Nécrologie : «Mama Hélène» a tiré sa révérence
Serange Mebina, la «femme» de Jean Miché Kankan, est décédée dimanche
dernier des suites d’une longue maladie. –
Ses confrères du Théâtre national n’en savaient rien hier matin. Pourtant, le décès de Serange Mebina avait été annoncé dès la veille.
Une fois mis au courant, les comédiens réunis à la Centrale de lecture publique depuis que leur repaire du Centre culturel camerounais est en travaux, étaient, tour à tour, dubitatifs, perplexes, puis affligés. Celle qui vient de rendre l’âme à 58 ans, après une longue lutte contre un cancer, n’était pas la moins connue d’entre eux, loin s’en faut.
Avant d’incarner les épouses bafouées et délaissées par un mari ivrogne et pingre dans la série à succès «Les aventures de Jean Miché Kankan», sous le nom de «Mama Hélène», Serange Mebina a fait ses classes d’artiste dans la troupe Les Compagnons de la comédie. «Nous avons débuté ensemble au début des années 1975; c’est là que nous avons appris le métier et nous y avons joué jusqu’au début des années 1980, ou la troupe s’est disloquée», témoigne Alex David Longang, comédien au Théâtre national. Avec d’anciens compères des Compagnons de la comédie, dont Alex David Longang, elle va fonder la troupe «Les Comédiens unis». En fin 1983, elle rencontre Kankan venu assister à l’une de ses prestations. Avec lui, elle commence une nouvelle aventure artistique, d’abord par le rôle de «Mama fish», une vendeuse de poisson rouée, puis «Mama Hélène», le rôle qui va lui faire connaître la gloire.
Le succès des aventures du commerçant avare va être immense. Il va traverser les frontières du Cameroun; des chefs d’État de la sous région vont inviter les comédiens dans leurs palais. L’aventure va durer jusqu’à ce que, comme dans les plus belles idylles, la mort sépare le «couple».
En 1997, Kankan décède. Maman Hélène ne s’effondre pas pour autant. Elle multiplie alors les expériences. On la voit tourner dans des séries télévisées, puis au cinéma. Elle a tente même de ressusciter la série qui la l’a rendue célèbre. Mais la gloire n’était plus au rendez-vous.
Serange Mebina, native du quartier Etoa-Meki à Yaoundé et qui n’a pas fait de longues études, va connaître des moments difficiles. Elle a deux enfants et des petits fils à nourrir. L’art ne nourrit pas son homme au pays. Elle va se faire engager au ministère de la Culture, en qualité d’agent de l’Etat, jusqu’à ce qu’un prix de comédie, qu’elle a gagné, l’emmène en France.
Elle tente alors de se relancer dans le cinéma. Elle y a consacré ses six dernières années. Mais la maladie la ronge. Elle n’a plus la vitalité qu’on a connue à la tonitruante «Mama Hélène». Au début de ce mois, elle retourne au pays pour revoir sa famille, dans ce quartier d’Etoa-Meki où ils vivent toujours. Le retour sera définitif: «Mama Hélène» s’en est allée retrouver son tendre «massa Jean Miché Kankan» au paradis des comédiens.
Aziz Salatou

