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De la tyrannie des dogmes ou la tentation d’essentialiser … ! (Emile Mpoudi Ekwa)

L’inépuisable questionnement prenant pour objet le fond de ce qui nous détermine -dont nous ignorons par ailleurs les neuf dixièmes,selon Freud – engage entre autres aspects le rapport à l’idée que nous nous faisons de la vérité,spéculative ou pragmatique,univoque ou plurielle…! –

Aux prises avec les aspérités du réel,produit de l’intemporel chevauchement du hasard et de la nécessité,étrangement nous nous persuadons avec fatuité,au fil de l’Histoire et à mesure que,artificiellement ou non se dénoue la chaîne des servitudes et des manques liés à notre condition,d’être légitimes à nous regarder en conquérants irrésistibles,et,sous prétexte de prouesses technologiques, d’être en route pour la gloire ultime qui s’attacherait à une domination irréversible de l’univers dans la moindre de ses sibyllines profondeurs,alors même précisément qu’en fait de conquêtes à cet égard,le bilan de notre génie inventif,rapporté à la complexe infinitude du cosmos semble correspondre,jusqu’à plus ample informé,plutôt à des ersatz dérisoires,tout juste spectaculaires à l’occasion…!Au nom d’une irréductible quête d’absolu se cristallise,réfutant le conventionnalisme de l’appareil linguistique,une forme de mythification du mot,inclinant à investir celui-ci d’un pouvoir de duplication radicale de la réalité vécue,quand ce ne seraient pas de celui de reproduction mimétique d’une supra-réalité phantasmée,d’actualisation intégrale d’un arrière-monde supposé…!Ainsi se construit-il une sorte d’infra-discours qui,insensiblement,en vient à subvertir l’économie sémantique du modèle de référence ,et à induire des stéréotypes essentialisants:dans son évolution historique,la pensée occidentale,longtemps avant l’avènement de Socrate et de la philosophie proprement dite,a été captive de dogmes,c’est-à-dire globalement de présupposés pris comme substrat à partir duquel étaient postulés des systèmes d’explication du monde!Transgressant cette tradition,Pyrrhon et ses disciples,au IV avant J.-C.,inaugurent quant à eux la culture du doute critique,redynamisée des siècles plus tard – au XVIIIè précisément -,sous l’influence de penseurs  sceptiques aussi notables que Hume et Kant…!Même si elle peut revêtir,le cas échéant,des expressions nuancées,l’affirmation du rejet de l’esprit d’absolutisation est explicitement commune à ces perspectives:pour les Pyrrhoniens,la notion de certitude ne saurait s’appliquer à la connaissance,et il n’est rien que l’on soit fondé à affirmer dont on ne serait pas recevable,avec autant de raisons,à dire le contraire…!Mais l’acception générique du scepticisme en tant qu’il nie la possibilité d’atteindre une vérité certaine en quelque domaine particulier que ce soit,recoupe le positionnement de David Hume et Emmanuel Kant,qui,tout en entérinant les capacités cognitives de la raison,dénie à celle-ci la possibilité d’accéder à un savoir universel assuré…!Advenu dans le sillage de la Renaissance,le règne tout-puissant de la Raison amorce en ces termes un reflux dont le XIXè siècle ,sous l’impulsion de ceux que l’on a appelés les "Philosophes du soupçon"-Marx,Freud,Nietzsche- ne fera que acter la confirmation …!Consubstantiel avec la Modernité,l’espérance de réenchanter le monde,peu à peu s’est diluée dans un désabusement collectif associé à la Postmodernité:des pans entiers des "Sciences humaines",confrontés à la rigueur du filtre épistémologique,se sont abîmés dans des travers généralisants,bien souvent jusqu’à la caricature;d’où cette insidieuse suspicion devenue de mise à l’égard d’un certain type de contenus,faisant de la prise en compte des arrière-plans,selon qu’ils sont idéologiquement orientés ou non,de la nature des financement des travaux de recherche,des liens éventuels des auteurs avec les milieux du pouvoir politique un enjeu de légitimité critique… !Dans sa rémanence,l’état de crise de la Raison retentit dans la Science,sous la forme d’une mise à distance de l’essentiel des représentations dont celle-ci naguère était  l’objet…!Ici comme en d’autres branches de la connaissance,la productivité des dogmes compense une déperdition relative de la substance…!L’acte de langage,axiomatisant l’idée selon laquelle "DIRE C’EST FAIRE",va-t-il par conséquent prospérer dans l’extension de ses limites formelles?Et en venir à s’impatroniser comme catégorie normative?Au pis-aller,semblable transmutation malgré tout ne saurait aboutir à assimiler le progrès à une trajectoire linéaire,la Raison à un ustensile achevé,la Science au réceptacle des certitudes intangibles,quoique l’on puisse admettre que dans son contenu,ses procédures d’articulation et sa visée,le discours exempté de toute variable essentialisante a tout d’un paradigme improbable,ne serait-ce qu’en ce qu’il apparaîtrait désincarné,c’est-à-dire détaché de la réalité…!Comment,dès lors,en nous tournant vers les fins -aussi bien expérimentables que métaphysiques – auxquelles nous assigne le désir de liberté,éviter de questionner le sens même de nos quêtes?Où le situer?Dans l’aperception monosémique d’une vérité elle-même univoque,immobile,éternitaire?Ou dans les limbes d’une attente de vérités successives et contradictoires,ne s’accomplissant que dans le discontinu et l’éphémère?La vitalité du dogme,synonyme à nos yeux de productrice par une pensée en déshérence de déterminismes privés de légitimité discursive,tiendrait-elle alors au vide comblé par cette ontologique ambiguïté ?A moins de convenir une fois pour toutes de notre basculement dans une esthétique de rupture d’avec l’héritage des "Lumières",et d’en assumer les présupposés sémiologiques…!Apparaîtrait ainsi,dans tout l’éclat de sa symbolique,la figure prévalente de la nouvelle ère,celle de la communication,où,mue par une dynamique d’attraction centrifuge,la culture jadis matrice des références conceptuelles en est réduite à la périphérisation de son projet,et ses outils livrés à l’abaissement du récyclage….!A la dissymétrie déjà rédhibitoire entre structures grammaticales et structures logiques vient se superposer,en termes d’articulation du discours, la tutelle d’un ordre typiquement contemporain,l’ordre de la Com’,conçu pour circonvenir,à partir de raccourcis,de subterfuges codifiés à dessein…!Le meilleur terreau,à tout prendre,pour une critallisation en dogmes d’apriorismes déguisés,une sublimation de la tentation d’essentialiser,aux dépens,en tant que ressort essentiel du composé véritablement humain,de la pensée critique…!  

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