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Corruption et favoritisme : Vincent Bolloré convoqué par un juge de Douala

L’intéressé affirme n’avpoir pas reçu de convocation, ni n’est au courant de ce développement de l’affaire.
Eugène Dipanda –




Notre source est formelle. Généralement bien informée dans l’affaire, elle indique que M. Ibrahima Aba, juge d’instruction près le Tribunal de première instance (Tpi) de Douala, a signé une convocation mardi, le 14 octobre 2008, à l’adresse de M. Vincent Bolloré. Le célèbre homme d’affaires français, dont les services nient l’existence de toute convocation, président du groupe éponyme, doit en effet apporter son témoignage dans une procédure judiciaire dont est saisie la justice camerounaise depuis le mois d’octobre 2006, et ayant trait au délit de "favoritisme et corruption" au Port autonome de Douala (Pad). L’action judiciaire a été enclenchée par M. Jacques Dupuydauby, président du Groupe Progosa, une entreprise de travaux portuaires installée dans plusieurs pays africains, et concurrente de Bolloré. Une plainte contre inconnu, dans laquelle ce dernier dénonce de supposés micmacs qui auraient eu cours dans le dépouillement de l’appel d’offres et l’attribution du marché relatif à la concession du terminal à conteneurs du Pad.

"Je considère que cet appel d’offres a été totalement faussé, et que l’attribution de la concession va à l’encontre même de la qualité des réponses fournies par les deux compétiteurs ; à savoir : le groupement Bolloré-Maersk, et nous-mêmes (Progosa-Dragados, Ndlr). J’attends donc de cette procédure qu’elle rétablisse la vérité et mette en exergue que c’est notre groupement qui avait gagné…", a récemment soutenu le plaignant, M. Jacques Dupuydauby, dans un entretien avec "Les Afriques", un journal spécialisé dans la finance africaine. Manifestement, le président du Groupe Progosa voudrait faire comprendre que la concession du terminal à conteneurs du Pad conclue en 2004 est nulle.

Parce que, soutient-il, le Code des marchés publics camerounais n’aurait pas été respecté et, surtout, parce que la concession a été signée par des responsables "non habiletés". De ce point de vue, la convocation de M. Vincent Bolloré par le juge du Tpi de Douala, apparaît donc comme un tournant décisif dans cette affaire.
Avant ce rebondissement intervenu il y a deux jours, plusieurs dirigeants des entreprises du Groupe Bolloré installées au Cameroun, avaient déjà reçu des convocations du même juge. Le vice-président du Groupe Bolloré, M. Michel Roussin, était également visé par les auditions au Tpi de Douala. Mais, la plupart de ces témoins s’étaient plutôt faits représenter par leurs avocats, indique une source judiciaire.

Nicolas Sarkozy
La même source évoquait par ailleurs la constitution éventuelle d’une commission rogatoire, qui devait permettre de recueillir les témoignages des autres cadres du Groupe Bolloré, qui avaient quitté le Cameroun entre-temps. Cette hypothèse n’a pas prospéré non plus. Les déclarations faites par le plaignant auprès du juge d’instruction avaient également poussé ce dernier à envisager une audition des responsables du Pad qui avaient œuvré dans l’attribution du marché querellé à M. Vincent Bolloré.

L’ex-Dg du Pad, M. Alphonse Siyam Siwé, et l’ensemble de ses ex-collaborateurs ayant fait partie de la commission de passation du marché, sont ainsi visés. La plupart d’entre eux ont été reconnu coupables dans l’affaire des détournements de deniers publics au Pad. Pour cette autre affaire, une source proche de la justice affirme que le juge Ibrahima Aba pourrait rendre son ordonnance avant la fin de l’année en cours. Toutefois, si l’on semble se réjouir des suites nouvellement données à ce dossier du côté de Progosa, les responsables du Groupe présidé par Jacques Dupuydauby semblent quelque peu redouter une éventuelle intervention du président de la République française auprès de son homologue camerounais, afin de faire enliser l’affaire. Ami de M. Nicolas Sarkozy, des mauvaises langues prêtent en effet le bras long à Vincent Bolloré.

Quoi qu’il en soit, le président de Progosa se dit serein quant à la poursuite de la procédure qu’il a enclenchée. "La justice suit son cours, et je m’en réjouis. Rassurez-vous, je serai présent au Cameroun dès que le procès sera ouvert", a-t-il déclaré à Mutations au téléphone hier, mercredi 15 octobre. Contactés à leur tour, les responsables du Groupe Bolloré au Cameroun, ont dit n’avoir pas reçu de convocation. Ils soutiennent ne pas être au courant de ces derniers développements de l’affaire. En rappel, c’est fin juin 2004 que la convention relative à la concession du terminal à conteneurs du Pad a été signée entre l’Etat du Cameroun et le Groupe Bolloré, pour une période de 15 ans. Parmi les engagements pris, ce dernier devait verser une redevance annuelle de 3,1 milliards Fcfa à l’Etat.

Un marché de dupe, selon Progosa ; puisque le Groupe de Jacques Dupuydauby proposait, outre la rondelette somme de 6,7 milliards Fcfa en terme de redevance annuelle au Cameroun, "une meilleure offre en terme d’investissement et de tarifs pratiqués dans le passage des marchandises au port". Pendant toute la durée de la convention, cela fait donc un gap d’environ 55 milliards Fcfa, qui représentent les pertes pour le pays. La Banque mondiale, dans l’un de ses rapports, avait d’ailleurs fait remarquer que l’attribution de ce marché allait "à l’encontre des intérêts du Cameroun". A qui a donc profité le crime ? En tout cas, le nom de l’ex Premier ministre Peter Mafany Musonge, celui de l’ex-Sg de la présidence de la République, Jean-Marie Atangana Mebara, et l’ex-Dg du Pad Alphonse Siyam Siwe, sont évoqués avec insistance par certaines parties, comme ayant facilité la duperie en déclarant incompétent le concurrent de Vincent Bolloré.

Quatre années après, l’Etat camerounais pourrait-il donc récupérer le terminal à conteneurs du Pad à son compte et y nommer un gestionnaire provisoire ? Difficile d’imaginer pareil scénario avant la fin de la procédure judiciaire en cours à Douala. Surtout que, parmi les clauses contenues dans la convention entre les deux parties, il est clairement indiqué que, si le concédant retire la concession au concessionnaire, cela donne lieu à un arbitrage dont seuls les tribunaux parisiens sont compétents. L’affaire, en fin de compte, semble donc plus viciée qu’elle n’en donne l’air.

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