En cinéma : Dette fatale ou l’éternel conflit de générations
Un jeune Camerounais de 24 ans vient de réaliser un film dans le genre “ Home cinéma ”. Une œuvre de longue haleine.
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“ D’où sors-tu à cette heure ? Depuis quelques jours je te vois rentrer dans cette maison à des heures indues ”. Ces propos du père de Leila, l’héroïne de “ Dette fatale ”, un “ home video ” de Hugues Ongoto, donnent le ton de ce que sera cette production qui met en exergue le conflit de générations entre le père et sa fille. Plus tard, celle-ci sera informée de son mariage prochain. Ses protestations n’y feront rien. Son géniteur, au nom d’une dette qu’il n’arrive pas à payer à son ami Cheick, l’envoie par force en mariage chez ce dernier. Impuissante et impassible, la mère reste bouche bée.
Leila est issue d’une famille musulmane. Ses parents et elle ont toujours vécu dans le sud. Elle se plaît d’ailleurs à le rappeler à ses camarades de classe. “ Je suis de père et de mère nordistes. Et par conséquent, nous sommes musulmans ”, explique la collégienne. La jeune fille qui flirte avec un jeune chrétien au moment de son envoi en mariage, ne l’entend pas de cette oreille. Après une bagarre au cours de laquelle son époux tombe et perd connaissance, elle quitte nuitamment le foyer conjugal. Dans la rue, son errance sera de courte durée. Agressée et violée, elle décède à l’hôpital.
L’histoire ainsi racontée, donne l’impression que tout est lié à la religion musulmane. L’auteur le rectifie. “ C’est un conflit de génération et de culture. Leila est morte par son insouciance et sa désobéissance. Si elle vivait comme les autres filles dans cette situation, elle ne serait pas morte ”, confie Hugues Ongoto.
Une confession qui tranche avec certains écrits que l’on trouve sur la pochette de l’album. “ La tradition africaine condamne parfois ses nobles enfants à des sentences rudes… ” Interpellé sur ces écrits, l’auteur de cette œuvre pense que même si ces comportements qu’on ne rencontre plus beaucoup, ont existé. Alors “ il est de mon devoir d’écrire notre histoire à ma manière, de dévoiler à la face du monde, les maux qui minent notre société ”, explique-t-il serein. Face à ce déballage de la société africaine, on se rend compte que durant les 60 minutes de “ Dette fatale ”, les scènes sont accompagnées de hip hop ou de musique hindoue. L’auteur tente une explication. “ Ce film a été tourné dans des pures conditions de la tradition africaine. Mais lorsque j’ai voulu le commercialiser, il fallait que j’évite tout accrochage avec les artistes et la Cmc, d’où ce choix en musique. ”
Oeuvre scolaire relookée,
sans moyens
La mise sur le marché de cette œuvre n’aurait pas coûté grand-chose. “ Je chiffrerai à zéro franc, le coût de la production de “ Dette fatale ”. C’est une œuvre que j’ai réalisée à la fin de ma formation. Une fois sur le terrain, je me suis rendu compte que les scénarii que je rédigeais ne trouvaient pas preneur. Aussi, pour un départ, j’ai choisi de mettre sur le marché ce travail jadis réalisé ”, affirme ce jeune réalisateur. Pour atteindre son objectif, le jeune homme de 24 ans a bossé dur, avec une équipe de 60 personnes (techniciens, acteurs, etc.) dans le bénévolat. “ Les jeunes qui ont travaillé avec moi ont utilisé leurs propres moyens (frais de taxi et autres, pendant les répétitions) pour qu’on réussisse. Je leur ai expliqué qu’il n’y avait pas de moyens pour la réalisation de ce film. Nous nous sommes jeté à l’eau par amusement. ”
On peut dire que cet amusement a servi à quelque chose. Depuis un mois que le film est sur le marché, “ 4000 Cd ont été vendus ”, argue son auteur. Mais cela n’a pas été facile. “ J’ai pressé les premiers produits pour le marché de Douala dans ma chambre. Le Cd coûtait alors 1500 Fcfa. Mais je me suis aperçu que le pouvoir d’achat et la piraterie ne m’étaient pas favorables. J’ai réduit le prix, à 1000 Fcfa, pour permettre à tous les Camerounais de l’acheter. Mon but n’étant pas de me faire de l’argent ”. Yaoundé a pris le relais depuis quelques jours. Les autres provinces suivront progressivement.
Comme toute œuvre, celle-ci a ses imperfections. On peut le relever sur la qualité de l’image par endroit ou sur la diction des acteurs, qui ne sont pas convaincus dans ce qu’ils disent. Hugues Ongoto demande l’indulgence des spectateurs. “ Soyez moins rude à la critique ”, susurre-t-il. Sa joie est cependant grande aujourd’hui. “ Plus de 1000 personnes m’ont déjà appelées pour me féliciter ”.

