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Joe Mboule : « Le métier est mal organisé »

Chanteur porté sur l’organisation de la filière musique, il croit savoir pourquoi les musiciens sont si mal rétribués. –


 

 
Les répartitions de droits d’auteur des musiciens, à la Socam en particulier, ont-elles un impact positif sur la condition matérielle des artistes ?
Il me sera difficile de vous répondre d’emblée sans faire une remarque pertinente dans un but purement pédagogique. En matière de gestion collective, une société de perception et de répartition comme la Socam ou la Sacem fait normalement deux types de répartitions dans l’année : deux pour les exécutions publiques et deux pour les reproductions mécaniques. Les exécutions publiques concernent la radio, la télévision, les concerts de musique et autres lieux sonorisés. Pour les reproductions mécaniques, il faut une autorisation préalable accordée aux producteurs pour commercialiser les supports sonores et audiovisuels. Si les droits que génèrent les œuvres des auteurs membres de la Socam sont bien collectés et bien répartis avec des œuvres diffusées ou des supports fabriqués en grande quantité, les répartitions conséquentes peuvent rapporter aux bénéficiaires des sommes leur permettant l’amélioration de leur condition matérielle. Mais, en réalité, je doute fort que ce soit le cas.
 
Qu’apportent les sources normales de rétribution des artistes musiciens chez nous (droits d’auteur, vente de disques, spectacles) ?
Comme je le disais, l’ignorance des lois et règles en vigueur dans le domaine musical amène les uns et les autres à faire des choses qui sont en disfonctionnement avec ce qui se fait ailleurs. Le droit d’auteur concerne les créateurs des œuvres de l’esprit, donc, tous ceux qui ne créent pas ne sont pas rémunérés, sauf si le créateur cède une partie de ses droits à une tierce personne (éditeur, arrangeur…). Pour ce qui est des ventes de disques, l’artiste, qui est l’interprète d’une œuvre musicale, reçoit de son producteur des royalties qui représentent son salaire calculé sur la vente de ses disques (en général entre 5 et 10% du prix de vente en gros). Le spectacle vivant, qui peut être un concert, une émission télévisée ou toute autre prestation devant un public, fait aussi partie des activités lucratives d’un artiste, qui est en ce moment employé du producteur de l’évènement. C’est d’ailleurs l’activité principale d’un artiste professionnel. Pour répondre alors à votre question, je dirais que le métier étant mal organisé, très peu d’artistes bénéficient des rétributions de leur travail qui demande à être valorisé.
 
Quelles sont les contingences auxquelles un artiste doit faire face au quotidien ?
Il faut d’abord briser le tabou qui consiste à dire que les artistes sont ceux qui ont raté ailleurs. Il suffit de regarder ce qui se passe ailleurs. Les artistes sont les personnes les plus courtisées, car ils font rêver, ils entretiennent un mythe autour d’eux. Mais ceux-là, ces artistes-là, travaillent pour arriver là où ils sont. Bien sûr, ils bénéficient des conditions d’une société bien organisée. Imposons-nous, respectons-nous et la société nous respectera. 
 
Les mécanismes mis en place par les pouvoirs publics pour améliorer le statut et la condition des artistes portent-ils des fruits ?
A quels mécanismes faites-vous allusion ? On ne peut pas attendre tout des pouvoirs publics. C’est d’ailleurs pour cela que les artistes camerounais sont endormis. Ils attendent tout des pouvoirs publics et on comprend pourquoi les fonctionnaires se permettent toujours de manipuler certains d’entre nous, ceux qui manquent d’étoffe. J’ai toujours dit que le statut de l’artiste ne s’octroie que par l’artiste lui-même. Comment voulez-vous que quelqu’un qui ne sait rien de votre métier décide seul à partir de son bureau feutré de vos conditions de vie et de travail et ce, sans demander votre avis. Je sais que les tireurs de ficelles préfèrent que le statut quo perdure dans le milieu  artistique. Nous sommes considérés comme des voyous. À nous de prouver le contraire. Il y a, heureusement, dans ce pays, de véritables artistes qui peuvent et qui doivent relever le défi. C’est le moment.
 
Propos recueillis par S. T.Le Jour

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