Grossière manipulation
Comme par hasard, une centaine de barrières de feu sont donc tombées du ciel pour atterrir net sur le tronçon Cogefar / Aéroport sur la route Yaoundé / Douala. Il n’y a que des esprits mal tournés pour penser que ce qui s’est passé après l’annulation du meeting est ce qui devait se passer après la marche très pacifique prévue.
Mais à trop se montrer intelligent, ceux qui jouent avec le feu dans l’ombre finissent par laisser des indices sur leurs desseins réels.
Et d’abord sur les lieux des manifestations ou des marches. Depuis le début de l’agitation politico-sociale que l’on relie à une éventuelle révision constitutionnelle, des manifestations ont été programmées à Ndokoti, à Bépanda et, samedi dernier, à Madagascar. Des places qui, d’ordinaire et à toutes les heures du jour, grouillent de monde. Des centaines de jeunes oisifs y tuent le temps comme chargeurs de … taxis ou comme voleurs à la tire ou même comme agresseurs. Nul besoin donc d’organiser une manifestation politique en ces lieux pour y attirer des foules, elles y sont toujours.
Ceux qui prétendent organiser des manifestations à ces endroits font donc plus dans la manipulation de ces couches sociales ouvertes à tous les vents. Ces désoeuvrés trouvent en ces manifestations une occasion comme une autre de s’occuper en cassant ou en volant au prétexte d’une charge des forces de l’ordre.
Ensuite le motif même des manifestations : la révision de la Constitution. Pour un sujet aussi politique, on peut être surpris que les mouvements de protestation se déroulent à la périphérie … de la périphérie. La capitale politique semble mieux se prêter – au moins symboliquement – à de telles joutes. Et quand bien même on viendrait à choisir une ville prétendument frondeuse comme Douala, on comprend mal que de telles manifestations désertent le quartier administratif ou tout au moins le centre ville pour se fondre dans les dédales des quartiers populaires.
Enfin, ces manifestations à la périphérie apparaissent comme des prétextes au déclenchement d’actes de violence préparés. Sur les dernières émeutes de la nuit de samedi à dimanche, il est difficile de comprendre que les organisateurs de la manifestation aient choisi d’annoncer son annulation seulement à la tombée de la nuit. Difficile aussi d’admettre qu’une centaine de barrières de feu aient pu être dressées aussi spontanément dans la nuit sur la voie publique. Alors que la prétendue manifestation n’avait pas attiré des foules.
Dès lors, la déclaration des chefs Sawa du Wouri prend tout son sens. Elle stigmatisait « énergiquement » les « pernicieux phénomènes » qui visent à installer une atmosphère de « malaise quasi permanent » propice aux débordements sociaux.
Une centaine de barrières de feu sur une route, ça marque les esprits, ça laisse des traces visibles et, surtout, ça peut susciter des vocations. Un mauvais climat que certains veulent brandir comme un trophée politique. Ca sent la manipulation.
R. D. LEBOGO NDONGO

