Des artistes menacent de destabiliser le Cameroun
Une affaire des droits d’auteurs payés par le Port autonome de Douala (Pad) à la Cameroon Music Corporation (Cmc) a mis Yaoundé en branle le 8 novembre dernier. En effet, ce jour-là, une dizaine de musiciens, sous la bannière du Syndicat camerounais des musiciens (Sycamu), conduits par Roméo Dika que l’on ne présente plus dans ce milieu ont voulu « marcher pour la défense et la protection de leurs droits ». –
Une affaire des droits d’auteurs payés par le Port autonome de Douala (Pad) à la Cameroon Music Corporation (Cmc) a mis Yaoundé en branle le 8 novembre dernier. En effet, ce jour-là, une dizaine de musiciens, sous la bannière du Syndicat camerounais des musiciens (Sycamu), conduits par Roméo Dika que l’on ne présente plus dans ce milieu ont voulu « marcher pour la défense et la protection de leurs droits ».
Pour donner un caractère réglementaire à cette « marche pacifique », le président du Bureau exécutif national du Sycamu, a déposé à la préfecture du Mfoundi, à Yaoundé, une « déclaration d’une marche pacifique de protection contre le Port autonome de Douala ».
Dans cette « Déclaration », monsieur Roméo Dika écrit : « depuis de nombreuses années, notre organisation a régulièrement apporté son soutien tant au président de la République, qu’à son parti le Rdpc, cela est resté sans contre-partie, sans que nous ne manifestions. Il se trouve que, pour des raisons inconnues de nous mais qui, semble tourner autour du contrôle du ministère de la Culture par certaines personnalités organisées autour d’un réseau, qui aujourd’hui posent des actes à même de briser l’ensemble du secteur culturel et, nous amener à remettre en cause l’alliance d’amour et de raison qui lie les artistes au régime en place ».
Il se trouve d’abord que ces deux paragraphes sont truffés de fautes de conjugaison et de syntaxe que je vous laisse le soin de détecter. Le second est-il seulement achevé ? Le tract destiné a être distribué au cours de la manif n’est pas moins cousu de fautes. Dans ce dernier, criant à la « vigilance », le Sycamu accuse sans précaution aucune le directeur général du Pad, M. Etoundi Oyono, d’avoir pris sur lui « de payer les droits d’auteurs soient (autre faute Ndlr) un montant de 40 millions Fcfa à des mercenaires, Sam Mbendè et Angoula Angoula Joseph, agents des services secrets extérieurs au service de deux hauts commis de la Présidence de la République du Cameroun, préssentis par les puissances étrangères pour prendre le pouvoir suite à la neutralisation de Marafa Hamidou Yaya ».
Le Sycamu ne donne pas ici les noms de ces « hauts commis ». Mais l’histoire fait les choux gras de la presse depuis quelques semaines. Il s’agit du Sg de la Présidence et du directeur du cabinet civil. A travers les antennes de Sky Radio, emettant de Yaoundé, le président du Sycamu, dans une émission diffusée vendredi dernier en mi-journée puis samedi, crache du venin sur les magistrats de la Cour suprême qui, selon lui, seraient « les otages de la Franc-maçonnerie et de l’homosexualité ». Pas moins. Plus grave : comme depuis de nombreuses années le Sycamu a régulièrement soutenu le président Biya et son parti le Rdpc sans contrepartie et sans que ce syndicat ne manifeste ni ses exigences, ni sa déception, il ne lui reste plus qu’à transformer « la musique camerounaise en instrument d’action politique », a vociféré M. Roméo Dika sur les antennes de Sky Radio. On s’achemine peut-être vers la création d’un autre parti politique qui s’annonce déjà dans le cartel de l’opposition.
De mémoire de journaliste, il faut cependant rappeler que chaque fois que les artistes sont allés dire « bon anniversaire » au chef de l’Etat- anniversaire de naissance, d’accession au pouvoir ou de création du Rdpc – les artistes sont abondamment « gombotisés » comme on le dit au Cameroun. La mère des musiciens : Anne-Marie Nzié, n’est-elle pas propriétaire d’une villa et d’un véhicule tout terrain offerts par le chef de l’Etat ? Sans entrer dans les querelles byzantines qui agitent le monde du droit d’auteur, à écouter les jérémiades du président du Sycamu, elles sonnent comme une querelle inappropriée et malsaine dans ce sens qu’elle confond le droit d’auteur proprement dit et les droits voisins. On n’a pas besoin de revenir sur la prétendue assemblée générale de Monatélé, du reste clandestine et tenue par des imposteurs qui n’ont rien à voir avec la Cmc ou qui en ont claqué la porte pour entrer dans la Socam, un machin concocté par qui l’on sait pour régler grossièrement des comptes personnels. Une Socam dont la tutelle va juqu’à ignorer des décisions de la Cour suprême. Le Cameroun, c’est vraiment le Cameroun.
On dirait que le monde des artistes camerounais grouille d’une faune bizarre dont les éléments confondent tout. On peut donc comprendre que le président du Sycamu fasse des éructations comme celles vomies vendredi et samedi de la semaine dernière sur les membres de l’auguste Chambre. Puisque même la tutelle des artistes peut faire ce qu’elle veut des décisions et arrêts de cette chambre. Sans pour autant émouvoir l’éxécutif. Au nom de la séparation des pouvoirs ? Il n’y a pas pire manière d’ébranler le socle de l’Etat que de remettre en question les actes d’un de ses piliers. Aujourd’hui, c’est Alexis Dipanda Mouelle et ses pairs qui, aux dires de Roméo Dika sont otages de la Franc-maçonnerie et de l’homosexualité. Demain, c’est Paul Biya qui sera, à son tour la cible des flèches empoisonnées du Sycamu ou alors son régime tombera comme jadis Jerico ou Babylone sous les décibels (politiques ?) de Roméo Dika et ses pairs. Il faut pourtant relever que ce syndicat n’existe que depuis avril 2012. Et il annonce la couleur. Au nom du droit d’auteur visiblement peu ou prou assimilé par la plupart de ceux en réclament les fruits. A tort ou à raison.
Dobell | Le Messager

