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Profession : Où sont passés les photojournalistes ?

A défaut d’Internet, les rédactions préfèrent utiliser des images de terrain faites par des reporters. –

 

Jeudi 2 septembre au ministère de la Communication. Les hommes de médias couvrent l’installation du nouveau secrétaire général de ce département ministériel nommé deux jours plus tôt. Au moment de la séance-photos, journalistes et autres chasseurs d’images sortent chacun un appareil de prise d’images : téléphones portables, Ipod, appareils numériques de petit gabarit et autres. Pour assurer une bonne prise de vues, ces derniers sont obligés de se rapprocher des personnalités qui ont pris place sur l’estrade. Ce qui irrite fortement Fabrice Ngon photographe à Cameroon tribune, et d’autres professionnels de la photo. «Vous qui avez les appareils numériques et les téléphones portables, vous n’êtes pas des professionnels ; laissez-nous faire des photos que nous allons vous donner», rouspète le photographe.

Connivence ou hasard de calendrier, cette réaction de dépit du photographe du quotidien gouvernemental intervient le même jour qu’un quotidien français appartenant au groupe Bolloré questionne dans ses colonnes l’avenir photojournalisme en Hexagone à travers un dossier de deux pages.
Au Cameroun, la question que se posent les professionnels des médias vise à savoir s’il existe des photojournalistes dans les différentes rédactions du pays, au regard de la place marginale qu’occupe la photo dans les journaux. «Le problème c’est que la photo est la dernière chose à laquelle on pense quand on rédige un article ; du coup, recruter un photographe simplement on un photojournaliste devient compliqué», explique Parfait Siki, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Repères. Pour Laurent Abah, rédacteur en chef adjoint du quotidien Cameroon tribune, la photo constitue un bouche-trou. «Le photojournalisme est une forme d’écriture parce que la photo doit refléter la quintessence d’un fait ; or les photojournalistes qui existent même dans les rédactions ne travaillent pas assez, ils préfèrent aller dans les séminaires», explique-t-il.

Pour Clément Tjomb, ancien photojournaliste, ancien de Cameroon tribune aujourd’hui directeur de l’agence de photos Images du Cameroun (Idc) qui confirme la tendance alimentaire des photojournalistes, la question de la prospérité de ce métier réside dans la formation. «Aucune école de formation ne spécialise les photographes dans un domaine précis ; on a des fourre-tout, des presse-boutons et autres. Ceux qui sont employés par des maisons sérieuses, préfèrent répondre aux besoins de leurs employeurs de peur de compromettre leur emploi», tranche-t-il. Pour lui, l’absence de photos de presse dans les journaux procède de l’ignorance volontaire des journalistes du travail des photographes. «Non seulement ils refusent de payer les photos, mais aussi ils ne veulent pas signer celles que nous leur offrons gracieusement pour ne pas payer les droits d’auteur», souligne Clément Tjomb.
La carence de bonnes photos de presse se justifie aussi selon Jean-Jacques Ewong, patron de l’agence d’images Aras, par l’absence voulue et entretenue des reporters photos dans les conférences de rédaction. «Sur le terrain, c’est le journaliste qui sur la base du papier qu’il va rédiger, indique au photographe le type de photo dont il a besoin. Mais sur le terrain, chacun joue sa partition et on fait avec ce qu’on a quand le journaliste ne fait pas lui-même une photo», explique le photojournaliste qui poursuit en indiquant que les patrons de presse se refusent à recruter les photojournalistes parce que ces dernier apparaissent comme des free-lance qui ont du mal à rester stables.

Pendant que plusieurs photographes de presse excipent le manque de reconnaissance de la part des patrons de presse, Laurent Charles Boyomo Assala, directeur de l’Esstic, pense que les raisons économiques justifient leur absence des salles de rédaction. «Les rédactions préfèrent recruter un journaliste plutôt qu’un photographe parce qu’il coûte cher ; soit on exploite les connaissances sommaires d’un reporter en photographie, soit on se rabat sur Internet.» Pour le directeur de l’agence d’images Aras, le budget alloué à la recherche des photos dans les rédactions, est révélateur de sa place dans un journal. Du coup, les photojournalistes se tournent vers les médias étrangers qui acceptent de payer le prix qu’il faut. «Pour les photojournalistes qui exercent au Cameroun, leurs productions se retrouvent dans les magasines étrangers de sports, de mode et de culture, où, non seulement on accepte de payer comme il faut, mais on préfinance même certaines commandes», indique Jean-Jacques Ewong pour qui, le bon photojournaliste ne coure après les anniversaires et les mariages pour vivre.

Si l’âge d’or de la photo est arrivé à son terme à cause d’Internet qui constitue la voie de la facilité selon certains professionnels des médias et de la photo, le professeur Boyomo Assala pense plutôt le contraire. «Dans notre contexte, même si on va vers la toile, on a toujours besoin d’avoir une copie physique du journal ; et puis ce n’est pas le même public qui va sur la toile qui lit les journaux», explique le directeur de l’Esstic.
Malgré ce désamour entre les photojournalistes et les différentes rédactions, le métier, selon les professionnels, a visiblement de beaux jours devant lui. «On n’imagine pas un journal sans illustrations à fortiori sans photo ; parce que même les journaux qui ont longtemps paru sans photo s’y sont mis ; cela parce que le public commence à exiger des respirations ou encore des images qui hurlent», souligne Jean-Jacques Ewong.

Pierre Célestin Atangana

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