LEJEUNE AU GOUVERNEMENT…

Celui qui était encore, hier avant le  » décret », l’Ambassadeur du Cameroun en France, Mbella Mbella, 66 ans, est enfin au Gouvernement. Une nouvelle qu’il attendait depuis longtemps, guignant un temps le Sénat. La récompense d’un militant exalté du RDPC. –

 



C’était le poulain de Laurent Esso, inscrit dans les petits papiers du remaniement de 2011. L’ancien Secrétaire général de la Présidence de la République en avait fait un ministre. Putatif ! Après l’avoir positionné à Paris, suite au refus des autorités françaises d’accréditer le candidat au poste d’Ambassadeur à Paris proposé par le chef de l’Etat. 

La rumeur aussi. La presse pour enrober l’espoir. Que de strapontins, entre la Communication, la Culture, le Cabinet civil, dans les colonnes de journaux depuis cinq ans pratiquement ! 

Il s’y est alors investi en haut commis de l’Etat. L’ambition d’une vie, démontrant des qualités et une créativité certaine, depuis sa nomination en 2006, voici près de dix ans, en remplacement du regretté Pascal Biloa Tang. 

Avec des faits d’armes probants : un effort de maintenance des bâtiments de la Mission diplomatique, de rationalisation de l’accueil des membres du Gouvernement, le développement de la diplomatie dite de proximité, s’attachant à valoriser les efforts de la diaspora, etc. Un travail que lui reconnaissent beaucoup, qui tranchait avec des pratiques antérieures.

Personnellement, je lui reconnais une certaine intelligence et une capacité d’initiative digne d’intérêt. 

Mais les " atouts " et les cartes de l’Ambassadeur sortant du Cameroun en France sont ailleurs, en regard des formes classiques de l’accession au Gouvernement au Cameroun. 

Nommé Ministre des Relations Extérieures, lors du réaménagement du 02 octobre, consécration d’une carrière dans la diplomatie débutée en 1979, il a joué de deux cordes dans un arc acéré.

D’abord, une veine de tous les instants, ce que Machiavel, maître à penser du président Biya et d’une grande partie de l’élite au pouvoir désigne par la fortune. Mbella Mbella a été proche du ciel, ayant été l’hôte du chef de l’Etat une kyrielle de fois, au cours de visites aussi bien officielles, de travail ou privées, avec en bonus l’organisation de cérémonies en l’honneur de la Première Dame.

En général, dans la société de Cour, que décrit Luc Sindjoun dans un article retentissant de la revue Politique Africaine, avoir l’oreille du Chef, même un court instant peut servir. La visite, mieux l’escale polie de François Hollande au Cameroun, est venue, eu égard à l’obsession inlassable du président pour ce projet, paver son chemin vers Yaoundé. 

Comment oublier ce communiqué de démenti publié à la suite d’evocations par la presse française de la santé du chef de l’État ?

Ensuite, et c’est le plus décisif, une flamme ardente de militant du RDPC. L’ Ambassadeur, dans ses premiers moments, avait, s’habillant du costume du réformiste, donné des signes d’éthique républicaine. En témoigne, une prise de distance à l’égard du Bureau de la Section, et fait inédit, le refus de la réadmission de la Permanence du Parti dans les locaux de la Mission Diplomatique, au rez-de chaussée. Depuis l’Unc, le parti au pouvoir, après son changement de nom en 1985, disposait d’un vaste espace, lieu de plaisance ou de travail, selon les humeurs du patron et de l’équipe de Section. 

Mais froid et lucide, visant son but unique, l’accession au gouvernement, il mettra de l’eau dans son vin. Par quels moyens ? Maxime de base du secrétaire florentin : le réalisme. Pour atteindre ses objectifs, pas de dogme ou de doctrine, juste le service et la gloire du Chef et de son Parti. L’attention aux faits, à l’état des lieux, aux rapports de force. 

Au Cameroun, on loue ou on sort. On chante ou on déchante. Son Excellence l’a bien assimilé. Il fera de la Salle des Fêtes de l’Ambassade, un haut lieu de réjouissances et de célébrations de Paul Biya, sous le sceau du Rdpc. Homme de caractère, il le revendique et joue de sa bonhomie pour exalter ses hauts faits de militant. Un homme qui assume, ça force le respect ! 

Exit, la neutralité de l’Etat, c’est en écharpe et pagne joliment coupé du R…que l’Ambassadeur, son staff et les Sections investiront les lieux, lui conférant un rôle univoque : sanctifier le Président ! Rien qui soit permis à d’autres formations politiques dans l’hypothèse d’une ouverture et d’une éthique républicaine. 

Paris devient donc le tremplin de choix pour le mettre en lumière. Véritable parrain, il a le contrôle de toute l’activité des sections extérieures en France. Il en est récompensé une première fois, en 2011, introduit dans le sacro-saint de son parti, parmi les 204 membres titulaires élus du Comité central. 

En selle, les grandes manœuvres ont pris le pas. Au fil des rumeurs et de l’agacement de l’opinion, d’une quête de nouveau souffle dans l’appareil gouvernemental, l’espoir renait. Encaissant les coups, déjouant les pronostics, croyant en son étoile, il fera de la résilience, une arme. Rebondir en agissant sous les yeux des caméras, lui qui avait compris l’intérêt de la communication. Contrôler sa base et " sa diaspora ", au point d’en nommer les représentants. Ne louper aucune occasion d’être présent à Yaoundé. Surtout, cajoler et entretenir le Parti. 

Il a tout compris du système. Paul Biya Oyé ! Comme les 33 tours de Dina Bell et Sam Fan Thomas qu’il adore, ce disque n’est pas rayé. Chapeau l’artiste !

Abdelaziz Moundé

 

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