50 ans de musique pour MANU DIBANGO
Ou Le prix de la dureté et de la patience dans le travail

Par P. Kodjio Nenguié
Notre compatriote, père et frère MANU DIBANGO a en 50 ans de carrière démontré comment on devrait travailler. Grâce à lui, des musiciens chevronnés à l´instar de TALLA ANDRE MARIE et autres ont vu le jour. Il a démontré tout au long de sa carrière que la renommée est au bout de l´effort et est subordonnée à la patience.
En mélangeant des rythmes divers pour forger son originalité, il démontre que le musicien peut faire une appropriation positive d´autres rythmes sans être enclin à copier l´autre. Il démontre par la création du Soul Makossa que l´inspiration qui ne transforme pas le rythme local est voué à l´échec. Le musicien a besoin de nouvelles notes et pour cela, il a intérêt à se frotter aux autres.
Les musiciens camerounais et africains qui se limitent à répéter le même rythme sans sens inventif, sont condamnés à la sclérose. On comprend dès lors pourquoi d’aucuns parlent de la mort de certains rythmes. Mais il ne suffit pas d´inventer tel ou tel autre rythme.
Il est impérieux pour tout musicien ou pour un groupe donné de musiciens de fonder une école qui peut résister au temps et de savoir entretenir le savoir musical en le diffusant. Le camerounais peut dans le cadre d´une mondialisation présenter sa musique comme médium de conquête de l´Autre. Pour cela, il faut de nombreux Manu Dibango ou Talla et autres.
Camerfeeling fait un très bon travail de diffusion et d´informations pour la musique et la culturelle. Un hommage doit être fait à l´endroit de ces bourreaux de travail qui ont compris que la culture est la première marchandise sur le marché mondial.
Nous ne devons pas oublier que le Brésil est mieux connu par sa Samba et son football que par toute autre chose.
La condition de la connaissance du Cameroun à travers sa musique ne pourra devenir réalité que le jour où l´Etat camerounais fera un statut durable pour les musiciens et acteurs culturels dont la vie repose sur le bénévolat et l´amateurisme.
On avait vu comment Richard Band, l´auteur de "Evènement" est mort comme la plupart des musiciens dans l´indigence total, aux yeux et au su des acteurs politiques en charge de la politique culturelle.
Les 50 ans de musiue de MANU DIBANGO qui font honneur à la musique et culture camerounaises doivent donner l´occasion de mener un réflexion profonde au sujet de la condition des artistes et écrivains, voire de la classe intellectuelle dans son entièreté dans notre pays. On peut bien concevoir des génies musicaux locaux évoluant grâce aux structures culturelles dans lesquelles l´Etat encourage les concerts à l´échelle internationale.
Mais il faudrait également que tous les acteurs économiques s´y mêlent puisque l´Etat ne saurait demeurer une vache à lait. tout de même qu´aucun acteur économique ne saurait s´engager si l´Etat ne lui facilite pas la tâche.
Dr. Pierre Kodjio Nenguié
Humboldt Research Fellow
Universität Münster, Germany

