Philibert Andzembé : Des scandales sonnants et trébuchants
Sa gestion de la banque centrale a été mise à rude épreuve par des affaires dont il n’était toujours pas le principal acteur.
Jamais un règne à la tête de la Beac n’a été aussi tumultueux. En un peu plus de deux ans seulement, Philibert Andzembé a certainement fait parler de la Beac plus que tous ses prédécesseurs réunis. Malheureusement, il s’est agi d’une mauvaise publicité pour cette institution jadis prestigieuse, mais qui depuis l’année dernière est devenu un terreau de scandales. Il y a d’abord ce placement à terme de 327 milliards de Fcfa effectué par Philibert Andzembé et son directeur des relations financières internationales, André Mfoula, à la société générale à Paris, le 14 décembre 2007.
En plus des termes flous du contrat signé entre la Beac et la Société générale, lequel ne précisent par exemple pas la destination des bénéfices engendrés par le dépôt à terme ; la crise financière internationale qui secoue toutes les banques occidentales en 2008 va venir souffler 16 milliards de Fcfa sur le montant placé.
Le conseil interministériel de l’Union monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Umac) qui est informé de cette perte est convoqué en urgence à Yaoundé. Le président de cette instance, le Camerounais Essimi Menyé ne manque pas de dire publiquement son courroux à Philibert Andzembé, qui est même chassé de la salle des travaux qui durent deux jours. Le 30 décembre 2008, un sommet des chefs d’Etat de la Cemac est convoqué à Libreville pour statuer sur cette affaire. Le gouverneur Andzembé est désormais assis sur un fauteuil éjectable. Mais la grand’messe des chefs d’Etat s’achève par une suspension des placements de la Beac, la prescription des audits de l’institution et, à la surprise générale, le maintien à la tête de la banque centrale de Philibert Andzembé. Ce dernier a été sauvé in-extremis par Omar Bongo, qui a envoyé son fils à Yaoundé la veille du sommet de Libreville, pour obtenir le soutien de Paul Biya face à la fougue du chef de l’Etat Equato-guinéen. En effet, Teodoro Obiang Nguema a là un excellent prétexte pour poursuivre sa revendication en faveur d’un gouvernorat tournant à la Beac, requête qui vise à retirer l’exclusivité du poste de gouverneur au Gabon.
Révélations
Mais dès le début de l’année 2009, alors que le gouverneur Andzembé gagne quelques points avec la poursuite heureuse de certaines réformes au sein de la Beac (lancement du système de payement de gros montant, facilitation des compensations entre les banques, lancement d’une carte bancaire sous-régionale actuellement expérimentée par la Bicec, etc.), et la prise de mesures conjoncturelles pour ne pas plomber l’économie régionale face à la crise (baisses successives des taux directeurs de la Beac) ; un nouveau nuage vient épaissir le ciel de sa gestion de la banque centrale.
Dès avril 2009, l’hebdomadaire camerounais Repères qui amplifie une révélation déjà faite par Diapason, un autre journal camerounais ; révèle des détournements chiffrés à 16 milliards de Fcfa au bureau extérieur de la Beac de Paris. L’enquête est complétée en septembre 2009 par l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, qui situe les détournements à 19 milliards de Fcfa, et indexe «la filière gabonaise de la Beac» à la tête de laquelle se trouve le gouverneur lui-même.
Philibert Andzembé est présenté comme complice passif dans l’affaire, pour n’avoir commencé à prendre les mesures conservatoires contre les suspects que plusieurs mois après sa prise de fonction en juillet 2007, alors que les faits remontent à 2004, sous le règne de Jean Félix Mamalépot dont la complicité dans ce scandale n’est pas exclue. A la suite de ces nouvelles révélations de la presse, Philibert Andzembé accorde une interview au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune dans laquelle il se présente non seulement comme le dénonciateur de ce nouveau scandale qui éclabousse la Beac, mais aussi comme le défenseur de «la gabonité».
Brice R. Mbodiam

