Yvette Lottin Same : Taire les frustrations des femmes handicapées
Promotrice du concours de beauté «Handimiss», elle souhaite valoriser l’image de la jeune fille handicapée moteur à Douala. –
Le casting de Handimiss s’est tenu le 26 juin dernier à Douala. Qu’est-ce qui a motivé la styliste que vous êtes à initier un concours de beauté pour filles handicapées ?
Je suis effectivement une créatrice de mode et j’assiste régulièrement à des défilés de mode où seules les personnes minces et valides présentent les modèles. J’ai ainsi trouvé que mes collègues mettent en exergue soit les minces, les grosses, les grandes etc, sauf la femme handicapée. Cette lacune m’a inspirée à faire également la promotion de la personne handicapée. Au départ, j’ai songé à un défilé de mode avec des modèles handicapés. J’ai trouvé l’idée réductrice, par la suite, j’ai plutôt opté pour un concours de beauté baptisé «Handimiss» qui pour cette première édition, se limite à la région du Littoral.
Quel retour avez-vous des principaux acteurs de ce concept que sont les personnes handicapées ?
J’ai un très bon retour. Au point où le jour de la présentation de ce concept, le 26 juin dernier, j’ai fondu en larmes au regard de l’engouement que ce projet suscite. Je ne m’attendais pas du tout à une telle envergure. On a reçu une quarantaine de candidates et 10 ont été présélectionnées pour la finale qui se tient en Août prochain. Par ailleurs, nous travaillons en collaboration avec des associations des personnes handicapées.
Quels sont les critères de sélection des candidates ?
Tout d’abord, ce sont toutes des filles qui se déplacent par des chaises roulantes. Le jury doit statuer essentiellement sur la beauté physique. Nous mettions un accent sur l’habillement, la coiffure, l’hygiène corporelle, l’éloquence et le déplacement sur chaise roulante. En réalité, nous n’avons pas été très exigeants puisque ce sont des personnes pas parfaitement aptes. Concernant les conditions à remplir, les postulantes doivent être âgées entre 18 et 35ans, être Camerounaise d’origine. Parler l’une des deux langues officielles, l’Anglais ou le Français.
Qu’est-ce qui explique votre préférence pour les handicapés moteurs?
Pour ne pas tout embrasser, je me suis focalisée sur les jeunes filles et les handicapées motrices, étant donné que ce sont des personnes qui éprouvent plus de difficultés dans la société. Notamment sur le plan de leur insertion professionnelle. Le ministère de la Santé et celui de la Promotion de la Femme et de la Famille sont mes principaux parrains. Pour une première édition, si la miss a une enveloppe de 1000 000 Fcfa, ce serait gratifiant. Ceci ne sera rendu possible qu’avec l’appui d’autres partenaires. Même si au lendemain du concours, je me retrouve sans le sou, je serai fière d’avoir relevé le challenge.
Quel est le but d’un concept comme celui-là?
Je mène un combat afin de démystifier la personne handicapée. C’est un être comme tout le monde. D’ailleurs, mon père, l’artiste musicien Eboa Lotin, était un handicapé. En ce qui concerne la femme handicapée, elle ne doit plus être marginalisée au Cameroun. Nous ferons tout ce qui est de notre possible pour la sortir des frustrations qu’elles subissent au quotidien. C’est un combat que je ne pourrais mener seule. J’incite tout le monde à se joindre à moi. Dans les entreprises, des femmes intelligentes sont marginalisées seulement à cause de leur handicap. Si beaucoup se joignent à moi, ce combat sera gagné.
Propos recueillis par Monique Ngo Mayag

