Musique : Francis Mbappé apporte le monde au Cameroun
Le bassiste livre dans Peace is freedom un regard sur les rythmes d’ailleurs avec un panache certain. –
En écoutant le dernier Francis Mbappé, on ne peut s’empêcher de se demander vers quelles eaux rythmiques nous entraîne le bassiste installé à l’étranger depuis plus de trois décennies. Une question que l’écoute n’apporte que des bribes de réponses tant l’ancien de l’écurie Soul Makossa Gang de Manu Dibango nous promène sur des sentiers plus ou moins connus. Un choix qui s’explique sans doute par la volonté de l’artiste de partager avec le mélomane ses années d’odyssée dans la musique mondiale. Ce qui n’est pas pour déplaire, surtout que cette volonté d’apporter le monde à lui et par ricochet au mélomane permet de partager des rythmes qui seraient bien pénibles d’adopter s’ils étaient pris isolément. Album de recherche donc ? Oui. Un troisième opus qui se singularise des précédentes par son positionnement comme un voyage au-delà de son berceau qui n’est pourtant pas avare de polyphonies pour ce qui est de l’art musical.
C’est certainement à juste titre qu’il a tenu à partager avec ses compatriotes ce nouveau projet. Projet qui n’est pas sans rappeler un Traveller de Vincent Nguini qu’il a sûrement croisé du temps de son apprentissage et de sa révélation chez Manu Dibango. Projet qui se rapproche aussi de Missiya de son homonyme Etienne Mbappé avec qui il a travaillé sur le deuxième volume de Négropolitaines du roi du Soul makossa au début des années 90 alors même qu’il venait de prendre ses quartiers à New York. Nul doute que ses compatriotes vont apprécier au moins les plages six et sept qui se font face un peu comme Yaoundé et Douala. Au Bikutsi à la sauce Mbappé répond en écho en effet Douala beat. Le premier surfe véritablement sur les pistes des rythmes du pays beti avec un jeu de cordes de l’Américain David Gilmore que Martin Messi ou Zanzibar vont certainement apprécier de là où ils sont. Rythmes qui parviennent à côtoyer funk, jazz et rock que l’album respire de part en part.
Parlant de cordes, le mérite de Francis Mbappé aura été de ne pas saturer les oreilles avec sa basse au jeu varié comme on pouvait s’y attendre. Lui a pris le parti heureux d’être en osmose avec les autres éléments de l’orchestre (drums, cuivre et chœurs). Ce qui donne une saveur d’écoute intéressante, surtout que les arrangements sonnent justes. Aussi, Peace is freedom transpire non pas l’aboutissement d’un travail qui peut se poursuivre à l’infini, mais l’accomplissement d’un instrumentiste qui appartient désormais -et définitivement ?- au monde. Peace is freedom est aussi une sorte d’appel au respect de la nature qui héberge tous ces rythmes. C’est donc une voix de plus pour appeler à la préservation de la nature entendue comme patrimoine des cultures. Un appel implicite dont la face visible est parée d’atours de simplicité pourtant difficile à atteindre comme le reconnaît le chercheur lui-même et qui "repose sur l’attention, la pensée, le savoir, et la patience". Dix titres magnifiques qui en appellent d’autres dans la foulée. C’est du moins le sentiment qui anime le mélomane à la fin. Une fin placée sous le signe de la paix et qui clôt cinquante minutes inoubliables.
Repères
Auteur compositeur, producteur et arrangeur : Francis Mbappé
Nom de l’album: Peace is freedom
Rythmes: salsa, funk, rock, world, makossa, bikutsi
A écouter: bikutsi, douala beat, freedom, peace
Dix titres; sorti en 2010 chez Fm Groove
Parfait Tabapsi

