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Christian Tumi : Je conseillerais à Paul Biya de ne pas se représenter en 2011

L’archevêque de Douala s’est exprimé hier sur les ondes de Rfi sur la démocratie au Cameroun, sur la visite du pape et sur l’Eglise en Afrique.

ImageLe prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, ne faisait pas mystère sur son attachement à l’Afrique.

Benoît XVI arrive avec une autre image, moins chaleureuse et, peut-être, plus distante. Comment jugez-vous cette relation entre l’Afrique et ce pape ?

Bien sûr, le pape Benoît XVI regarde la vie sociale de notre continent. Et c’est pourquoi il a approuvé comme thème pour le prochain synode des évêques pour l’Afrique qui aura lieu en octobre la réflexion de toute l’Eglise qui est en Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix. Tout le monde sait bien que notre continent est vraiment en difficulté. On sait qu’il y a des guerres civiles, des gens qui ne veulent plus quitter le pouvoir, même s’ils ne sont pas acceptés par leur peuple.  Je crois que c’est un thème qui est d’actualité. Nous allons avoir une petite réflexion là dessus à Yaoundé avant de nous donner l’instrumentum laborium, c’est-à-dire l’instrument de travail du prochain synode qui s’annonce.

Le prochain synode spécial des évêques pour l’Afrique aura lieu en octobre prochain. La notion de l’inculturation, c’est-à-dire de la prise en compte des traditions locales, ne fait plus partie du programme, contrairement aux précédents synodes. Est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Non. Je ne le regrette pas. Ce n’est pas à tous les synodes que l’on doit parler de l’inculturation. Nous essayons maintenant d’appliquer ce qui est contenu dans les documents du premier synode africain. Ce qui est très important  actuellement, c’est la traduction de la parole de Dieu en nos langues. Il faut que les gens écoutent la parole de Dieu en leur langue.

Comment voyez-vous évoluer l’Eglise catholique en Afrique, notamment face à la concurrence des Eglises nouvelles ?

Nous ne sommes pas inquiets de la présence de ces Eglises. Parce que certaines sont fondées pour s’enrichir. En ce qui concerne Douala où je suis archevêque, nous avons effectué une étude sur la présence de ces mouvements religieux. Nous avons au moins une centaine ici qui viennent des Etats-Unis par le biais du Nigeria. Et comme certains le disent, si vous voulez être riche très rapidement, fondez une Eglise et devenez le gourou de cette Eglise. L’Eglise catholique ne doit pas s’occuper de ces nouvelles religions. Il faut qu’elle s’occupe d’elle-même (…).

Est-ce que la démocratie est une valeur chrétienne ?

Ah ! Oui, c’est sûrement une valeur chrétienne. Sans la liberté, il n’y a pas l’homme. On ne peut pas imaginer une démocratie sans la liberté de choisir ses propres gouvernants.

Comment vous situez-vous face à la révision de la constitution par le président Biya qui lui permettra de se représenter à la prochaine présidentielle ?

Si j’étais le président actuel, je dirais que j’ai fait réviser la constitution pour le bien du pays. Je ne serais pas candidat en 2011.

C’est le conseil que vous lui donnez ?

C’est le conseil que je lui donnerais s’il me demandait un conseil.

Est-ce qu’il vous le demande de temps en temps ?

Non, non. Pas du tout.

A propos des émeutes de la faim de l’an dernier qui ont fait plusieurs de dizaines morts le gouvernement a parlé de 40 morts, les associations des droits de l’homme (notamment l’Acat, Mouvement catholique pour l’abolition de la torture) parlent de plus de cent morts et accusent également la police d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants

Oui.

L’Eglise n’a-t-elle pas le moyen de s’élever contre ces atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression en général ?

Chaque fois que l’occasion se présente, les évêques rédigent un communiqué. Et pour les émeutes de 2008, nous avons adressé un message aux jeunes. J’ai moi-même adressé une lettre à la jeunesse pour lui dire que ce n’est pas bien de casser, mais c’est bien de faire connaître ses mécontentements. C’est chose normale.

Et vous avez envoyé une lettre au pouvoir ?

Oui.

Pour lui dire quoi ?

Pour lui dire qu’il faut le dialogue à temps et à contre-temps. Avec l’homme, la force ne règle absolument rien.

Monseigneur Tumi, l’assassinat de plusieurs religieux camerounais n’a toujours pas été élucidé. Notamment le dernier en date du père Mekong le 24 décembre dernier. Vous avez eu une réponse du pouvoir camerounais concernant ce dernier ?

Non pas encore. Mon collègue a été assassiné à Ngaoundéré. Et jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas de résultat depuis le lancement de l’enquête. 

Le pape va à nouveau reparler de ce dossier-là ?

Peut-être va-t-il encore revenir sur ces dossiers-là. Au moins en privé avec le président de la République.

Monseigneur Tumi, vous qui avez consacré toute votre vie à l’église camerounaise. Que souhaitez-vous pour votre pays pour l’avenir ?

La paix et rien que la paix. Sans la paix, Madame, nous ne pouvons rien. Je ne crois pas que les Camerounais sont vraiment en paix. Parce que c’est difficile pour les familles de se nourrir. Un père de famille qui ne peut pas nourrir sa famille, qui ne peut pas soigner ses enfants ou sa femme, qui ne peut pas envoyer ses enfants à l’école ne peut pas être en paix. La paix, pour moi,  c’est avoir le minimum nécessaire pour vivre comme un  être humain.

Propos recueillis par Rfi et

retranscrits par Beaugas-Orain Djoyum

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Christian Tumi : Je conseillerais à Paul Biya de ne pas se représenter en 2011

L’archevêque de Douala s’est exprimé hier sur les ondes de Rfi sur la démocratie au Cameroun, sur la visite du pape et sur l’Eglise en Afrique.

ImageLe prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, ne faisait pas mystère sur son attachement à l’Afrique.

Benoît XVI arrive avec une autre image, moins chaleureuse et, peut-être, plus distante. Comment jugez-vous cette relation entre l’Afrique et ce pape ?

Bien sûr, le pape Benoît XVI regarde la vie sociale de notre continent. Et c’est pourquoi il a approuvé comme thème pour le prochain synode des évêques pour l’Afrique qui aura lieu en octobre la réflexion de toute l’Eglise qui est en Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix. Tout le monde sait bien que notre continent est vraiment en difficulté. On sait qu’il y a des guerres civiles, des gens qui ne veulent plus quitter le pouvoir, même s’ils ne sont pas acceptés par leur peuple.  Je crois que c’est un thème qui est d’actualité. Nous allons avoir une petite réflexion là dessus à Yaoundé avant de nous donner l’instrumentum laborium, c’est-à-dire l’instrument de travail du prochain synode qui s’annonce.

Le prochain synode spécial des évêques pour l’Afrique aura lieu en octobre prochain. La notion de l’inculturation, c’est-à-dire de la prise en compte des traditions locales, ne fait plus partie du programme, contrairement aux précédents synodes. Est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Non. Je ne le regrette pas. Ce n’est pas à tous les synodes que l’on doit parler de l’inculturation. Nous essayons maintenant d’appliquer ce qui est contenu dans les documents du premier synode africain. Ce qui est très important  actuellement, c’est la traduction de la parole de Dieu en nos langues. Il faut que les gens écoutent la parole de Dieu en leur langue.

Comment voyez-vous évoluer l’Eglise catholique en Afrique, notamment face à la concurrence des Eglises nouvelles ?

Nous ne sommes pas inquiets de la présence de ces Eglises. Parce que certaines sont fondées pour s’enrichir. En ce qui concerne Douala où je suis archevêque, nous avons effectué une étude sur la présence de ces mouvements religieux. Nous avons au moins une centaine ici qui viennent des Etats-Unis par le biais du Nigeria. Et comme certains le disent, si vous voulez être riche très rapidement, fondez une Eglise et devenez le gourou de cette Eglise. L’Eglise catholique ne doit pas s’occuper de ces nouvelles religions. Il faut qu’elle s’occupe d’elle-même (…).

Est-ce que la démocratie est une valeur chrétienne ?

Ah ! Oui, c’est sûrement une valeur chrétienne. Sans la liberté, il n’y a pas l’homme. On ne peut pas imaginer une démocratie sans la liberté de choisir ses propres gouvernants.

Comment vous situez-vous face à la révision de la constitution par le président Biya qui lui permettra de se représenter à la prochaine présidentielle ?

Si j’étais le président actuel, je dirais que j’ai fait réviser la constitution pour le bien du pays. Je ne serais pas candidat en 2011.

C’est le conseil que vous lui donnez ?

C’est le conseil que je lui donnerais s’il me demandait un conseil.

Est-ce qu’il vous le demande de temps en temps ?

Non, non. Pas du tout.

A propos des émeutes de la faim de l’an dernier qui ont fait plusieurs de dizaines morts le gouvernement a parlé de 40 morts, les associations des droits de l’homme (notamment l’Acat, Mouvement catholique pour l’abolition de la torture) parlent de plus de cent morts et accusent également la police d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants

Oui.

L’Eglise n’a-t-elle pas le moyen de s’élever contre ces atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression en général ?

Chaque fois que l’occasion se présente, les évêques rédigent un communiqué. Et pour les émeutes de 2008, nous avons adressé un message aux jeunes. J’ai moi-même adressé une lettre à la jeunesse pour lui dire que ce n’est pas bien de casser, mais c’est bien de faire connaître ses mécontentements. C’est chose normale.

Et vous avez envoyé une lettre au pouvoir ?

Oui.

Pour lui dire quoi ?

Pour lui dire qu’il faut le dialogue à temps et à contre-temps. Avec l’homme, la force ne règle absolument rien.

Monseigneur Tumi, l’assassinat de plusieurs religieux camerounais n’a toujours pas été élucidé. Notamment le dernier en date du père Mekong le 24 décembre dernier. Vous avez eu une réponse du pouvoir camerounais concernant ce dernier ?

Non pas encore. Mon collègue a été assassiné à Ngaoundéré. Et jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas de résultat depuis le lancement de l’enquête. 

Le pape va à nouveau reparler de ce dossier-là ?

Peut-être va-t-il encore revenir sur ces dossiers-là. Au moins en privé avec le président de la République.

Monseigneur Tumi, vous qui avez consacré toute votre vie à l’église camerounaise. Que souhaitez-vous pour votre pays pour l’avenir ?

La paix et rien que la paix. Sans la paix, Madame, nous ne pouvons rien. Je ne crois pas que les Camerounais sont vraiment en paix. Parce que c’est difficile pour les familles de se nourrir. Un père de famille qui ne peut pas nourrir sa famille, qui ne peut pas soigner ses enfants ou sa femme, qui ne peut pas envoyer ses enfants à l’école ne peut pas être en paix. La paix, pour moi,  c’est avoir le minimum nécessaire pour vivre comme un  être humain.

Propos recueillis par Rfi et

retranscrits par Beaugas-Orain Djoyum

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Christian Tumi : Je conseillerais à Paul Biya de ne pas se représenter en 2011

L’archevêque de Douala s’est exprimé hier sur les ondes de Rfi sur la démocratie au Cameroun, sur la visite du pape et sur l’Eglise en Afrique.

ImageLe prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, ne faisait pas mystère sur son attachement à l’Afrique.

Benoît XVI arrive avec une autre image, moins chaleureuse et, peut-être, plus distante. Comment jugez-vous cette relation entre l’Afrique et ce pape ?

Bien sûr, le pape Benoît XVI regarde la vie sociale de notre continent. Et c’est pourquoi il a approuvé comme thème pour le prochain synode des évêques pour l’Afrique qui aura lieu en octobre la réflexion de toute l’Eglise qui est en Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix. Tout le monde sait bien que notre continent est vraiment en difficulté. On sait qu’il y a des guerres civiles, des gens qui ne veulent plus quitter le pouvoir, même s’ils ne sont pas acceptés par leur peuple.  Je crois que c’est un thème qui est d’actualité. Nous allons avoir une petite réflexion là dessus à Yaoundé avant de nous donner l’instrumentum laborium, c’est-à-dire l’instrument de travail du prochain synode qui s’annonce.

Le prochain synode spécial des évêques pour l’Afrique aura lieu en octobre prochain. La notion de l’inculturation, c’est-à-dire de la prise en compte des traditions locales, ne fait plus partie du programme, contrairement aux précédents synodes. Est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Non. Je ne le regrette pas. Ce n’est pas à tous les synodes que l’on doit parler de l’inculturation. Nous essayons maintenant d’appliquer ce qui est contenu dans les documents du premier synode africain. Ce qui est très important  actuellement, c’est la traduction de la parole de Dieu en nos langues. Il faut que les gens écoutent la parole de Dieu en leur langue.

Comment voyez-vous évoluer l’Eglise catholique en Afrique, notamment face à la concurrence des Eglises nouvelles ?

Nous ne sommes pas inquiets de la présence de ces Eglises. Parce que certaines sont fondées pour s’enrichir. En ce qui concerne Douala où je suis archevêque, nous avons effectué une étude sur la présence de ces mouvements religieux. Nous avons au moins une centaine ici qui viennent des Etats-Unis par le biais du Nigeria. Et comme certains le disent, si vous voulez être riche très rapidement, fondez une Eglise et devenez le gourou de cette Eglise. L’Eglise catholique ne doit pas s’occuper de ces nouvelles religions. Il faut qu’elle s’occupe d’elle-même (…).

Est-ce que la démocratie est une valeur chrétienne ?

Ah ! Oui, c’est sûrement une valeur chrétienne. Sans la liberté, il n’y a pas l’homme. On ne peut pas imaginer une démocratie sans la liberté de choisir ses propres gouvernants.

Comment vous situez-vous face à la révision de la constitution par le président Biya qui lui permettra de se représenter à la prochaine présidentielle ?

Si j’étais le président actuel, je dirais que j’ai fait réviser la constitution pour le bien du pays. Je ne serais pas candidat en 2011.

C’est le conseil que vous lui donnez ?

C’est le conseil que je lui donnerais s’il me demandait un conseil.

Est-ce qu’il vous le demande de temps en temps ?

Non, non. Pas du tout.

A propos des émeutes de la faim de l’an dernier qui ont fait plusieurs de dizaines morts le gouvernement a parlé de 40 morts, les associations des droits de l’homme (notamment l’Acat, Mouvement catholique pour l’abolition de la torture) parlent de plus de cent morts et accusent également la police d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants

Oui.

L’Eglise n’a-t-elle pas le moyen de s’élever contre ces atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression en général ?

Chaque fois que l’occasion se présente, les évêques rédigent un communiqué. Et pour les émeutes de 2008, nous avons adressé un message aux jeunes. J’ai moi-même adressé une lettre à la jeunesse pour lui dire que ce n’est pas bien de casser, mais c’est bien de faire connaître ses mécontentements. C’est chose normale.

Et vous avez envoyé une lettre au pouvoir ?

Oui.

Pour lui dire quoi ?

Pour lui dire qu’il faut le dialogue à temps et à contre-temps. Avec l’homme, la force ne règle absolument rien.

Monseigneur Tumi, l’assassinat de plusieurs religieux camerounais n’a toujours pas été élucidé. Notamment le dernier en date du père Mekong le 24 décembre dernier. Vous avez eu une réponse du pouvoir camerounais concernant ce dernier ?

Non pas encore. Mon collègue a été assassiné à Ngaoundéré. Et jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas de résultat depuis le lancement de l’enquête. 

Le pape va à nouveau reparler de ce dossier-là ?

Peut-être va-t-il encore revenir sur ces dossiers-là. Au moins en privé avec le président de la République.

Monseigneur Tumi, vous qui avez consacré toute votre vie à l’église camerounaise. Que souhaitez-vous pour votre pays pour l’avenir ?

La paix et rien que la paix. Sans la paix, Madame, nous ne pouvons rien. Je ne crois pas que les Camerounais sont vraiment en paix. Parce que c’est difficile pour les familles de se nourrir. Un père de famille qui ne peut pas nourrir sa famille, qui ne peut pas soigner ses enfants ou sa femme, qui ne peut pas envoyer ses enfants à l’école ne peut pas être en paix. La paix, pour moi,  c’est avoir le minimum nécessaire pour vivre comme un  être humain.

Propos recueillis par Rfi et

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Christian Tumi : Je conseillerais à Paul Biya de ne pas se représenter en 2011

L’archevêque de Douala s’est exprimé hier sur les ondes de Rfi sur la démocratie au Cameroun, sur la visite du pape et sur l’Eglise en Afrique.

ImageLe prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, ne faisait pas mystère sur son attachement à l’Afrique.

Benoît XVI arrive avec une autre image, moins chaleureuse et, peut-être, plus distante. Comment jugez-vous cette relation entre l’Afrique et ce pape ?

Bien sûr, le pape Benoît XVI regarde la vie sociale de notre continent. Et c’est pourquoi il a approuvé comme thème pour le prochain synode des évêques pour l’Afrique qui aura lieu en octobre la réflexion de toute l’Eglise qui est en Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix. Tout le monde sait bien que notre continent est vraiment en difficulté. On sait qu’il y a des guerres civiles, des gens qui ne veulent plus quitter le pouvoir, même s’ils ne sont pas acceptés par leur peuple.  Je crois que c’est un thème qui est d’actualité. Nous allons avoir une petite réflexion là dessus à Yaoundé avant de nous donner l’instrumentum laborium, c’est-à-dire l’instrument de travail du prochain synode qui s’annonce.

Le prochain synode spécial des évêques pour l’Afrique aura lieu en octobre prochain. La notion de l’inculturation, c’est-à-dire de la prise en compte des traditions locales, ne fait plus partie du programme, contrairement aux précédents synodes. Est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Non. Je ne le regrette pas. Ce n’est pas à tous les synodes que l’on doit parler de l’inculturation. Nous essayons maintenant d’appliquer ce qui est contenu dans les documents du premier synode africain. Ce qui est très important  actuellement, c’est la traduction de la parole de Dieu en nos langues. Il faut que les gens écoutent la parole de Dieu en leur langue.

Comment voyez-vous évoluer l’Eglise catholique en Afrique, notamment face à la concurrence des Eglises nouvelles ?

Nous ne sommes pas inquiets de la présence de ces Eglises. Parce que certaines sont fondées pour s’enrichir. En ce qui concerne Douala où je suis archevêque, nous avons effectué une étude sur la présence de ces mouvements religieux. Nous avons au moins une centaine ici qui viennent des Etats-Unis par le biais du Nigeria. Et comme certains le disent, si vous voulez être riche très rapidement, fondez une Eglise et devenez le gourou de cette Eglise. L’Eglise catholique ne doit pas s’occuper de ces nouvelles religions. Il faut qu’elle s’occupe d’elle-même (…).

Est-ce que la démocratie est une valeur chrétienne ?

Ah ! Oui, c’est sûrement une valeur chrétienne. Sans la liberté, il n’y a pas l’homme. On ne peut pas imaginer une démocratie sans la liberté de choisir ses propres gouvernants.

Comment vous situez-vous face à la révision de la constitution par le président Biya qui lui permettra de se représenter à la prochaine présidentielle ?

Si j’étais le président actuel, je dirais que j’ai fait réviser la constitution pour le bien du pays. Je ne serais pas candidat en 2011.

C’est le conseil que vous lui donnez ?

C’est le conseil que je lui donnerais s’il me demandait un conseil.

Est-ce qu’il vous le demande de temps en temps ?

Non, non. Pas du tout.

A propos des émeutes de la faim de l’an dernier qui ont fait plusieurs de dizaines morts le gouvernement a parlé de 40 morts, les associations des droits de l’homme (notamment l’Acat, Mouvement catholique pour l’abolition de la torture) parlent de plus de cent morts et accusent également la police d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants

Oui.

L’Eglise n’a-t-elle pas le moyen de s’élever contre ces atteintes aux droits de l’homme et à la liberté d’expression en général ?

Chaque fois que l’occasion se présente, les évêques rédigent un communiqué. Et pour les émeutes de 2008, nous avons adressé un message aux jeunes. J’ai moi-même adressé une lettre à la jeunesse pour lui dire que ce n’est pas bien de casser, mais c’est bien de faire connaître ses mécontentements. C’est chose normale.

Et vous avez envoyé une lettre au pouvoir ?

Oui.

Pour lui dire quoi ?

Pour lui dire qu’il faut le dialogue à temps et à contre-temps. Avec l’homme, la force ne règle absolument rien.

Monseigneur Tumi, l’assassinat de plusieurs religieux camerounais n’a toujours pas été élucidé. Notamment le dernier en date du père Mekong le 24 décembre dernier. Vous avez eu une réponse du pouvoir camerounais concernant ce dernier ?

Non pas encore. Mon collègue a été assassiné à Ngaoundéré. Et jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas de résultat depuis le lancement de l’enquête. 

Le pape va à nouveau reparler de ce dossier-là ?

Peut-être va-t-il encore revenir sur ces dossiers-là. Au moins en privé avec le président de la République.

Monseigneur Tumi, vous qui avez consacré toute votre vie à l’église camerounaise. Que souhaitez-vous pour votre pays pour l’avenir ?

La paix et rien que la paix. Sans la paix, Madame, nous ne pouvons rien. Je ne crois pas que les Camerounais sont vraiment en paix. Parce que c’est difficile pour les familles de se nourrir. Un père de famille qui ne peut pas nourrir sa famille, qui ne peut pas soigner ses enfants ou sa femme, qui ne peut pas envoyer ses enfants à l’école ne peut pas être en paix. La paix, pour moi,  c’est avoir le minimum nécessaire pour vivre comme un  être humain.

Propos recueillis par Rfi et

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Concertation : Comment vendre le Cameroun

Les modalités de promotion de l’image du pays au centre de la 2e rencontre Minrex-Mincom.
Jean Francis Belibi –






" On observe qu’il y a un déficit d’offres d’informations sur le Cameroun ". C’est Jean Pierre Biyiti bi Essam qui l’a personnellement reconnu au cours de l’acte 2 de la " Concertation stratégique Minrex-Mincom sur les modalités de mise en œuvre de la politique gouvernementale dans le domaine diplomatique et communicationnel " qui se tenait une fois de plus dans la salle des Actes du ministère des Relations extérieures vendredi dernier. Présentant son exposé à la suite de son collègue des Relations extérieures, Henri Eyebe Ayissi qui est revenu sur les grands axes de la politique étrangère de notre pays, le ministre de la Communication (Mincom) n’a pas manqué d’indiquer des pistes pour sortir de cette situation qui, comme on peut l’imaginer, n’est pas toujours à l’avantage de notre pays. Des actions que le Mincom voudrait voir s’étendre à l’importante diaspora camerounaise " qui devrait contribuer à donner de notre pays une image positive ", mais aussi parce que celle-ci représente " une grande force économique ". Il est question aujourd’hui de parler à cette diaspora là où elle est.

Mais les opérations de communication envisagées dans ce registre ne sont pas évidentes, si l’on prend en compte le fait que les structures mises sur pied par le gouvernement ont souvent du mal à fonctionner, soit du fait d’un déficit de moyens ou encore de spécificités camerounaises qui font par exemple que très peu de centre de communications créés au niveau de certaines ambassades ne fonctionnent pas. Pour le cas de Paris en France, les responsables, comme l’a indiqué le Mincom, nommés depuis plusieurs années sont toujours en attente à… Yaoundé. Une source nous a indiqué que le Cameroun a largement dépassé son quota de personnel diplomatique au pays de Nicolas Sarkozy. Quand il ne s’agit simplement pas de mésentente entre ces responsables et les chefs de missions diplomatiques. Il est également question d’étendre le réseau d’information sur notre pays à l’étranger. Pour ce faire, Jean Pierre Biyiti bi Essam souhaite voir le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune à nouveau distribué à l’étranger et son département ministériel doté d’un portail sur internet, alors que les dix délégations provinciales devraient chacune avoir une connexion.

Contrairement à la première rencontre qui a eu lieu il y a deux semaines, celle de vendredi dernier a abouti à une première matérialisation concrète de la volonté de ces deux départements ministériels de donner une nouvelle impulsion au traitement de l’image du Cameroun à l’étranger. C’est dans cette optique qu’a été mis sur pied un comité mixte de concertation sous la supervision des secrétaires généraux des deux départements ministériels. Il a également été mis sur pied, un pool de coordination chargé de rationaliser la couverture et le traitement des événements diplomatiques. Placé sous la coordination de Antoine Marie Ngono, conseiller technique au ministère des Relations extérieures, il est constitué de représentants des médias tant public que privé. Le premier challenge auquel aura à faire face cette structure, est la visite dès ce matin de Mme Laure Olga Gondjout, la ministre gabonaise des Affaires étrangères, de la coopération, de la francophonie et de l’intégration régionale, qui arrive au Cameroun dans le cadre des travaux du comité de suivi de la commission mixte entre le Gabon et le Cameroun.

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