Controverse autour de l’audition du PM
Affaire Albatros :
Les avis divergent sur les conditions de l’interrogation d’Ephraim Inoni dans le cadre de l’affaire de l’avion présidentiel.
Jean Francis Belibi
Dans son édition n° 2143 du 28 avril dernier, votre journal annonçait que dans le cadre des auditions sur l’affaire de l’avion présidentielle dite " affaire Albatros " et à la suite de l’ancien ministre d’Etat secrétaire général de la Présidence de la République Jean Marie Atangana Mebara, l’ancien administrateur directeur général de la Cameroon Airlines (Camair), Yves Michel Fotso et l’actuel Premier ministre, Ephraïm Inoni, allaient également être auditionnés. Si l’ancien patron de la Camair a effectivement été entendu pendant cinq heures dans les locaux de la direction de la Police judiciaire au quartier Elig Essono à Yaoundé le mercredi 30 avril 2008, le doute persistait sur la possibilité d’entendre le chef du Gouvernement alors que celui-ci est encore en fonction.
A ce jour, des informations divergentes circulent au sujet de l’audition d’Ephraïm Inoni. Des sources policières affirment en effet que le chef du Gouvernement a reçu la visite des éléments de la Sous direction des enquêtes économiques et financières de la Police judiciaire dans la journée du mardi 29 avril 2008 dans ses services pour son audition dans le cadre de l’affaire de l’avion présidentiel dont les faits remontent à son passage à la présidence de la République, alors qu’il occupait le poste de secrétaire général adjoint, mais particulièrement en sa qualité de président du conseil d’administration de Apm Cameroun, société à laquelle on prête un rôle important dans l’affaire Albatros.
Une information qui n’est pas entièrement partagée au sein de l’entourage du Premier ministre dont certains proches collaborateurs relèvent deux arguments majeurs. Le premier est technique " L’actuel Premier ministre n’a pas joué de rôle dans cette affaire, parce qu’il a été nommé Pca de Apm Cameroun au cours d’une Assemblée générale où il était absent. Il est également constant qu’il n’est pas actionnaire de cette structure et n’a pris aucun acte en cette qualité au sein d’un conseil d’administration qui, au demeurant, n’a jamais siégé après sa constitution ".
Le second argument évoqué par l’entourage du Premier ministre serait d’ordre à la fois juridique et politique : " Il est difficile de faire entendre un Premier ministre en fonction dans le cadre actuel du fonctionnement de nos institutions, en dehors d’affaires strictement privées, parce que de part la nature de sa fonction et sa position administrative, seul le président de la République, patron du parquet et supérieur hiérarchique, est habilité à donner une telle instruction écrite qui déclencherait l’opération. De manière logique, une pareille instruction ne peut être donnée que dans le cadre d’un simple témoignage sans grande portée. Parce que, s’il doit répondre du fond d’un dossier en rapport avec le fonctionnement des institutions de la République, il se libère, ou on le libère de ses fonctions, pour qu’il se mette à la disposition de la justice. Nous n’en sommes sans doute pas encore là ".
Nous avons pu recueillir l’avis de Me Atangana Ayissi, avocat au barreau du Cameroun. Il estime en effet que bien que le Premier ministre ne puisse pas être convoqué dans les locaux de la police alors qu’il est encore en fonction, "rien n’exclut son audition dans le cadre d’une affaire en cours ", même si selon lui, il est important de savoir " en quelle qualité il est entendu ". La réponse à cette interrogation est trouvée par son confrère Faustin Ntede pour qui, et d’après les dispositions réglementaires en vigueur "le Premier ministre comme les autres membres du Gouvernement en exercice peuvent être entendus comme témoins dans le cadre d’une affaire ". Il précise que dans ce cas " leurs dépositions ne peuvent être utilisées que s’ils sont déchargées de leurs fonctions… "
L’imbroglio autour d’une vraie ou fausse audition du Premier ministre Inoni Ephraim dans le cadre de l’affaire Albatros en cours vient de ce que aucune communication officielle et transparente n’est faite par les pouvoirs publics autour de cette affaire, et parce que l’information sur une éventuelle audition du Pm serait venue d’une confidence de Jean Marie Atangana Mebara à la suite de son audition à lui dans les locaux de la police judiciaire de Yaoundé, vendredi le 23 avril dernier.

