninges pour savoir où il trouverait de l’argent pour poursuivre ces études, et ce malgré plusieurs tentatives auprès de connaissances. Non seulement il découvrira à son retour à Mélong que son "nouveau père" a réglé la facture de sa pension, mais aussi lui a envoyé des habits.
Une histoire au final intéressante.
D’abord par le récit alerte d’un parcours comme il devait y en avoir très souvent dans cette région qui subît avec stoïcisme des fois la dure réalité de la rébellion et de la lutte acharnée que lui livrait le pouvoir de Yaoundé. Intéressant aussi dans ce souci du détail qui permet au lecteur qui ne connaît pas le coin de se le représenter. L’autre option à souligner aura été celle de faire des chapitres courts qui vont droit au but ; le tout agrémenté de photos d’époques très à propos. Toutes choses qui n’empêchent pas cependant pas au lecteur de rester sur sa faim tant le récit autobiographique s’achève brusquement. Surtout que l’auteur, qui parle de lui à la troisième personne, semble en avoir sous la plume. L’on soulignera aussi le travail d’édition pas très au point comme on le voit dès la couverture. Car l’écrivain est-il Dr Perrin comme c’est le cas en couverture ou alors Jean-Baptiste Tegankam comme mentionné à la quatrième à la suite du premier nom ? La formulation du titre aussi paraît pour le moins interrogateur. Surtout qu’il s’agit dans le texte de l’histoire d’un individu -qui a certes changé plusieurs fois de nom- mais dont le parcours et les rencontres significatives ont paru plus importants.
Parfait Tabapsi

