Musique : Claude Tchemeni n’est plus
Le créateur de la maison de production Ebobolo-Fia a rendu l’âme vendredi dernier à Yaoundé. –
Vendredi 17 juillet dernier, les mélomanes ont été cueillis à froid dès les aurores par l’annonce de la mort du producteur Claude Tchemeni. Celui qui jusqu’alors se faisait appeler très affectueusement dans le milieu de la musque camerounaise "Clo-Clo" venait effectivement rendre l’âme ce matin-là à l’hôpital de la Cnps à Yaoundé. "Depuis lundi dernier, il a commencé à vomir. C’est alors que nous l’avons amené à l’hôpital de la caisse où il est mort vendredi vers cinq heures du matin", déclarait Véronique Tchemeni, qu’il avait épousé en secondes noces, samedi dernier en leur domicile sis pas loin du lieu dit "Carrefour Iptec" au quartier Nkolndongo à Yaoundé. Où de nombreux hommes de culture et des médias se sont bousculés dès l’annonce de la nouvelle sur les antennes du Poste national de la Crtv le matin même du décès par l’animateur et non moins ami Diop.
Un Diop qui nous confiait hier après-midi toute sa peine de voir ainsi disparaître "à seulement 53 ans cette icône de la musique camerounaise" né le 26 juin 1956. De lui, il garde un souvenir d’un homme "très chaleureux, très large, jovial, simple, ouvert". Jean-marie Ahanda qui a partagé les premiers balbutiements de Clo-Clo dans la production musicale se souvient de cet homme très courageux qu’il avait rencontré du temps où il était chroniqueur culturel au quotidien Cameroon Tribune. "Il s’était adressé à moi très franchement en me disant qu’il voulait être riche. Et je lui ai dit que je savais comment il pouvait atteindre son rêve. C’est ainsi que nous sommes descendus dans les cabarets où j’avais mes habitudes et que nous avons déniché les Vétérans qui a été sa première production". Et son premier succès, pourrait-on ajouter.
Succès qui allait lui donner l’occasion de poursuivre une aventure qui n’avait que trop bien commencé. Cela sous le label Ebobolo-Fia (qui veut dire avocat et bâton de manioc en jargon local) qu’il fera signer des contrats à de noms devenus des pointures de la musique camerounaise comme Claude Ndam, Marcellin Ottou, Samson Chaud Gars, Ambroise Meyong, Mbarga Soukouss, Jean-Miché Kankan et bien d’autres. Il restera surtout comme celui qui le premier crut au bikutsi, décomplexant au passage les musiciens qui pratiquaient alors cette musique sans trop savoir si elle pouvait s’exporter au-delà de son terroir d’origine. Celui qui dans une autre vie avait été technicien de froid avec un certain bonheur avant de péricliter trouva en ce filon un nouveau souffle.
Qui n’allait point s’arrêter malgré la concurrence âpre de Lancelot de l’artiste musicien Foty qui allait s’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte avant de faire faillite. Au point de rester dans l’histoire, selon M. Ahanda, comme le producteur camerounais ayant "le plus important catalogue musical du pays". Si à l’époque il disposait des connexions à la Bicic et à la représentation française qui lui permettait d’exercer cette activité sans grand souci, signant au passage des contrats faramineux pour l’époque (certaines sources parlent du million de Fcfa perçu par certains artistes à la signature), il reste qu’il n’était plus que l’ombre de lui-même ces dernières années. "Traînant même le diable par la queue", commentent d’aucuns. Fauché sans doute par une mauvaise gestion et une piraterie rampante des œuvres musicales. Jusqu’à cette mort qui laisse en rade une veuve et sept enfants qui devront pourtant grandir avec l’espoir de reprendre le flambeau de papa dans un avenir que l’on espère le plus proche possible et avec plus de bonheur.
Parfait Tabapsi

