Sa’a : Les contes s’invitent en prison
Pour cette 10è édition, les conteurs du Festmoc étaient une fois de plus au pénitencier pour un spectacle sobre et éducatif. –
Ce n’est pas courant un pénitencier qui s’ouvre aux artistes. Surtout en ces recoins de la République où ils ploient sous le poids des pensionnaires pléthoriques et de la vétusté des locaux affectés à ceux que la société a décidé de mettre en marge, histoire de les ramener à de meilleurs sentiments dans leurs habitudes et comportements vis-à-vis de leurs semblables. A Sa’a, une bourgade perdue en plein milieu du pays Eton dans la Région du centre, on a pourtant pris l’option de travailler avec le festival des moments contes et du patrimoine (Festmoc). Et ce depuis de nombreuses années. Ce n’était donc point par surprise que les conteurs de cette 10è édition ont fait le déplacement de ce pénitencier vendredi 13 novembre dernier. Où ils ont livré 90 minutes durant une prestation scénique que les locataires des lieux ne sont pas prêts d’oublier.
Il n’y a d’ailleurs qu’à voir le chant de remerciement inspiré d’un tube d’un chanteur du coin pour mesurer le sentiment de joie qui avait élu domicile dans les cœurs. Les prisonniers ont ainsi chanté jusqu’à bout de souffle le fameux refrain du titre Merci de l’album Maturité de Tsimi Torro. Une manifestation de joie qui est allé droit aux cœurs des sept conteurs d’ici et d’ailleurs qui avaient fait le déplacement.
Parce que cette édition a pour thème «Contes et paroles de femmes», c’est à ces dernières qu’est revenu la primeur des prestations. C’est ainsi que c’est à Taliké, une Malgache installée en Belgique, qu’est revenu le soin d’ouvrir le spectacle. Elle qui a axé sa prestation et son exhortation à plus de paix sur des chants de chez elle. Qui a amusé dans un premier temps son auditoire avant de le corrompre pour finalement le gagner à la cause artistique.
Rafo Diaz
Pouvait alors suivre Gisèle de Pointe noire avec son spectacle à forts relents de sagesse parce que basé sur des devinettes. La Tchadienne Fanta fera un conte sur le chien, la chèvre et le mouton là où la Camerounaise Annie Tchawack usera de tout son talent de comédienne et de danseuse pour tenir le niveau relevé par ses consoeurs. Mais à la prison ce jour-là comme durant toute l’édition, il n’y avait pas que les femmes. Et lorsque le Péruvien, qui vit à Maputo au Mozambique avec sa famille, Rafo Diaz s’est dirigé vers ce qui tenait lieu de podium, il y eut des soupirs et même quelques sifflets. Comme si le conteur n’était pas en mesure de relever le défi à lui involontairement posé par les conteuses.
Alors il s’élança dans une improvisation (il allait l’avouer plus tard) dont la trame portait sur la femme. La question centrale de son conte se libellait en effet «que veut une femme dans sa vie ?»
Question complexe à laquelle le conte répondit par «être propriétaire de sa vie». Non sans que le conteur ait recouru à un arsenal artistique qui ne faisait pas l’économie d’une gestuelle et d’une vocalisation fort à propos. S’il ne chantait point, Rafo Diaz parvint, malgré son accent espagnol, à se faire comprendre des prisonniers et à gagner leur sympathie. Ceux-ci applaudirent à tout rompre. A tel point que l’équipe de Léonard Longmo, le promoteur du Festmoc rentré précipitamment à Yaoundé, eût du mal à contenir la joie des uns et des autres pour pouvoir faire don à l’établissement d’un carton de livre de contes. Des contes étrangers à ceux que l’équipe avait entrepris de recueillir dans le voisinage. Et qui ne lui avait cependant pas empêché de multiplier des spectacles aussi bien dans les marchés, les écoles et à l’esplanade de l’hôtel de ville. Spectacles qui donnaient lieu les lendemains à des rencontres professionnelles et à des ateliers d’échanges. La 10è édition pouvait alors se terminer en toute sobriété le lendemain loin des regards et des encouragements des prisonniers qui n’ont pas manqué de supplié les organisateurs à ne pas les «oublier» en 2010. Ce à quoi M. Logmo souscrit bien sûr !
Parfait Tabapsi

