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Musique : Une Star Academy de… Foly !

En 16 ans, l’émission « Délire » diffusée sur la Crtv a suscité des vocations, avec des fortunes diverses.
Eugène Dipanda – Question à mille sous. Quel trait commun y a-t-il entre les artistes Jacky Biho, Chris Badd, Guy Manu, Junior Sengard et Ange Bagnia ? Le même style musical ? Surtout pas. Le même look ? Encore moins. Simplement que, ces cinq jeunes chanteurs camerounais, qui ont chacun réussi à se faire un nom dans les milieux du show-biz national, sont tous des anciens pasticheurs de stars. Ils ont tous été révélés au grand public grâce au programme de télévision "Délire" diffusé à 13h chaque mercredi sur la Crtv. Malgré les balbutiements observés depuis des années dans la grille des programmes de la télévision nationale, "Délire" est en effet l’une des rares émissions à avoir conservé son audience. Les jeunes en sont fous. Certains donneraient tout pour être sélectionnés parmi les imitateurs d’artistes. Et suivre un jour les traces, qui sait, de leurs aînés cités plus haut. Déjà seize ans que ça dure, et l’aventure continue…

Au commencement, en avril 1991, personne n’avait pourtant prophétisé que l’émission conçue et présentée par Foly Dirane deviendrait une véritable pépinière de stars au Cameroun. A l’origine, il s’agissait juste d’un programme de détente dont la première édition, on s’en souvient, s’était avérée être un gros "poisson d’avril" offert aux téléspectateurs par la Crtv. Pendant les deux dernières semaines du mois de mai 1991, une annonce est diffusée en boucle sur le petit écran : la pop star américaine Michael Jackson et la Zaïroise Tsala Muana, entre autres artistes invités, vont se produire en direct sur la télévision camerounaise. Le rendez-vous est pris pour le 1er avril. Personne ne flaire la galéjade. Au contraire, les commentaires vont bon train sur la qualité du casting. Déjà, les téléspectateurs s’en délectent.

Le 1er avril, la réalité sera pourtant crue. A l’heure H, le décor du plateau, dominé par une énorme sculpture en forme de poisson aux lèvres rouges et lippues, fait revenir plus d’un sur terre. Le présentateur de "Délire" confirme la supercherie. "Ce n’était qu’un poisson d’avril !", s’empresse de dire Foly Dirane, sur un ton bien facétieux. Sous les chaumières, on avale difficilement la couleuvre. Avant de la digérer aussitôt. En lieu et place de Michael Jackson, le présentateur introduit un jeune, Chris Badd. Lequel, sur scène, n’a rien à envier à la pop star américaine. La ressemblance, aussi bien le physique et le look que la dextérité dans la chorégraphie, est frappante. On croit rêver ! La suite, pourtant, va réserver des surprises aussi étranges.

Une brochette d’imitateurs se succèderont ainsi sur scène, chacun reprenant à merveille une chanson de son idole. Mais, le mercure monte d’un cran lorsque Tsala Muana est annoncée. A l’époque, la star zaïroise est au sommet de la gloire avec son tube "Cicatrice d’amour". Arrive une jeune fille sur scène. Les cheveux dressés sur la tête, l’air nerveux, un morceau de pagne noué autour des reins faisant place à une fente généreuse… C’est du Tsala Muana tout craché ! Dans le beau rôle, une certaine Jacky Biho. Un authentique sosie, qui fait presque oublier la farce du "poisson d’avril".
L’histoire a fini par donner raison aux prédispositions artistiques de certains pasticheurs ainsi sélectionnés par Foly Dirane. Aujourd’hui, Jacky Biho est devenue une vedette de la chanson camerounaise. Dans son escarcelle, trois albums ("Sexy" en 92, "Irrésistible" en 98 et "Brûlante" en 2004) de variété ayant connu un certain succès sur le plan national. Pareil pour Chris Badd, déjà deux albums, qui a choisi de demeurer dans le genre World Music. Et ce n’est pas tout.

Destin de stars
Guy Manu, Junior Sengard et Ange Bagnia, qui interprétaient respectivement les chansons des artistes Petit-Pays, Papillon et Coco Ateba, font désormais partie des personnages plus ou moins importants du show-biz au Cameroun. La plus prolifique, Ange Bagnia, en est à son quatrième album ; contre trois pour Junior Sengard et Guy Manu.
A côté, des anciens "pensionnaires" comme Fos Passin (Nkodo Sitony), Eric Marlou (Guilou), Peet-C (Shagguy), Bobby Black (Ntondobe) ou Victoire Feelin (K-Tino), se sont également lancés dans une carrière de chanteur. Tous, ont au moins un album dans les bacs, même si le succès populaire n’a pas forcément suivi. D’une manière générale, ces derniers ont largement été influencés par ces stars qu’il incarnaient. A plusieurs égards, on observe néanmoins que les imitateurs n’ont pas tous adopté le rythme musical de leurs idoles. C’est ainsi que Fos Passin, par exemple, est passé du bikutsi au Rap. Actuellement basé aux Etats-Unis, il offre régulièrement des spectacles dans les dancings.

Depuis 1991, l’émission "Délire" s’est ainsi imposée aux téléspectateurs, au point de devenir, aujourd’hui, un rendez-vous hebdomadaire. Et Foly Dirane n’en est pas peu fier. "Depuis 1991, je consacre au moins un jour par semaine pour l’encadrement de ces jeunes. Sans l’émission Délire, je suis presque sûr qu’il n’y aurait pas plus de deux d’entre eux dans le show-biz. Nous avons suscité en eux la création. Nous avons orienté plusieurs dans les métiers de la musique autre que le chant, selon leurs prédispositions. Au cours des répétitions, nous leur inculquons l’assurance sur scène, parce que chanter devant les caméras et devant un public nombreux n’est jamais chose facile", commente le présentateur vedette. Pour la plupart des jeunes, Foly Dirane est donc incontestablement le parrain. Et l’émission "Délire", une véritable référence. "C’est à travers Délire que j’ai découvert la prestation scénique, comment se tenir face à la caméra… Pour moi, c’est la plus grande école.

Elle m’a permis de rencontrer des artistes de renom comme Elvis Kemayo, Chris Badd, Dinaly etc., avec lesquels j’ai effectué mes premiers pas dans le show-biz en tant que chorégraphe", témoigne Peet-C, ancien imitateur de "Délire" aujourd’hui auteur d’un album de hip hop sorti en 2006 et intitulé "My Life". Une sorte de filiation est ainsi née entre Foly Dirane et l’émission d’une part ; et, d’autre part, entre ce dernier et les pasticheurs. "Je n’imagine pas ma vie sans Délire. Si l’émission s’arrête, c’est une partie de moi qu’on enlève. Les jeunes, c’est mon monde…", lance-t-il. L’animateur envisage d’ailleurs d’organiser, un jour, une émission anniversaire qui permettra de découvrir les coulisses de "Délire". Avec des prestations d’anciens pasticheurs aujourd’hui devenus stars, des témoignages des "Mercenaires rouges" (le groupe de bénévoles qui encadrent ces jeunes lors des répétitions) et, pourquoi pas, un "énorme" gâteau à partager, question de célébrer enfin cette Star Academy qui ne dit pas son nom.

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