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Akere Muna : “Mon père n’était pas pour la sécession”

Réponse à François Mattei; l’auteur du livre “Le Code Biya”

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Dans l’article de votre journal n° 0447 du lundi 18 mai 2009 , vous citez à la page 13 un extrait du livre de François Mattei intitulé “le code secret “ Paris 2009, éditions Balland, pp.297.299 :

« …. il (Paul Biya) a organisé les obsèques de l’ancien Vice- président de la République Fédérale, John Ngu Foncha et de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Salomon Tandeng Muna, lesquelles personnalités, avant leur mort, avaient rejoint les rangs de l’opposition et de la sécession… ». Je ne connais pas M. François Mattei, et j’ignore tout autant d’où il tient ses informations. Etant anglophone de formation, il est fort possible que j’ai mal compris le mot opposition, mais écrire que feu John Ngu Foncha et feu Solomon Tandeng Muna avaient rejoint les rangs de la sécession constitue non seulement une contre-vérité historique flagrante mais également une insulte à leur mémoire, commises froidement alors que notre pays célébrait sa fête nationale appelée aussi « Fête de l’Unité » !!!
Le « problème anglophone », si l’on peut l’appeler ainsi, est un problème assez délicat, et seul quelques irresponsables peuvent avoir la témérité de s’aventurer dans les commentaires de la nature susvisée. A l’heure où des mémos à base régionale fusent de partout, il aurait fallu se consacrer à un examen plus profond et objectif de la réalité historique avant de se lancer dans des comparaisons qui ne démontrent rien sauf l’ignorance de leur auteur. Et à un tel niveau, l’ignorance n’est pas plus compréhensible qu’excusable.
La propagation de cette hérésie selon laquelle Foncha et Muna seraient des sécessionnistes a débuté pendant le procès intenté contre certaines personnes inculpées devant le Tribunal Militaire et se réclamant du mouvement SCNC. N’eût été la sagesse du Président de la République, Paul Biya, qui connaissait intimement les personnalités évoquées, il s’était trouvé des autorités en charge du dossier qui avaient trouvé bon de recommander la traduction de John Ngu Foncha et de Salomon Tandeng Muna devant le tribunal militaire, en même temps que les individus déjà inculpés. Cette tentative de distorsion de l’histoire de notre pays aurait pu aboutir. Or historiquement, John Ngu Foncha et Salomon Tandeng Muna sont plutôt deux personnes à qui nous devons  la réunification du Cameroun ! C’est bien seul le Cameroun Anglophone du Sud (Southern Cameroons), dont ils étaient originaires et qu’ils entendaient représenter, qui avait voté pour la réunification.
Ceux qui estiment que ces deux hommes, alors qu’ils se sont battus pour la réunification, en conduisant les citoyens du Cameroun méridional vers cet idéal, sont restés silencieux pendant cette période spécifique où l’identité de notre pays était en cause, n’ont rien appris de l’histoire. Les autorités françaises de l’époque qui ont eu à gérer cette situation savent bien ce qu’il en est.
Pour ceux qui aimeraient comprendre l’approche de Salomon Tandeng Muna concernant la réunification, il serait utile de lire la motion ci-dessous reproduite, et qu’il avait proposée pour la scission du Nigéria en 1959, avant que l’indépendance de ce pays ne soit proclamée en 1960. Cette décision astucieusement conçue a permis de mettre le statut du « Southern Cameroons » en suspens afin que l’indépendance du Nigéria, dont il faisait partie ne vienne compliquer, si ce n’est entraver davantage, le projet de réunification. La traduction de l’anglais est de moi-même.
                             

13 Février 1959
REUNION DE L’ASSEMBLEE
Motion pour la sécession

Le Ministre des Travaux et des Transports, M. S.T.  Muna a proposé la motion suivante  soutenue par le Ministre des Ressources Naturelles.
« Que cette honorable Assemblée prie le Gouvernement de sa Gracieuse Majesté de prendre des mesures immédiates pour exaucer les vœux du peuple du  « Southern Cameroons », tel qu’il ressort des dernières élections générales,  à l’issue desquelles le KNDP, parti sécessionniste, a obtenu plus de la moitie des voix, et conséquemment, d’appliquer la politique de ce gouvernement qui réclame avec force la scission des , de la Fédération du Nigéria, avant « Southern Cameroons » que cette dernière n’obtienne son indépendance en 1960, et de permettre aux « Southern Cameroons » de faire leurs chemin sous un autre régime de territoire sous tutelle, pendant que seront examinées les possibilités d’une réunification de quelque partie que ce soit, des territoires britanniques ou français.
En guise introduction, M.M déclara :
« M. le Président de l’Assemblée, cette motion est non seulement unique, elle est capitale. Les archives des présents débats constitueront sûrement un trésor dans les annales de l’histoire des « Cameroons ».
Je suis convaincu que la motion présentée devant cette auguste Assemblée constitue le point culminant d’une politique qui depuis la naissance des partis politiques dans le Cameroun Méridional  a toujours été la force motrice de ce navire invisible qui convoyait les « Cameroons » vers leur destin national.
La véracité de mes propos peut se vérifier à travers l’évidence que tout parti politique des « Cameroons » authentiques contient la lettre K dans sa dénomination ; KNC, KPP, KNDP et OK. Le  K signifiant l’intention de toute formation politique, de lutter sans relâche pour la sécession du Nigéria, en vue d’obtenir en fin de compte la réunification des « Kameruns », tel qu’ils existaient sous le régime allemand. Seuls ceux qui n’ont pas honte d’avoir à commettre un crime contre la nation, tels les traîtres, changeront cette idéologie.
Pourquoi le loup revêt-il la peau de l’agneau, dans le but de détruire le K, au lieu de le construire ?
Il s’ensuit que toute personne qui prendra les commandes de ce navire national, et qui refusera de le guider conformément à la voix et à la volonté du peuple, sera sans nul doute éjectée du pouvoir, comme le KNDP venait de le faire du gouvernement du KNC.
Le contexte de la présente motion est l’objet de toute l’attention du monde en général, et des Camerounais en particulier. Cette motion retient l’attention du monde, parce que l’ONU est en train de se pencher sur ce problème avec beaucoup d’intérêt et de sagesse. En fait les résultats des délibérations de cet auguste assemblée sur cette motion décisive sont attendus par l’Assemblée Générale à l’ONU. N’eût été la présente motion, cette réunion de notre Assemblée n’aurait pas été aussi urgente et primordiale.
Pendant la conférence constitutionnelle du Nigéria de 1957, le Secrétaire des Colonies pour le compte du Gouvernement de sa Majesté, dans une promesse solennelle  avait déclaré qu’il ne sera jamais question d’obliger les « Kamerouns » à demeurer partie intégrante d’un Nigéria indépendant contre leur gré. Il a poursuivi en ajoutant de manière tout à fait claire, que le gouvernement de sa Majesté accordera une place importante à l’avis des peuples des « Kamerouns », quelle qu’en soit la nature.
C’est pourquoi M. le Président, c’est en accord avec cette promesse solennelle que la présente motion prie le Gouvernement de sa Majesté de prendre des mesures immédiates au fins d’exaucer les vœux du peuple, en lui accordant la scission de la Fédération du Nigéria avant son indépendance en 1960.
«  Les camerounais de tous les secteurs d’activités, dans leur pays et à l’étranger, se sont, à un moment ou à un autre, penchés avec le plus vif intérêt sur la question de la situation de leur pays bien-aimé. Nos leaders traditionnels ainsi que d’autres camerounais de renom, qui, pour préserver leur prestige, leur dignité et leur sécurité, ont renoncé à faire de la politique activiste, ont envisagé l’avenir et le destin du Cameroun au-dessus de la politique partisane. Ils ne pouvaient donc que se regrouper et soutenir l’un ou l’autre parti politique ayant les mêmes aspirations nationalistes.
Ce sentiment fort de tous les camerounais patriotes partout ici et ailleurs, s’est  largement manifesté à travers leurs réactions lors la dernière visite de la mission de l’ONU.  Ils ont transmis des mémorandums provenant de partout, protestant avec véhémence contre l’intégration. Les toutes dernières élections générales, à l’issue desquelles le K.ND.P est sorti vainqueur, était un combat direct entre les intégrationnistes et les sécessionnistes.
Le peuple a parlé et l’a démontré dans les urnes, qui d’autre pouvait faire mieux ?  Ceux qui attendent un plébiscite pour trancher le problème de portée nationale, peuvent être sûrs que les résultats viendront encore confirmer ceux des dernières élections générales où le KNDP a obtenu plus de la moitié des voix.
Il ne peut plus subsister de doute sur le fait que les peuples Camerounais savent exactement où ils vont ».
Après les débats sur la motion, M. Muna conclura :
«  M. le Président, Honorable, en concluant les débats sur cette motion, je voudrais rappeler aux honorables membres, que l’avenir de notre Cameroun bien-aimé est au dessus des politiques partisanes. Si en dépit des échanges passionnés que nous avons eus de bonne foi, les honorables membres peuvent voter en bloc pour soutenir cette motion, ils auront accompli leur devoir envers l’homme, la patrie et Dieu. Leurs noms seront gravés en tant que héros dans l’histoire, parce qu’ils auront posé les bases de la fondation pour l’édification de la nation kamerounaise, alors que le Kamerun se trouvait face à un dilemme, alors que « les Cameroons » étaient déchirés en morceaux par les tactiques diplomatiques des impérialistes, et alors que les Camerounais étaient affamés, exploités et appauvris dans leur propre pays, ce pays réputé pour être l’un des plus riches et des plus beaux du continent africain. Voter contre la présente motion signifie soutenir l’intégration qui détruit ces fondations. Nous sommes tous ici dans cette Assemblée, des honorables membres, des représentants accrédités par le peuple – je me refuse à croire qu’il y ait parmi nous des traîtres, des personnes commanditées ou des opportunistes politiques.
« Monsieur le Président, Honorable, permettez-moi de conclure en citant un verset populaire avec quelques modifications de ma part :
Respire-t-il un Camerounais ayant une âme si chère,
Qui ne s’est jamais dit un jour,
Il est mien, mon pays natal ?
Monsieur le Président, Honorable, j’en ai terminé »

 

La motion fut votée à 14 voix contre 12.
ImageLe leader du K.N.D.P était John Ngu Foncha, rejoint par Salomon Tandeng Muna qui avait démissionné du K.N.C.  avec lequel il était justement en désaccord sur la question de la réunification.
En consacrant quelques lignes à des affirmations non vérifiées, non recoupées, et qui portent très gravement atteinte à l’image et à la mémoire de ces figures historiques, et ce dans le seul but de soutenir un argumentaire sur le rapatriement du corps d’Ahidjo (!), l’auteur a transgressé toutes les règles que sa déontologie lui imposait.
Monsieur François Mattei répondra devant les tribunaux compétents, français et camerounais, de ce que je ne peux qu’assimiler à une véritable forfaiture commise au préjudice d’un Homme dont toute la vie et l’œuvre sont restées dédiées à ce Cameroun réunifié et pérenne pour lequel il a consacré tant d’efforts aujourd’hui balayés d’un trait de plume profanateur.
Il reste quand même souhaitable que ceux qui se hasardent à écrire sur des faits historiques, aient assez de conscience professionnelle et d’esprit d’objectivité pour se rapprocher de ceux qui sont en mesure de leur fournir des informations fiables.
Après l’extrait que vous avez publié, je peux dire que je suis guéri de toute la curiosité que pouvait m’inspirer le livre, annoncé à grand tapage, de ce Monsieur François Mattei.

LE JOUR QUOTIDIEN

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