Festival : La poésie en spectacle
Déclamations, peinture, danse et musique étaient au menu de la 3e édition des 3V la semaine dernière. –
C’est sous le mythique titre Zombie de Fela que s’est achevée la troisième édition du festival international de poésie 3V. Un rendez-vous qui prend au fil des éditions de l’envergure. Au marché Mboppi où a eu lieu l’acte final des cinq jours de déclamations poétiques samedi dernier, la parole poétique a porté. Interpellant les passants et commerçants qui se sont souvent invités spontanément à la fête, soit pour apporter une couche de peinture à la toile collective sur laquelle s’échinait chaque jour Joe Kessy, soit pour écouter les vers ou en déclamer, soit simplement pour voir les poètes d’ici et d’ailleurs prester avec toute la fièvre que seul peut charrier un moment comme celui-là chez un poète.
Samedi dernier donc au siège de l’association Livre Ouvert qui a fait de la lecture et de l’écriture sa raison d’être, des déclamations de vers se sont succédés des heures durant avec frénésie. Il y avait là Marcel Kemadjou Njanké, l’organisateur en chef qui en plus de veiller au bon déroulement du programme déclamait. Il y avait aussi Jean-Claude Awono, le président de l’association La ronde des poètes parti de Yaoundé depuis trois jours, Jacques Ngatcha, Giscard Ngombouwo,Gilbert Tchoupa, etc.
Parce que l’événement se voulait pluriel, le groupe de danse Les génies noirs fût aussi de la partie, même si le public de Mboppi n’eût pas l’occasion de le voir. Celui de la Place du gouvernement à Bonanjo n’est pas prêt d’oublier les performances de cet ensemble qui a résisté au fil des secousses depuis quatre décennies. Les gracieuses filles ont multiplié les déhanchements avant de céder place aux poètes et peintre. Occasion qui permit de se rendre compte de ce qu’un public prêt à écouter la poésie et à s’y intéresser était disponible.
A la prison d’Edéa aussi, l’accueil des prisonniers fût chaleureux. Eux qui durant près de quatre heures écoutèrent la poésie avec beaucoup de plaisir au point de participer à la fête par un sketch remarqué. Mais le must fût cette remise de dons opérée par Marcle Kemadjou et son équipe ainsi que le repas offert gratuitement aux 270 pensionnaires.
Un geste que ne manqua pas de saluer le régisseur et le préfet de la Sanaga Maritime qui n’avaient pas hésité à revoir leur agenda pour être présents.
Pour le dernier numéro, c’est le cadre de Art Bakery à Bonendalé qui fût choisi. Où le maître de céans Goddy Leye reçut les festivaliers avec une projection de l’une de ses récentes œuvres de vidéaste. Une réception troublée par une coupure de courant mais qui n’allait point entamer la volonté des poètes qui déclamèrent de plus belle une fois la lumière revenue.
Dans l’espace, ils échangèrent sur la nouvelle miss Ngondo qui venait d’être élu et qui était originaire du coin. Ils se remémorèrent aussi les meilleurs moments du festival. Pour le Français Philippe Laval «ce fût un moment intense. Surtout lors des prestations à l’école primaire. Voir ainsi les enfants s’intéresser à la poésie est un bon signe pour la suite».
A l’école La semence située au quartier Mbangué en effet, la prestation déclamatoire des gosses fût si chaleureuse que l’équipe du festival improvisa des récompenses pour les meilleurs à la plus grande joie de la directrice. Et si elle n’en fit pas de même à Mboppi, le public fut frappé par la prestation de Philippe Laval qui, après avoir accompagné à la guitare et aux percussions le récital, s’empara du micro pour boucler avec un poème inédit de Jean-Claude Awono et sur une musique de Fela cette troisième édition.
Une édition pour laquelle le promoteur s’est dit heureux à l’heure du bilan, promettant d’aller encore plus loin la prochaine fois. Pour que vive encore la poésie. Cette poésie dont il dit être «le meilleur instrument pour défricher le champ de la souffrance».
Parfait Tabapsi

