Sortie : Mia Ngiamba a trouvé sa juste note
Son 2e album est un pot-pourri aux senteurs de maturité, couché sur du live. –
Le public camerounais la découvre en 2008 avec son titre «Le fric je m’en fous». Un album qui portait fébrilement les balbutiements d’une jeune fille en quête de personnalité musicale. Si ce fut un succès d’estime, le deuxième album sera un vrai succès. «Aoua» est l’un des meilleurs albums de l’année 2011. La réussite de ce deuxième opus de Mia Ngiamba se construit sur trois éléments forts qui, on l’espère, vont être désormais son empreinte existentielle dans le patchwork musical camerounais. Il y a le choix technique d’enregistrer un album complètement en live où la place est donnée aux instruments, vents et orchestrations vraies, puis il y a la qualité des textes qui s’est améliorée et, enfin la voix qui a gagné en maturité, en rondeur et en justesse. Si on tourne la page de la technique, «Aoua» est d’abord un merveilleux voyage de la vie de l’artiste, qui s’ouvre à nous, sans honte.
La promenade que Mia Ngiamba offre dans son deuxième album a dix stations. Des larmes, de l’espoir, de l’amour, du respect, et l’hymne à Dieu. Le premier arrêt est Walga si, qui signifie «lève-toi». Un message pour ceux qui pensent que devant leur destin s’arrêtent les problèmes, la fille de Kribi leur demande de décroiser les bras et de se lever pour avancer. Un rythme d’afro beat très enlevé, qui colore d’ailleurs l’ensemble de l’album.
On redescend dans une ballade très intimiste, «Tu seras». Une mère donne des conseils à son enfant qui va la quitter. «Que l’amour et le pardon dans ton coeur te guideront chaque fois…Toi la chair de ma chair, j’écris les mots humble et fier dans ta main pour que tu n’oublies pas». La vie ne lui ayant pas toujours fait de cadeau, Mia rappelle dans «Par amour», «qu’au lieu de perdre un oeil, je préfère encore vivre toute seule. Pourquoi se déchirer, quand on peut vivre loin de l’autre…». Puis ce sont des titres en anglais comme «Hope», en Ngoumba comme Biweli (l’absence), Oya, Mioung, Nounga Me où elle rend grâce à Dieu, qui sont de vrais régals pour l’oreille avertie. La voix épouse si bien les instruments, qu’ils font corps et parlent d’une même note juste, à l’esprit et l’âme.
La dernière station «Celle là» est un concentré de bonheur, sur la qualité des textes et sur le chant où l’artiste clame un poème de femme seule qui sait qu’elle «n’est pas une femme comme il faut, une épouse, une mère, celle qui t’a donné un fils, tout ce qui fait ton bonheur. Je suis celle qu’on oublie, qu’on fait semblant de ne pas voir, celle qui doit sourire malgré la honte et la douleur…». La technique vocale est impressionnante car l’artiste marque un accent sur la prononciation des voyelles qui augmente la crème de la musicalité déjà bien élaborée par un groupe de musiciens camerounais accomplis.
L’arrangement et l’orchestration en live ont été faits par Alain Oyono, jeune génie du saxophone. Moussa drums a assuré à la batterie et aux percussions tandis que Arthur Manga et Martien Oyono ont injecté d’impressionnante lignes de guitares. Denis Moussinga et Christian Oyono ont donné la chair à «Aoua» avec des notes de piano chaudes, impertinentes et justes. Le résultat est un beau vase de bonheur, qui en procurera sans aucun doute, à chaque ouverture. Avec «Aoua», Mia Ngiamba est passée de fille à femme, puis d’apprentie chanteuse à artiste. Une vraie artiste, complète, généreuse et mature.
Marion Obam
Mia Ngiamba – " L’afro-beat me permet de m’ouvrir au monde "
A 32 ans, l’auteur du titre «Le fric je m’en fous» parle de son originalité.
Quelle est la thématique de «Aoua» chanson phare de votre deuxième album de Dix titres?
Il est très coloré et les thèmes sont variés. Je parle principalement des relations (amitié, amour et respect) entre les être humains, de notre relation personnelle avec Dieu indépendamment de notre appartenance à une religion.
Pourquoi avoir choisi l’Afro-beat comme genre musical?
C’est la fusion idéale des rythmes africains d’ici et d’ailleurs. Je l’ai choisi pour m’ouvrir au monde. Le premier album était enfermé à l’Afrique. C’est un genre musical qu’on apprécie mieux dans d’autre pays.
Je compte participer à plusieurs festivals. Je ne pouvais donc pas rester enfermé dans un style local.
A l’écoute de l’album on se rend compte que les instruments prennent le dessus sur les paroles. Est- ce un choix personnel?
C’est fait express. Tout simplement parce que je crois qu’il y a des musiciens Camerounais qui font de très bonnes choses. Mais qui ne sont pas connus du public.
C’est en quelque sorte une manière pour moi de leur rendre hommage pour le travail qu’ils abattent au quotidien. Vous constaterez d’ailleurs que je n’ai travaillé qu’avec des musiciens camerounais.
C’est ma façon à moi de partager mon expérience avec la leur. L’enregistrement a été fait entièrement en live. Ceci pour mettre en avant ces musiciens qui devaient juste accompagner ma voix. Il n’était pas question dans ces titres d’exploser, mais de faire accompagner ma voix.
En parlant de l’originalité, pourquoi avoir choisi d’intégrer deux langues étrangères dans cet album plutôt que de rester dans le registre de votre langue maternel qui est le Ngoumba ?
Je rappelle en passant que je suis tri lingue je suis à la fois francophone, anglophone et Ngoumba qui est ma langue maternelle. Ceci pour montrer que je suis camerounaise, et l’effectivité du bilinguisme tel que pratiqué dans notre pays.
L’autre chose est que j’ai voulu faire plaisir à tous les mélomanes qui aiment la musique. Mais sont frustrés par le fait qu’elles ne comprennent pas ce qui est dit dans les chansons. C’est ce qui explique mes chansons soient expliqué sur la pochette de mon album.
Entre votre premier album et le second, quatre années sont passées. Que faisiez durant tout ce temps?
Cette marge de temps m’a permis de mieux préparer ce second album. C’était un temps de réflexion, de travail très approfondi. Etant donné que le premier album a été fait un peu à la va vite.
J’ai pris du temps pour travailler les différents titres des dix chansons que compte ce nouvel opus. Ceci d’abord, parce que je suis mon propre producteur et je n’ai signé de contrat qu’avec moi-même, le public camerounais et mondial.
En dehors de la musique, comment meublez-vous votre temps?
Je suis au service de la sécurisation des données maritimes à la marine marchande ici Douala. Tout ce qui est accès portuaire, document de la marine, des affaires maritimes, concernent le service dans lequel je travail.
Ceci entre 8h et 10h. Un boulot qui ne m’occupe pas les week-ends. Et donc le samedi et le dimanche je peux me consacrer à ma passion. C’est d’ailleurs toujours pendant ces jours que j’enregistre mes chansons.
Aristide Ekambi
1 Septembre 2011

