Cameroun : Le devoir d’indignation
Alors que le pays, touché par une crise de valeurs sans précédents, connait une grave et sempiternelle dégradation des conditions de vie, le Camerounais, comme sous anesthésie générale, donne l’impression de ne pas être concerné. Spectateur de son propre drame, il semble attendre de manière candide d’en sortir par la faveur de Dame Chance. –
Alors que le pays, touché par une crise de valeurs sans précédents, connait une grave et sempiternelle dégradation des conditions de vie, le Camerounais, comme sous anesthésie générale, donnel’impression de ne pas être concerné. Spectateur de son propre drame, il semble attendre de manière candide d’en sortir par la faveur de Dame Chance. Les signaux qui émanent des hautes sphères de la république, lui indique, une forme d’espérance. Une espérance matérialisée non pas par la compétence, mais par des raccourcis qui lui permettront d’atteindre les cimes sans grands efforts.
Doté d’une terre remarquablement fertile,le pays ne parvient plus à nourrir convenablement ses enfants. Des enfants, dont les qualités, reconnues et éprouvées hors de ses frontières, finissent en général dans un abîme de médiocrité, une fois qu’ils sont rentrés au pays. Embarqués dans une course effrénée vers l’abondance matérielle, ils n’hésitent pas à substituer les bonnes pratiques de gestion aux vulgaires méthodes de voyous. Des méthodes qui devraient leur permettre de prendre la plus grande part du « gâteau national ». Une gabegie condamnée ailleurs, mais louée au Cameroun. Permettez-vous de vous en offusquer, vous vous verrez qualifié de « minable jaloux ».
Pendant que l’électricité continuesa parade vers la tombe, le Camerounais, d’un naturel ingénieux, plutôt que de s’indigner, cherche des moyens decontournement. Il s’achète une bougie, une lampe-tempête ou pour le plus aisé,un groupe électrogène. Il perd ses aliments achetés par le fruit de son effortet ne s’en offusque même plus. Un proche décède sur une table d’opération suiteà une coupure de courant, il ne s’exaspère pas plus. Il le mettra sur le compte de la malchance. Ses enfants s’abîment les yeux en apprenant leurs leçons à la lueur d’une chandelle ; ils mettront des lunettes ce n’est pas bien grave.Ils auront l’allure de l’intellectuel parfait, c’est plutôt un « gain ».
Lorsque l’eau du robinet change de couleur, au lieu de s’indigner, il cherche des points de vente d’eau plus au moins potable. Les forages des brasseries sont alors été littéralement pris d’assaut. Quand la coulée des robinets passent à l’étape d’accidentelle, comme si elle voulait déplacer le Cameroun de l’équateur vers le Sahara, au lieu de s’en offusquer, le moins nanti se dirige vers la rigole la plus proche et le plus aisé creuse un puits. Les routes s’abiment,il s’offre un véhicule « tout terrain » ou à s’installe tout simplement sur une moto. Pendant ce temps, les dirigeants qui dans un autre pays, auraient eu des comptes à rendre, dorment du sommeil du juste.
L’insécurité s’installe dans ses cités, il ne s’éreinte pas à demander des comptes au pouvoir public, mais s’organise en auto-défense et le plus fortuné installe des cameras de surveillance. Des restes humains sont retrouvés à proximité de sa résidence, il espère juste ne jamais croiser les sorciers responsables de ces crimes rituels. Le choléra et toutes sortes d’épidémies d’une autre époque s’acharnent à détruire sa santé, il se réfugie dans de longues veillées de prière. La voirie municipale oublie d’annoncer son changement de métier, il n’en a cure. Il enjambe les immondices en se bouchant le nez.
Débrouillard par essence, il semble avoir oublié un des devoirs primordiaux à l’évolution de l’être humain.Un devoir au moins aussi important que le paiement de ses impôts. Un devoir dont le manquement devrait être pénalement condamnable : celui de s’indigner. La placidité dont Il fait preuve, si elle perdure, fera incontestablement de lui un complice de la destruction de son pays. Un complice de la lâcheté de ses ainés. Un complice de l’errance prochaine de ses enfants.
Alors, jeunes du Cameroun, manquez de respect à vos parents, cette fois c’est un devoir et même une obligation :INDIGNEZ VOUS !!!!!
Écrit par Alain-François Epee

