Les Mélodies: Ndedi Eyango veut qu’on l’appelle…
«Appelle-moi», c’est le titre du nouvel album de 10 titres du Prince des Montagnes dont le single promo est disponible depuis fin octobre 2012. –
Le vidéogramme est en soi un témoignage de la classe et du sérieux. Le clip tourne en boucle sur nombre de chaînes de télévision, depuis quelques semaines.
Des téléspectateurs s’en délectent à cœur joie. Des images essentiellement dynamiques. Un décor des plus naturels. La terre rouge du Cameroun mise en valeur. Des danseurs aux déhanchements électriques. Un Prince Eyango sanglé dans diverses tenues aussi bien de ville que pour des heures de relaxation, selon les différents plans que le réalisateur adopte. «Appelle-moi» est le titre phare, éponyme d’une parturition de 10 chansons, dont trois sont mises dans un Compact disc de promotion, en prélude à la sortie de l’album entier, lui aussi déjà disponible dans les bacs. «Appelle-moi » est à la vérité un hymne à l’espoir et à l’espérance. Dans un contexte social où des égoïsmes couplés aux égocentrismes gagnent du terrain et deviennent des éléments distinctifs, Ndedi Eyango entonne une ode à la solidarité, à l’espoir et à l’assurance.
«Je serai toujours là pour essuyer tes larmes. Tu peux compter sur moi, je serai toujours là, appelle-moi, je serai-là. Bipe moi seulement, envoie moi un texto» Chante-t-il en empruntant abondamment au langage qu’imposent les gadgets de la communication moderne. Le makossa aux sonorités qui puisent dans les profondeurs abyssales du terroir, encore labellisées Soul Botingo, des slows et du zouk desquels découlent des souffles venus d’ailleurs sont entre autres rythmes qui constituent l’ossature musicale de cet album où la fusion, les mélanges trouvent un terrain fertile d’expression. Comment pouvait-il en être autrement ? Quand un certain Aladji Touré, son aîné, bassiste aux doigts hors pairs, a fait parler son génie créateur dans un groove aux relents jazzy dont il a seul le secret.
Du studio multipiste au digital
Après «On tourne la page», «Aïcha», «Les problèmes», «You must calculer» et bien d’autres tubes de Prince Ndedi Eyango devenus des chansons cultes, «Appelle-moi » s’inscrira-t-il dans cette logique ? En tout cas le Prince des Montagnes a remis le couvert. Une galette de huit titres, un régal ! Entièrement concoctés dans le studio Nest dont il est par ailleurs, le promoteur. Ndedi Eyango ne fait pas mystère sur cette nouvelle donne : «c’est un album entièrement travaillé au Cameroun et dans mon studio». Traduction, les arrangements, la programmation, le pressage, la jaquette et autres portent l’estampille de Nest. Après son premier «45 tours», lequel a consacré son entrée dans l’univers du show biz, une livraison affrétée à l’époque dans les studios multipistes de Yaoundé, (toutes les autres chansons de Ndedi Eyango ont été enregistrées en France, aux Etats Unis d’Amérique où l’ingénieur du son a séjourné), cette nouvelle production discographique ouvre la voie à une nouvelle option. En tout cas, quand deux monstres du makossa se mettent ensemble, il faut s’attendre à quelque chose qui tutoie les cimes de la perfection. Prince Eyango a fait également appel à d’autres artistes, peu ou prou connus, à l’instar de Impérator qui «impératorise » le bikutsi à travers des sonorités hot. Et le plat de résistance peut être consommé! Goulûment…
Alain NJIPOU
Prince Ndedi Eyango: «Je n’ai rien gagné du droit d’auteurs au Cameroun»
Le père du «Soul Botingo» vient de commettre un album de 10 titres dans le marché du disque. L’artiste, chorégraphe, producteur explique les contours de sa nouvelle parturition et lève un coin de voile sur la gestion du droit d’auteurs au Cameroun.
Un album, dans un contexte camerounais où le piratage des œuvres de l’esprit se porte bien a-t-il de fortes chances de prospérer et de permettre à l’artiste, producteur que vous êtes de rentrer, tout au moins dans ses frais?
La chance que cet album aura est que nous avons fait un travail de fond à tous les niveaux. Sachant que la piraterie a gagné le marché, nous avons pris d’autres mesures pour la contourner. C’est à juste titre que nous avons près de 20 000 Cds sur le marché dès la première sortie. Nous avons décidé aussi de démocratiser le prix en vendant un Cd au prix de détail à 1.000Fcfa. Nous avons également projeté de faire la vente de proximité et exploiter le réseau de ceux que l’on appelle pirates car nous n’avons pas de choix et nous devons nous adapter aux réalités.
Quels sont les messages qui se greffent au titre de cette autre production discographique? Pourquoi ce titre?
Les messages d’espoir, l’amour, le mariage, les problèmes dans les foyers conjugaux et encore l’amour. Le monde au 21 siècle va dans tous les sens. Le titre «Appelle-moi». C’est un appel à l’espoir. Un hymne à l’optimisme et à l’espérance. Les nombreux voyages de Prince Eyango dans le monde ont influencé les chansons contenues dans cet album et même toute ma culture en général. Le monde d’aujourd’hui est devenu un gros village comme on dit et c’est dans ce sillage que nous assistons au phénomène de fusion ; c’est cela aussi le mélange.
Au Cameroun, la gestion du droit d’auteurs ressemble à un vaste bordel. Les artistes ne vivent pas véritablement de leur art à cause des batailles intestines et la contrefaçon. Quel est l’avis de Prince Ndedi Eyango sur la question?
Je suis resté a l’écart de toute cette cacophonie parce que je ne me reconnais pas dans le comportement de certains de ceux qui sont censés être mes collègues, et surtout ce groupe d’individus qui a pourrit le droit d’auteurs au Cameroun. Je suis de ceux-là qui n’ont jamais gagné dans le droit d’auteurs au Cameroun. L’histoire part de la Socadra à la Socinada en passant par la Cmc. De ces trois sociétés qui ont existé pendant mes moments de gloire, je n’ai rien gagné. J’ai pendant mes bientôt 30 ans de carrière, vu plusieurs présidents de conseil d’administration, les directeurs généraux, les secrétaires…de ces sociétés passer mais le Prince Ndedi Eyango est toujours là. Il chante encore et ses œuvres vivent encore. On peut tout me prendre mais personne ne peut m’arracher le don dont Dieu m’a gratifié. Un véritable cadeau et je lui suis reconnaissant. Le monde du show business au Cameroun est plein de ceux qui souffrent d’une maladie : l’ignorance. Et ce, depuis plusieurs années. Il y a beaucoup de confusion dans ce milieu. J’ai toujours travaillé dur pour gagner ma vie. Je me bats pour vivre et non combattre pour survivre. J’ai comme l’impression que ça fait plaisir à certains d’être traités comme des illettrés et des minables. Tu retrouves des gens qui parlent au nom des musiciens alors qu’ils ne le sont pas. D’autres sortis de nulle part, se passent pour des producteurs alors qu’ils ne le sont pas.
Que faire pour sortir de l’impasse?
Il y a deux suggestions: dans un premier cas, il s’agit de laisser gérer la musique et le droit d’auteurs par ceux qui ont un intérêt important, qui sont encore productifs et ont fait preuve du sens de la gestion et de l’initiative. Ceci demande du bon sens. On doit taire les intérêts personnels pour l’intérêt commun. Nous devons nous unir pour trouver des solutions définitives au lieu de personnaliser le débat. Créer une plate- forme de réflexions sélectives pour aboutir à une solution futuriste. Dans un deuxième cas, je suggère que l’Etat gère le droit d’auteurs comme une société publique ou le Pca et le directeur général sont nommés et chacun sait qu’il doit rendre compte. Depuis la Socinada, les vieilles habitudes se sont installées, la gestion d’une entreprise n’est pas un problème de sentiments, de copinage, de famille. Mais en travaillant avec des gens efficaces, on aura un résultat positif.
Entretien avec Alain NJIPOU

