Musique : Les enfants de Dieu chantent
9 ans de scène, 32 chansons écrites, mais encore aucun album pour le groupe Mensi.
Assongmo Necdem (Stagiaire) – Au commencement est un morceau, composé en 1997 sur les tables bancs, par deux élèves de première au lycée général Leclerc de Yaoundé : Deny Munka, pour le rythme, et Hugues Tchoumeni, aux paroles. Puis, de cette chanson intitulée " Roi d’amour " naîtra peu après le groupe Mensi. Il compte aujourd’hui trois membres: Deny Munka, 27 ans, le leader, Devy Yemdé, 23 ans, et Guy Marcy Manken, 24 ans. Hugues Tchoumeni, plus porté vers la poésie, est resté un simple consultant.
Mensi, c’est surtout l’histoire de trois amis d’enfance. " C’est d’abord la fraternité et non la musique qui nous unit ", déclare Guy Marcy. Tous sont d’accord qu’ils ont des destins parallèles. Guy a perdu ses deux parents à 15 ans, Devy n’a plus son père. Les deux ont quitté les bancs respectivement après le brévet d’études du premier cycle (Bepc) et le probatoire. Deny a encore ses parents; mais a laissé l’école après le baccalauréat afin de poursuivre le " rêve commun ": faire une musique d’équipe, noble, stimulante et innovante, le Mensi, qui veut aussi dire " enfant de Dieu ", en langue Bamiléké.
Le nom du groupe traduit à la fois le parcours et les aspirations de ces jeunes artistes, auteurs d’un répertoire de 32 chansons, mais qui n’ont pas encore produit d’album. " Nous butons sur le problème d’un producteur et promoteur honnête. Tous ceux que nous avons rencontrés veulent nous berner. Récemment, l’un d’eux nous a proposé de gérer notre carrière pendant 10 ans, en prenant pour lui seul 60% des revenus. Nous savons que dans les débuts, on est toujours dupés, mais c’est la manière qui écoeure. ", explique Guy Marcy. En attendant, le groupe travaille dur et, selon ses membres, l’essentiel n’est pas de gagner de l’argent tout de suite. " Je me souviens qu’il n’y a pas longtemps nous demandions souvent 100 Fcfa pour acheter un plat de riz et le partager; nous avons toujours tenu bon. " Ce qui, selon Deny, explique le slogan du groupe, repris dans toutes les chansons: " Même si les jours sont noirs, brûle toujours l’espoir. "
Longtemps aidés par le " Black Roots ", un autre groupe camerounais, Deny et ses compagnons, formés à la base dans les chorales, sont seuls aujourd’hui. Les répétitions se font trois fois par semaine pendant deux heures, dans sa chambre, grâce à son ordinateur et un lecteur de cassette et compact disc. Le cas échéant les enregistrements sont payés dans un studio. " Nous avons juré de ne jamais véhiculer des propos grossiers, déviants ou obscènes ", explique Guy Marcy, pour qui leur inspiration vient de Dieu et de l’entourage: le quartier, la rue, les voisins, etc. Il n’est pas question, poursuit-il, de se laisser influencer par les tendances actuelles dites " commerciales. ", car ses idoles que sont Lokua Kanza, Etienne Mbappe, Richard Bona ou Donny Elwood, vivent bien de leur art. " Certes, nous faisons plus de l’Afrorap, mais notre musique qui se veut universelle est un mélange de rythmes camerounais et occidentaux. Il est question de moderniser les rythmes traditionnels de chez nous. Les textes sont écrits en langues béti, bamiléké et française. "
Deny a été lauréat en 2005 du concours national de la chanson Mutzig avec un morceau du groupe sélectionné pour faire partie d’un album collectif qui a été produit. Guy Marcy, quant à lui, a été lauréat du programme intitulé Star de demain, produit par la Cameroon Radio and Television (Crtv). Mais pour le moment, ce n’est pas la gloire. Le groupe se limite à prester sur invitation lors des spectacles, foires et festivals où le cachet commence généralement à partir de 50.000 Fcfa. De telles occasions arrivent cinq ou six fois par an. En dehors, chacun exerce une autre activité lucrative, à l’instar de Devy qui vend les livres de seconde main au marché Mokolo. Le groupe reste très optimiste quant à l’avenir de deux de leurs chansons, qui, de l’avis général, " vont faire un carton ". Ce sont : " C’est la vie ", qui parle de la naissance et la mort destin de tout homme; et " Roi d’amour ", qui retrace le destin de Jesus-Christ. Elles sont programmées pour être les titres phares de deux albums dont le premier devrait sortir en fin d’année, si les négociations avec un producteur américain aboutissent normalement.
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