Marraine du festival des marionnettes qui s’est ouvert à Yaoundé, elle parle de l’importance de cet art et de la politique culturelle du pays.
Propos recueillis par Sainclair Mezing –
Vous êtes au Cameroun depuis jeudi dernier et devez prendre part au Fiadems 2008…J’ai été invitée au Cameroun par le Festival international des marionnettes (Fiadems) et également par la chefferie traditionnelle de Bogso pour la préparation du Festival international Bogso Eséka (Fibe) prévu en 2009. De ce fait, je dois passer cinq jours à Eséka. Puis, je remonte sur Yaoundé pour une formation en marionnettes avec une petite équipe du village Kiyi Mbock qui va me rejoindre au Fiadems dirigé par madame Elisabeth Bassock.
Vous parlez d’une formation en marionnettes. Quelle est la place que vous donnez à cet art dans notre votre univers ?
Les marionnettes sont un art très rassembleur. C’est un art pluridisciplinaire. Il faut des sculpteurs, des gens qui savent les fabriquer, les manipuler, les animer et qui savent leur donner vie. Il faut des costumes, mettre des voix et des accords. Il faut également des gens qui savent écrire des textes adaptés aux marionnettes. C’est un art intéressant peu connu en Afrique. Mais, je crois qu’il y a une place à occuper par l’Afrique sur le marché mondial de la marionnette. Il faut donc accélérer la formation des marionnettistes. Pour cela, je suis la marraine du Fiadems qui m’a sollicitée et je suis heureuse de venir donner la formation à douze marionnettistes. Ce sera déjà quelque chose de bien.
Vous qui voyagez beaucoup à travers le monde, comment le Cameroun est-il perçu au plan culturel?
Le Cameroun, heureusement qu’il y a les Lions indomptables, les Manu Dibango, des gens qui font qu’on connaisse le Cameroun. Mais, je crois que le Cameroun mériterait beaucoup mieux et qu’on pourrait vraiment mener une politique pour faire connaître un peu plus les valeurs culturelles du Cameroun. Peut-être présenter un meilleur visage pour désamorcer un peu l’agressivité qu’il y a ici, cette opacité qui fait que les gens se sentent toujours prêts à rendre tout impossible.
Pensez-vous donc que Ama Tutu Muna, l’actuel ministre de la Culture, puisse être en même de relever ce défi ?
Je pense que c’est une dame qui peut faire beaucoup de choses de par sa personnalité, son histoire personnelle. Mais, elle ne peut pas le faire seule. Il faut qu’il y ait des gens qui sentent que c’est vital pour nous tous, des gens qui collaborent sans trop exiger une récompense immédiate. Il faut donc que chacun apporte de sa disponibilité et de sa créativité pour que les choses avancent.
Femme de culture, croyez-vous en l’éradication de la piraterie?
La piraterie est un phénomène mondial. A chaque fois qu’il y a une avancée technologique, elle résout certains problèmes et en crée d’autres. C’est comme un médicament. Lorsqu’on le met sur le marché, il soigne une maladie et en crée une autre. Donc, je ne vois pas comment se soustraire à la piraterie. On peut l’équilibrer en participant davantage à la diminution et à l’exonération des taxes sur certains produits afin que les maisons de production puissent vendre au même prix que les pirates. Je pense que cela demande un engagement financier énorme et politique de l’Etat. Parce que si les gens achètent la marchandise piratée, par rapport à celle de bonne qualité, c’est parce qu’elle est parfois quatre fois moins chère. Si les produits de bonne qualité sont vendus à un prix raisonnable, les pirates vont diminuer même s’ils ne vont pas totalement disparaître. Parce qu’ils auront aussi envie de vivre.