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Musique : Le rap camerounais change de cap

Les albums sortent de plus en plus et le public s’élargit.
Jules Romuald Nkonlak – Samedi 12 août 2006. Il est près de 20h, pourtant, la salle du centre d’art contemporain Africréa a du mal à trouver son public. Ce soir, comme il y a une semaine en ces mêmes lieux, un rendez-vous a été donné aux jeunes de la capitale du Cameroun. Le spectacle baptisé XXL K’mer hip hop doit leur permettre de communier avec des artistes locaux, qui sont devenus des vedettes pour eux.
L’un d’eux est d’ailleurs visible dans la salle. Calme, dreadlocks, lunettes aux yeux. C’est Le Bronz. Il vient de mettre sur le marché son tout premier album et l’occasion du spectacle de ce soir le fera découvrir au jeune public qui s’est déplacé. Olivier et Brice sont en vacances. Ils viennent de la ville de Bafoussam, dans la province de l’Ouest, et semblent tout émus de voir un artiste qu’ils apprécient. Ils regrettent que d’autres, à l’instar de Sultan Oshimihn, programmé le week-end précédent, ne soient pas là.

Comme Brice et Olivier, les jeunes Camerounais ont désormais des idoles locales dans l’univers du rap. A côté de 50 cent, Jay Z ou encore Snoop Dog, rappeurs américains adulés, les rappeurs camerounais ont désormais eux aussi la cote auprès du public local. Le tout premier album de Koppo, sorti en 2003, a eu un succès presque inédit pour un rappeur camerounais. Et désormais, nombreux sont les jeunes qui attendent la suite de l’aventure et un deuxième album annoncé pour 2007.
Krotal, autre rappeur camerounais, est lui aussi désormais une star pour les jeunes. Il a été invité, il y a quelques semaines, au festival Gabao hip hop, qui s’est déroulé au début du mois de juin à Libreville au Gabon. Lui aussi prépare son second album et note bien une évolution dans le hip hop camerounais : " Je crois que le rap Kamer se professionnalise. Il a son public bien à lui et je crois que c’est une bonne chose. La scène rap camer doit vivre. Ce que je déplore, c’est le manque de scène amateur qui révèle les nouveaux talents ".

A Libreville, Krotal était accompagné par le groupe Ak Sang grave, vieux routier de la scène rap nationale et qui vient aussi de mettre un album sur le marché. La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment, en quelques années, les rappeurs camerounais ont pratiquement changé de statut, passant de celui de voyou à celui de stars de la musique camerounaise.
Déjà, on ne peut pas occulter le fait que la qualité de cette musique s’est considérablement améliorée. Mais surtout, loin de se contenter d’une copie servile du rap tel qu’il se faisait en Occident, les artistes camerounais se sont progressivement appropriés les rythmes traditionnels. Résultat : une musique de fusion qui a conquis le public local. Bantou Po si, avec son premier album sorti en 2001, peut être considéré comme l’un des porte-étendards de cette musique-là.

Un autre groupe qui s’illustre par ce côté multiculturel, c’est S-Team. L’équipe du Sud (South Team), avec son premier album, a offert au public une musique dans laquelle, comme le souligne Olivier, "On trouve le reflet de la culture camerounaise". Que les chansons soient en français, en pidgin, en camfranglais ou dans les langues camerounaises, elles ont toutes un point commun.
Le rap au Cameroun a gardé quand même l’un de ses éléments caractéristiques, en dehors du look de ses adeptes : les textes. Si quelques uns parlent d’amour (Bantou Po si, Koppo, etc), beaucoup préfèrent s’intéresser aux problèmes de la jeunesse. Le chômage, l’attrait de l’Occident, la misère galopante, etc. Et parfois avec des mots durs. Cette aile dure du rap camerounais est notamment représentée par Valsero, qui met un point d’honneur au côté militant de sa musique. Pour lui, il y a le rap et d’autres styles de musique. Pas des mélanges.

Opposition
Ses compositions sont de véritables brûlots à l’endroit de la classe dirigeante actuelle. "Ce pays tue les jeunes… Cinquante ans de pouvoir et ils ne lâchent pas prise, la jeunesse se meurt à petit feu… les vieux se saoulent à l’eau de feu ", chante-t-il. Le jeune homme parle de corruption, accuse les vieux au pouvoir d’homosexualité. Bref, crie tout haut ce que certaines personnes ne cessent de chuchoter pour parler de l’avenir hypothétique de la jeunesse camerounaise.
Cette façon de voir n’est pas générale dans le rap camerounais, d’où la petite guerre qui oppose les rappeurs qui se veulent puristes et ceux qui pensent qu’il faut adapter le rap à notre environnement. Koppo faisait allusion à cette opposition dans une interview accordée au site kamerhiphop : " Rappeur ou pas, je fais de la musique qui plait à beaucoup de personnes, dieu merci ". Dj Zion, l’un des précurseurs du rap au Cameroun, a lui aussi son mot : "Je pense que le plus important, c’est de faire du bon rap. Je prône un hip hop industriel et charismatique."

C’est avec la télévision que le rap s’est installé au Cameroun, c’est avec la télévision aussi qu’il gagne en popularité, avec notamment la pluralité des chaînes qui offre désormais plus de plate-formes d’expression aux rappeurs locaux. Les différentes chaînes de télévision ont désormais consacré des espaces à ce qui est devenu, au fil des temps, le rap Kamer. Depuis Benjo et son "Indomptable rap" en 1998, plusieurs autres albums de rap ont suivi. Plusieurs spectacles aussi, que ce soit dans le cadre des Sunday rap organisés dans les années 90 à l’espace Africréa à Yaoundé, ou plus tard Ça me dit rap de Axe jeunes, le principal diffuseur du rap camerounais, ou enfin Xxl k’mer hip hop, lancé le 5 août dernier.
Big Bzy, Negrissim, Bantou Po si, Rasyn, Zomloa Famila, Ak sang grave… ont suivi le chemin, et ouvrent certainement la voie à une autre génération de rappeurs. Ils continueront à poser les problèmes de la jeunesse à laquelle ils appartiennent. Et pour soutenir et encadrer ce mouvement, Mapane Records, la structure mise sur pied par Louis Marie Tsoungui (Magix d’abord, puis Mapane à partir de 2001), continuera l’œuvre qu’elle a commencé en produisant plusieurs d’entre eux.

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Ekanè Anicet, président du Manidem : “ Nous avons

Ekanè Anicet, président du Manidem

“ Nous avons tous un devoir de mémoire ”

Comme tous les ans, Ekanè Anicet, le président du Manidem prend part aux Ecrans noirs. Pour cette 10ème édition l’homme politique patriote qui a animé une discussion sur le film de “ Félix Moumié ” du Suisse Franck Garbely. Il s’est confié au Messager.

Quel est l’enjeu d’un film sur le regretté Félix Roland Moumié ?
Je dois vous le dire clairement. L’enjeu de ce film qui est un documentaire est celui de la mémoire. Voyez-vous, la preuve que ce documentaire était important est que tout le monde était ahuri à la fin de la projection, d’apprendre que le corps de Félix Moumié n’existe plus. Il faudrait savoir que 70 % de la population a moins de 30 ans. C’est-à-dire que 70 % des Kamerunais sont nés après 1973. Ainsi lors de l’assassinat de Moumié, 70 % des Kamerunais n’existaient pas. Pour connaître la vie de cet homme il fallait avoir à peu près 15 ans en 1960. Combien sont-ils donc ? Très peu. Il fallait donc ce témoignage de l’histoire que nous apporte ce merveilleux film de Franck Garbely. Cela est vrai pour Moumié mais aussi pour Um Nyobè, Abel Kingué, et Ernest Ouandié qui lui a été assassiné en 1971. Ce film, s’il est bien diffusé, rendra service à tous les patriotes de ce pays.

Le problème est que, on a l’impression que c’est un documentaire qui a été fait à la va-vite. C’est dire qu’il manque des détails importants sur la vie de Félix Moumié notamment au Cameroun. Comment réagissez-vous ?
Oui c’est vrai. Mais ce qu’il faut comprendre est que le réalisateur lui-même s’en explique. A l’occasion d’une rencontre avec lui à Paris, Franck Garbely qui est de nationalité suisse m’a affirmé qu’il s’est intéressé au sujet lorsqu’il a découvert le procès sur l’assassinat de Félix Moumié. C’est là qu’il a décidé de faire ce documentaire. Ce n’est pas une œuvre historique. C’est un témoignage rassemblé pendant quelques mois. Mais c’est déjà cela. Pourquoi les Kamerunais n’ont-ils jusque-là rien fait ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous avons affaire à un public jeune. Comme il a été rappelé, c’est vraiment un moment historique que de parler de Félix Moumié dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel où a habité Ahmadou Ahidjo dont la mémoire est redoutable. On sait aujourd’hui, selon la volonté de Paul Biya, Félix Moumié et Ahmadou Ahidjo ont été réhabilités au titre de héros nationaux. La victime et le bourreau. La multiplication de la diffusion de ce film rendra service à notre jeunesse.

On sait que Pierre Mesmer et Delaunay, les deux acteurs du crime contre les nationalistes sont encore vivants. Peut-on penser à un procès contre eux et par là contre la France, l’ex-puissance coloniale ?
C’est possible. Du fait que l’implication de la “ mer rouge ” qui était une branche des services secrets français est établie, ont peut effectivement envisager des actions. On sait que Williams Bechtel, qui était Suisse a bénéficié d’un non lieu et a été relâché. La Suisse est très peu impliquée au Cameroun. La France davantage. Mais, le seul hommage que nous pouvons rendre à Félix Moumié et aux autres patriotes morts pour la patrie, c’est de poursuivre son œuvre. Personnellement, je suis un exemple vivant de l’héritage de Moumié. Nous sommes ainsi nombreux, des cadres qui continuons à nous battre pour respecter sa mémoire. C’est notre manière à nous d’être reconnaissants à la mémoire de Moumié. Tout nous laisse croire que nous allons redresser ce pays qui marche sur la tête afin qu’il marche sur ses jambes. 

Par Entretien mené par Jean François CHANNON
Le 31-05-2006

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Ekanè Anicet, président du Manidem : “ Nous avons

Ekanè Anicet, président du Manidem

“ Nous avons tous un devoir de mémoire ”

Comme tous les ans, Ekanè Anicet, le président du Manidem prend part aux Ecrans noirs. Pour cette 10ème édition l’homme politique patriote qui a animé une discussion sur le film de “ Félix Moumié ” du Suisse Franck Garbely. Il s’est confié au Messager.

Quel est l’enjeu d’un film sur le regretté Félix Roland Moumié ?
Je dois vous le dire clairement. L’enjeu de ce film qui est un documentaire est celui de la mémoire. Voyez-vous, la preuve que ce documentaire était important est que tout le monde était ahuri à la fin de la projection, d’apprendre que le corps de Félix Moumié n’existe plus. Il faudrait savoir que 70 % de la population a moins de 30 ans. C’est-à-dire que 70 % des Kamerunais sont nés après 1973. Ainsi lors de l’assassinat de Moumié, 70 % des Kamerunais n’existaient pas. Pour connaître la vie de cet homme il fallait avoir à peu près 15 ans en 1960. Combien sont-ils donc ? Très peu. Il fallait donc ce témoignage de l’histoire que nous apporte ce merveilleux film de Franck Garbely. Cela est vrai pour Moumié mais aussi pour Um Nyobè, Abel Kingué, et Ernest Ouandié qui lui a été assassiné en 1971. Ce film, s’il est bien diffusé, rendra service à tous les patriotes de ce pays.

Le problème est que, on a l’impression que c’est un documentaire qui a été fait à la va-vite. C’est dire qu’il manque des détails importants sur la vie de Félix Moumié notamment au Cameroun. Comment réagissez-vous ?
Oui c’est vrai. Mais ce qu’il faut comprendre est que le réalisateur lui-même s’en explique. A l’occasion d’une rencontre avec lui à Paris, Franck Garbely qui est de nationalité suisse m’a affirmé qu’il s’est intéressé au sujet lorsqu’il a découvert le procès sur l’assassinat de Félix Moumié. C’est là qu’il a décidé de faire ce documentaire. Ce n’est pas une œuvre historique. C’est un témoignage rassemblé pendant quelques mois. Mais c’est déjà cela. Pourquoi les Kamerunais n’ont-ils jusque-là rien fait ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous avons affaire à un public jeune. Comme il a été rappelé, c’est vraiment un moment historique que de parler de Félix Moumié dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel où a habité Ahmadou Ahidjo dont la mémoire est redoutable. On sait aujourd’hui, selon la volonté de Paul Biya, Félix Moumié et Ahmadou Ahidjo ont été réhabilités au titre de héros nationaux. La victime et le bourreau. La multiplication de la diffusion de ce film rendra service à notre jeunesse.

On sait que Pierre Mesmer et Delaunay, les deux acteurs du crime contre les nationalistes sont encore vivants. Peut-on penser à un procès contre eux et par là contre la France, l’ex-puissance coloniale ?
C’est possible. Du fait que l’implication de la “ mer rouge ” qui était une branche des services secrets français est établie, ont peut effectivement envisager des actions. On sait que Williams Bechtel, qui était Suisse a bénéficié d’un non lieu et a été relâché. La Suisse est très peu impliquée au Cameroun. La France davantage. Mais, le seul hommage que nous pouvons rendre à Félix Moumié et aux autres patriotes morts pour la patrie, c’est de poursuivre son œuvre. Personnellement, je suis un exemple vivant de l’héritage de Moumié. Nous sommes ainsi nombreux, des cadres qui continuons à nous battre pour respecter sa mémoire. C’est notre manière à nous d’être reconnaissants à la mémoire de Moumié. Tout nous laisse croire que nous allons redresser ce pays qui marche sur la tête afin qu’il marche sur ses jambes. 

Par Entretien mené par Jean François CHANNON
Le 31-05-2006

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Comme tous les ans, Ekanè Anicet, le président du Manidem prend part aux Ecrans noirs. Pour cette 10ème édition l’homme politique patriote qui a animé une discussion sur le film de “ Félix Moumié ” du Suisse Franck Garbely. Il s’est confié au Messager.

Quel est l’enjeu d’un film sur le regretté Félix Roland Moumié ?
Je dois vous le dire clairement. L’enjeu de ce film qui est un documentaire est celui de la mémoire. Voyez-vous, la preuve que ce documentaire était important est que tout le monde était ahuri à la fin de la projection, d’apprendre que le corps de Félix Moumié n’existe plus. Il faudrait savoir que 70 % de la population a moins de 30 ans. C’est-à-dire que 70 % des Kamerunais sont nés après 1973. Ainsi lors de l’assassinat de Moumié, 70 % des Kamerunais n’existaient pas. Pour connaître la vie de cet homme il fallait avoir à peu près 15 ans en 1960. Combien sont-ils donc ? Très peu. Il fallait donc ce témoignage de l’histoire que nous apporte ce merveilleux film de Franck Garbely. Cela est vrai pour Moumié mais aussi pour Um Nyobè, Abel Kingué, et Ernest Ouandié qui lui a été assassiné en 1971. Ce film, s’il est bien diffusé, rendra service à tous les patriotes de ce pays.

Le problème est que, on a l’impression que c’est un documentaire qui a été fait à la va-vite. C’est dire qu’il manque des détails importants sur la vie de Félix Moumié notamment au Cameroun. Comment réagissez-vous ?
Oui c’est vrai. Mais ce qu’il faut comprendre est que le réalisateur lui-même s’en explique. A l’occasion d’une rencontre avec lui à Paris, Franck Garbely qui est de nationalité suisse m’a affirmé qu’il s’est intéressé au sujet lorsqu’il a découvert le procès sur l’assassinat de Félix Moumié. C’est là qu’il a décidé de faire ce documentaire. Ce n’est pas une œuvre historique. C’est un témoignage rassemblé pendant quelques mois. Mais c’est déjà cela. Pourquoi les Kamerunais n’ont-ils jusque-là rien fait ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous avons affaire à un public jeune. Comme il a été rappelé, c’est vraiment un moment historique que de parler de Félix Moumié dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel où a habité Ahmadou Ahidjo dont la mémoire est redoutable. On sait aujourd’hui, selon la volonté de Paul Biya, Félix Moumié et Ahmadou Ahidjo ont été réhabilités au titre de héros nationaux. La victime et le bourreau. La multiplication de la diffusion de ce film rendra service à notre jeunesse.

On sait que Pierre Mesmer et Delaunay, les deux acteurs du crime contre les nationalistes sont encore vivants. Peut-on penser à un procès contre eux et par là contre la France, l’ex-puissance coloniale ?
C’est possible. Du fait que l’implication de la “ mer rouge ” qui était une branche des services secrets français est établie, ont peut effectivement envisager des actions. On sait que Williams Bechtel, qui était Suisse a bénéficié d’un non lieu et a été relâché. La Suisse est très peu impliquée au Cameroun. La France davantage. Mais, le seul hommage que nous pouvons rendre à Félix Moumié et aux autres patriotes morts pour la patrie, c’est de poursuivre son œuvre. Personnellement, je suis un exemple vivant de l’héritage de Moumié. Nous sommes ainsi nombreux, des cadres qui continuons à nous battre pour respecter sa mémoire. C’est notre manière à nous d’être reconnaissants à la mémoire de Moumié. Tout nous laisse croire que nous allons redresser ce pays qui marche sur la tête afin qu’il marche sur ses jambes. 

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Quel est l’enjeu d’un film sur le regretté Félix Roland Moumié ?
Je dois vous le dire clairement. L’enjeu de ce film qui est un documentaire est celui de la mémoire. Voyez-vous, la preuve que ce documentaire était important est que tout le monde était ahuri à la fin de la projection, d’apprendre que le corps de Félix Moumié n’existe plus. Il faudrait savoir que 70 % de la population a moins de 30 ans. C’est-à-dire que 70 % des Kamerunais sont nés après 1973. Ainsi lors de l’assassinat de Moumié, 70 % des Kamerunais n’existaient pas. Pour connaître la vie de cet homme il fallait avoir à peu près 15 ans en 1960. Combien sont-ils donc ? Très peu. Il fallait donc ce témoignage de l’histoire que nous apporte ce merveilleux film de Franck Garbely. Cela est vrai pour Moumié mais aussi pour Um Nyobè, Abel Kingué, et Ernest Ouandié qui lui a été assassiné en 1971. Ce film, s’il est bien diffusé, rendra service à tous les patriotes de ce pays.

Le problème est que, on a l’impression que c’est un documentaire qui a été fait à la va-vite. C’est dire qu’il manque des détails importants sur la vie de Félix Moumié notamment au Cameroun. Comment réagissez-vous ?
Oui c’est vrai. Mais ce qu’il faut comprendre est que le réalisateur lui-même s’en explique. A l’occasion d’une rencontre avec lui à Paris, Franck Garbely qui est de nationalité suisse m’a affirmé qu’il s’est intéressé au sujet lorsqu’il a découvert le procès sur l’assassinat de Félix Moumié. C’est là qu’il a décidé de faire ce documentaire. Ce n’est pas une œuvre historique. C’est un témoignage rassemblé pendant quelques mois. Mais c’est déjà cela. Pourquoi les Kamerunais n’ont-ils jusque-là rien fait ? C’est la question que nous devons nous poser. Nous avons affaire à un public jeune. Comme il a été rappelé, c’est vraiment un moment historique que de parler de Félix Moumié dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel où a habité Ahmadou Ahidjo dont la mémoire est redoutable. On sait aujourd’hui, selon la volonté de Paul Biya, Félix Moumié et Ahmadou Ahidjo ont été réhabilités au titre de héros nationaux. La victime et le bourreau. La multiplication de la diffusion de ce film rendra service à notre jeunesse.

On sait que Pierre Mesmer et Delaunay, les deux acteurs du crime contre les nationalistes sont encore vivants. Peut-on penser à un procès contre eux et par là contre la France, l’ex-puissance coloniale ?
C’est possible. Du fait que l’implication de la “ mer rouge ” qui était une branche des services secrets français est établie, ont peut effectivement envisager des actions. On sait que Williams Bechtel, qui était Suisse a bénéficié d’un non lieu et a été relâché. La Suisse est très peu impliquée au Cameroun. La France davantage. Mais, le seul hommage que nous pouvons rendre à Félix Moumié et aux autres patriotes morts pour la patrie, c’est de poursuivre son œuvre. Personnellement, je suis un exemple vivant de l’héritage de Moumié. Nous sommes ainsi nombreux, des cadres qui continuons à nous battre pour respecter sa mémoire. C’est notre manière à nous d’être reconnaissants à la mémoire de Moumié. Tout nous laisse croire que nous allons redresser ce pays qui marche sur la tête afin qu’il marche sur ses jambes. 

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