Angèle Etoundi Essamba : L éclat des femmes en photos
La célèbre photographe camerounaise rend hommage à la gent féminine dans les salons du Hilton hôtel à l’occasion des Cinquantenaires. –
Elle ne cache pas le but de cette exposition de 50 portraits de femmes dont le vernissage a eu lieu mercredi à l’hôtel Hilton de Yaoundé. Exposition tenue dans le cadre de la célébration des 50 ans de l indépendance et de la réunification du Cameroun. "A travers cette exposition, je compte célébrer la femme plurielle. Je ne m’attarde pas uniquement sur les femmes camerounaises. Mon exposition concerne toutes les femmes africaines qui, ces dernières 50 années, ont réussi à s’imposer dans la société", dira la photographe dont le regard marron désarçonné plus d’un.
De fait, les images captivent et parlent d’elles mêmes. Le plus souvent, le regard est franc et direct. Exit donc, dans la galaxie Essamba l’ère où le regard de la femme africaine et camerounaise particulièrement se faisait fuyant. La photographe, dans son travail, qui se décline sur un fonds noir, fait appel a des couleurs parfois très vives pour donner de l’éclat a ces modèles qui, confie-t-elle, ne se sont pas souvent livrées a cet exercice. "Ce ne sont pas des professionnelles. Ce sont des personnes que j ai rencontrées dans la rue et qui se sont senties proches du projet."
Au gré des plans, la femme se fait mystérieuse comme c’est le cas sur ce portrait qui vous happe à l’entrée du hall de l’exposition. Une partie du visage cachée sous un voile sombre, Nadine (nous la nommerons ainsi étant donné que, pour l’occasion, l’artiste s’est refusé à légender son travail, laissant le visiteur libre de son appréciation) lance un regard énigmatique à ces personnes qui admirent le travail de l’artiste. Le modèle baigné dans un halo de couleur sombre revit grâce à la finesse artistique de Angèle qui valorise le grain de peau de son modèle qui revit et ajoute de la luminosité à la photo.
Un peu plus loin, les cliches se font plus vifs sur des peaux plus sombres. L’artiste laisse parler des instants de la vie quotidienne. Sans artifices. Dans ce volet, on retrouve un modèle du nord Cameroun (ou de l’Afrique de l’Ouest), niché dans un énorme foulard orange qui se brosse pensivement les dents avec un bout d’écorce. Quelques mètres plus loin, c’est un groupe de jeunes filles drapées dans des sahéliennes blanches et les pieds nus sur le sable blanc qui semblent profiter de la vie.
Alors que cette partie de l’exposition se veut réaliste, Angèle Etoundi Essamba emmène les visiteurs dans un autre volet de l exposition. Sur une photo en noir et blanc, le ventre d’une femme enceinte intrigue les convives que l’artiste laisse, bon gré, à leurs interrogations. C’est ce mélange d’interrogations, de certitudes et de découvertes qui ravit le public, heureux de côtoyer un travail d’une telle envergure.
Ce d’autant que depuis le début de sa carrière, Angèle (qui à ses heures perdues est aussi poète) a mis la femme africaine au cœur de son travail. En témoigne les différentes expositions faites depuis sa première exposition, en 1985. Elle a été exposée de nombreuses fois en Europe, en Afrique et au Etats-Unis. Un travail qui ne verront malheureusement pas les épouses des chefs d’Etat. Pourtant attendues.
Née en 1962 à Douala, elle arrive à Paris à l’âge de 10 ans. C’est en 1982 qu’elle part à Amsterdam pour suivre une formation de photographe à la "Professional Dutch School of Photography". Pour elle, la photographie est "le besoin de s exprimer et de communiquer. Aussi longtemps que ce besoin se ferra ressentir, je vais créer".
Dorine Ekwe

