Non classé

Que des miettes pour les musiciens

Rétribution. Droits d’auteur, vente de disques et autres prestations scéniques ne suffisent toujours pas à assurer le minimum aux artistes. –


 
Un coup de gueule pour commencer. Anne-Marie Nzié s’est déplacée ces jours-ci pour aller toucher son « dû » à la Société camerounaise de l’art musical (Socam), à Yaoundé, où une répartition a eu lieu. 
Mme Ngaska, vous pouvez imaginer quelque chose pour traiter ce symbole national avec la dignité et la considération infinies qu’elle mérite et lui éviter ainsi ce qui, quoi qu’on dise, ressemble à une humiliation. 
 
Des artistes plus jeunes, plus alertes, peut-être même talentueux, eux, peuvent venir à la Socam toucher le fruit de leur travail, leurs droits d’auteur donc. C’est ce qu’ils ont d’ailleurs fait et ils ne savent pas quand aura lieu le prochain rendez-vous. La Socam, elle-même, ne le sait pas avec certitude. Elle avait prévu quatre répartitions par an et les choses ne se passent pas tout à fait ainsi. Pour diverses raisons. Avec une conséquence, l’irrégularité du versement à ses sociétaires de leur « salaire différé », selon le mot du directeur général de la Socam, Kabelok Aron.
 
Les répartitions sont donc irrégulières et on peut se demander de quoi vivent les artistes musiciens au Cameroun entre-temps. Bien sûr, dirait-on, il y a bien les ventes des disques et les spectacles. Ce sont, dans un contexte normal, les autres sources de rétribution des artistes musiciens en particulier. Seulement, et c’est bien connu, le contexte n’est pas tout à fait normal lorsque la piraterie prospère au nez et à la barbe de tous. Elle est devenue un phénomène régulier et les consommateurs ne voient pas d’inconvénient à ne débourser que 500 francs Cfa, voire moins, pour s’offrir un album de Lady Ponce ou de Beko Sadey. Ceux qui réussissent encore à faire des albums ne se font pas d’illusions. Si le produit marche, c’est les pirates qui en profiteront. Et on n’est plus surpris d’entendre dire qu’un tel ou un tel autre est celui qui a vendu le plus d’albums dans le circuit officiel : 2500 ou 3000. Si ce n’est pas une misère !
 
Le disque sert plus sûrement de support à une carrière qui va alors s’appuyer sur les prestations scéniques. D’ailleurs, même à l’échelle internationale, le spectacle s’impose aujourd’hui comme la principale activité des musiciens. Le disque est partout en crise et passe à présent pour un produit dérivé que l’on n’achète qu’après avoir vu le spectacle et pour emporter un peu de l’artiste avec soi. Pour tout dire, pas grand-chose ne viendra de là. Surtout lorsque, se plaint Jay Lou Ava, musicien, « personne ne bouge ». 
 
Radios privées
Le droit d’auteur ne doit pas davantage faire illusion. Pour Jay Lou Ava, « il est mal géré ». Peut-être bien, mais la Socam rappelle qu’elle ne peut verser d’argent que lorsqu’il y en a. Pour l’instant, explique le directeur général, « les grands usagers ne veulent pas payer. 10% seulement des radios qui existent dans notre pays payent. Les radios privées, elles, sont complètement en dehors du circuit et ne se résolvent même pas à payer le forfait prescrit ». Seule la Crtv est en règle et Roméo Dika, autre artiste musicien, martèle que les artistes n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes. « Au lieu de faire jouer leur musique sur les radios privées qui ne reversent pas un sou, ils devraient se tourner vers la Crtv. Qu’ils ne soient donc pas surpris ou étonnés de ne pas entrer en répartition. On ne rémunère qu’en fonction de ce qui a été collecté. Si  vous ne faites pas d’album, si vous ne faites pas tourner votre répertoire, vous ne pourrez pas toucher de droits d’auteur conséquents ».
 
Et encore, ajoute Joe Mboule, artiste musicien, « il faudrait être auteur et pas simplement interprète et il faudrait que vos œuvres soient enregistrées ». Les dernières répartitions oscillent entre 25 000 et 2 500 000 francs Cfa. Et le maillot jaune n’est pas allé à un artiste. Plutôt à un éditeur dans le portefeuille duquel on trouve plusieurs artistes. Seuls des artistes de renom s’en sortent avec « quelque chose » de consistant. 
 
Contingences
Sauf que recevoir 500 000 francs Cfa ou même davantage sur une période d’un an ou de six mois peut ne rien signifier lorsqu’on connaît les contingences auxquelles les artistes de ce rang doivent faire face. Certains mènent des activités parallèles à leur carrière et chacun, à Douala, sait que Papillon est un homme d’affaires. Seuls les plus connus et les plus professionnels tirent leur épingle du jeu, surtout quand ils tournent à l’étranger. Or, avertit Joe Mboule, « quand on n’est pas professionnel, on bricole. Très peu sont des professionnels. La misère ambiante qu’on connaît dans le milieu artistique est la résultante de ce cafouillage dans lequel nous vivons ». Jay Lou Ava reconnaît qu’il y a, à l’étranger, plus de possibilités. « Je vends mes Cd, je fais des concerts, je fais de la musique pour documentaires et ça rapporte ». En attendant, le plus gros de l’orchestre vivote au pays. 
 
Stéphane Tchakam

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

close

Log In

Forgot password?

Forgot password?

Enter your account data and we will send you a link to reset your password.

Your password reset link appears to be invalid or expired.

Log in

Privacy Policy

Add to Collection

No Collections

Here you'll find all collections you've created before.