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Nigeria/Cameroun: Les leçons de Jean-Pierre Fogui sur Bakassi

Une dissertation de vulgarisation de la stratégie « détermination / modération » utilisée par Paul Biya pour gagner Bakassi. L’auteur y expose son parti pris…. –

Zacharie Ngniman a raconté les premiers moments du conflit et des négociations pour régler l’affaire Bakassi à l’amiable (1996). Guy Roger Eba’a a fait le compte-rendu du procès à La Haye (2008). Alain Didier Olinga a commenté l’Accord de Greentree qui facilite le retrait du Nigeria de la presqu’île (2009). Aujourd’hui, Jean-Pierre Fogui tire les leçons du conflit (2010). Dans un ouvrage aux éditions Sopecam, le juriste et politologue explique comment le Cameroun et la communauté internationale ont managé pour éviter le pire à Bakassi dès décembre 1993, que le Cameroun remporte la bataille judiciaire à La Haye et que le Nigeria accepte l’application intégrale de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) du 10 octobre 2002.
 

Selon l’auteur, on doit ce succès principalement au chef de l’État camerounais, Paul Biya, qui « a adopté une stratégie mêlant détermination et souplesse qui fera date dans l’histoire des relations internationales, parce qu’elle aura permis à notre pays de remporter la victoire à peu de frais. » Jean-Pierre Fogui affirme que « les forces camerounaises ripostaient et bloquaient la progression des assaillants, mais évitaient soigneusement de mener des actions offensives et d’exercer le droit de poursuite, même quand elles avaient l’avantage sur le terrain. » Ferme dans la défense de son intégrité territoriale, le Cameroun ne souhaitait pourtant pas la guerre.

Pour manifester cette volonté de paix, Paul Biya a adressé en février 1994 un message au chef de l’État nigérian d’alors, le général Sani Abacha, pour lui suggérer un règlement diplomatique. Devant le silence du Nigeria, il a saisi le 28 février l’Organisation de l’unité africaine, le conseil de sécurité de l’Onu et, un mois plus tard, la CIJ. Face à l’indignation internationale, le général Abacha a proposé un tête-à-tête à Maïduguri au Nigeria. Le président Biya a posé comme condition le retrait des forces d’occupation nigérianes de Bakassi, puis il a concédé le maintien de ces forces et a proposé que la rencontre ait lieu en pays neutre. Mais le Nigeria n’a accepté aucune des deux suggestions.

Le Cameroun a mis sur pied une équipe de choc et lui a donné des moyens conséquents. Celle-ci a défendu la cause du pays à la Cour avec retenue et respect pour l’adversaire. Après l’arrêt, Paul Biya n’a pas voulu recourir à la force pour déloger le Nigeria ; il a continué de négocier (Accord de Greentree) pour éviter de compliquer le retrait du Nigeria de Bakassi.

« Une stratégie qui fera date »

Pour Jean-Pierre Fogui, la stratégie « détermination / modération » utilisée par le Cameroun confirme certaines théories de relations internationales parmi lesquelles celle de l’exutoire externe et du bluff dont le Nigeria a usé, mais aussi celle de la porte de sortie sur laquelle le Cameroun s’est appuyé. En revanche, il relève que l’art de la bataille et de la négociation de Paul Biya renouvelle l’analyse des rapports de force. Le poids démographique, la force économique et la puissance militaire, variables de l’analyse traditionnelle en relations internationales, ont été inopérantes au regard de l’issue du conflit de Bakassi.

La stratégie « détermination / modération » a ainsi mis en jeu trois autres variables : la justesse de la cause, le déploiement des ressources diplomatiques, et l’image que le pays construit au fil de l’histoire au sein de la communauté internationale. L’auteur affirme que l’une des plus importantes leçons à tirer de cette histoire c’est qu’«il n’y a plus de grands États ni de petits États sur la scène internationale ; il y a seulement, ici et là, des communautés d’hommes et de femmes confrontées au même défi – celui du développement –, et condamnées à vivre ensemble et à coopérer. »

Le « nous », « notre pays », etc. que Jean-Pierre Fogui emploie montre bien qu’il a choisi son camp. Son analyse valide par ailleurs le silence de Paul Biya lors de l’affaire comme l’exemple même d’une communication politique efficace. Mais qui en voudrait au secrétaire aux relations internationales… du comité central du RDPC de voir les choses de cette façon ? Au final, Les leçons du conflit de Bakassi est un exemple type d’histoire du Palais. Indiqué pour la vulgarisation, ce contenu facile à lire se présente comme ce que le RDPC souhaiterait que le peuple retienne finalement de Bakassi. On vous a compris.
 

marlyse.sibatcheu

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