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Le commandant du Pad limogé

Le remplacement de Charles René Kontelizo fait suite à une brouille avec le Dg du Pad, Etoundi Oyono.
Denis Nkwebo


Une ambiance surchauffée a régné à la capitainerie du Port autonome de Douala (Pad) avant-hier, mercredi 02 janvier 2008. La passation de service entre Charles René Kontelizo, commandant sortant du Port, et son remplaçant Abdoul Hakim, s’est faite sous forte pression des éléments de la police et de la gendarmerie; les deux corps ne s’accordant pas sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’ancien patron de la capitainerie. D’ailleurs, le changement à la capitainerie n’a fait l’objet d’aucune publicité et la cérémonie qui s’est déroulée nuitamment, entre 18h et 18h40, a été présidée par le commissaire du port, Edou Ondo.

Pas l’ombre d’un seul officiel de l’entreprise portuaire. Peu avant le début de la passation de service, le conseil de René Kontelizo avait été interdit d’accès à la salle de cérémonie pour assister en tant que observateur. C’est lors de la session du conseil d’administration du Pad tenue le 28 décembre dernier à Kribi, que le directeur général Emmanuel Etoundi Oyono a demandé et obtenu le limogeage du commandant du Port. Le même vendredi 28 décembre, Charles René Kontelizo a été interdit d’accès à son bureau. Pour comprendre les événements successifs à la capitainerie, il faut remonter à quelques jours avant le conseil de Kribi.

Le 27 décembre, l’ancien commandant a été entendu au commissariat central des renseignements généraux du Wouri à Bonanjo, pendant plus de deux heures. D’ailleurs, il a été entendu une seconde fois dans cette même unité de la police, le samedi 29 décembre, "pendant trois heures". De source policière, c’est une dénonciation émanant de la direction générale du Pad, et adressée à la présidence de la République à Yaoundé qui a motivé l’enquête diligentée par la délégation générale à la Sûreté nationale. A en croire un informateur proche de l’enquête, la note de dénonciation reprocherait au commandant Kontelizo d’être impliqué dans "un important trafic d’armes alimentant les rebellions au Tchad, en République Centrafricaine et au Darfour.

Il lui est en outre reproché un important trafic de drogue; un important trafic de pierres précieuses; le détournement des recettes douanières; le soutrage et le ravitaillement frauduleux des navires; la location frauduleuse du domaine portuaire ; la délivrance frauduleuse programmation intéressée des navires ; des travaux frauduleux à bord des navires; le trafic d’influence pour le recrutement des nouveaux pilotes, le trafic des procès-verbaux de contravention, etc". A la police, le mis en cause a réfuté toutes ces allégations. Las d’attendre le quitus sollicité de la présidence de la République, et la suite de l’enquête diligentée par la Dgsn, la direction générale du Pad a donc limogé le commandant du Port.
Mais la bataille entre les deux parties est loin d’être terminée. Mutations a appris auprès de la police et de la gendarmerie que le ministre des Transports, Gounoko Haounaye a été saisi du dossier hier jeudi.

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Le remplacement de Charles René Kontelizo fait suite à une brouille avec le Dg du Pad, Etoundi Oyono.
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Une ambiance surchauffée a régné à la capitainerie du Port autonome de Douala (Pad) avant-hier, mercredi 02 janvier 2008. La passation de service entre Charles René Kontelizo, commandant sortant du Port, et son remplaçant Abdoul Hakim, s’est faite sous forte pression des éléments de la police et de la gendarmerie; les deux corps ne s’accordant pas sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’ancien patron de la capitainerie. D’ailleurs, le changement à la capitainerie n’a fait l’objet d’aucune publicité et la cérémonie qui s’est déroulée nuitamment, entre 18h et 18h40, a été présidée par le commissaire du port, Edou Ondo.

Pas l’ombre d’un seul officiel de l’entreprise portuaire. Peu avant le début de la passation de service, le conseil de René Kontelizo avait été interdit d’accès à la salle de cérémonie pour assister en tant que observateur. C’est lors de la session du conseil d’administration du Pad tenue le 28 décembre dernier à Kribi, que le directeur général Emmanuel Etoundi Oyono a demandé et obtenu le limogeage du commandant du Port. Le même vendredi 28 décembre, Charles René Kontelizo a été interdit d’accès à son bureau. Pour comprendre les événements successifs à la capitainerie, il faut remonter à quelques jours avant le conseil de Kribi.

Le 27 décembre, l’ancien commandant a été entendu au commissariat central des renseignements généraux du Wouri à Bonanjo, pendant plus de deux heures. D’ailleurs, il a été entendu une seconde fois dans cette même unité de la police, le samedi 29 décembre, "pendant trois heures". De source policière, c’est une dénonciation émanant de la direction générale du Pad, et adressée à la présidence de la République à Yaoundé qui a motivé l’enquête diligentée par la délégation générale à la Sûreté nationale. A en croire un informateur proche de l’enquête, la note de dénonciation reprocherait au commandant Kontelizo d’être impliqué dans "un important trafic d’armes alimentant les rebellions au Tchad, en République Centrafricaine et au Darfour.

Il lui est en outre reproché un important trafic de drogue; un important trafic de pierres précieuses; le détournement des recettes douanières; le soutrage et le ravitaillement frauduleux des navires; la location frauduleuse du domaine portuaire ; la délivrance frauduleuse programmation intéressée des navires ; des travaux frauduleux à bord des navires; le trafic d’influence pour le recrutement des nouveaux pilotes, le trafic des procès-verbaux de contravention, etc". A la police, le mis en cause a réfuté toutes ces allégations. Las d’attendre le quitus sollicité de la présidence de la République, et la suite de l’enquête diligentée par la Dgsn, la direction générale du Pad a donc limogé le commandant du Port.
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Le remplacement de Charles René Kontelizo fait suite à une brouille avec le Dg du Pad, Etoundi Oyono.
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Pas l’ombre d’un seul officiel de l’entreprise portuaire. Peu avant le début de la passation de service, le conseil de René Kontelizo avait été interdit d’accès à la salle de cérémonie pour assister en tant que observateur. C’est lors de la session du conseil d’administration du Pad tenue le 28 décembre dernier à Kribi, que le directeur général Emmanuel Etoundi Oyono a demandé et obtenu le limogeage du commandant du Port. Le même vendredi 28 décembre, Charles René Kontelizo a été interdit d’accès à son bureau. Pour comprendre les événements successifs à la capitainerie, il faut remonter à quelques jours avant le conseil de Kribi.

Le 27 décembre, l’ancien commandant a été entendu au commissariat central des renseignements généraux du Wouri à Bonanjo, pendant plus de deux heures. D’ailleurs, il a été entendu une seconde fois dans cette même unité de la police, le samedi 29 décembre, "pendant trois heures". De source policière, c’est une dénonciation émanant de la direction générale du Pad, et adressée à la présidence de la République à Yaoundé qui a motivé l’enquête diligentée par la délégation générale à la Sûreté nationale. A en croire un informateur proche de l’enquête, la note de dénonciation reprocherait au commandant Kontelizo d’être impliqué dans "un important trafic d’armes alimentant les rebellions au Tchad, en République Centrafricaine et au Darfour.

Il lui est en outre reproché un important trafic de drogue; un important trafic de pierres précieuses; le détournement des recettes douanières; le soutrage et le ravitaillement frauduleux des navires; la location frauduleuse du domaine portuaire ; la délivrance frauduleuse programmation intéressée des navires ; des travaux frauduleux à bord des navires; le trafic d’influence pour le recrutement des nouveaux pilotes, le trafic des procès-verbaux de contravention, etc". A la police, le mis en cause a réfuté toutes ces allégations. Las d’attendre le quitus sollicité de la présidence de la République, et la suite de l’enquête diligentée par la Dgsn, la direction générale du Pad a donc limogé le commandant du Port.
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Niels Marquardt : C’est l’économie qui déterminera la politique en 2011

La résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, au sommet de l’une des nombreuses pentes du quartier Bastos à Yaoundé, est un vaste chantier. L’hôte va bientôt quitter les lieux certes, mais il prépare davantage la réception marquant la fête nationale de son pays (qui a eu lieu hier).
Entretien mené par Alain B. Batongué et Jean Francis Belibi – Sur les murs du vestibule et de la grande salle de réception, une exposition de photos retraçant les grands moments de la diplomatie entre le Cameroun et les Etats-Unis d’Amérique dont le ministre camerounais des Relations extérieures et lui-même s’apprêtent à célébrer, ce matin, le cinquantième anniversaire.
Niels Marquardt apparaît à l’heure indiquée pour le rendez-vous, dans un grand boubou bleu ciel, dans un grand sourire qui cache mal un brin de nostalgie pour le pays qu’il s’apprête à quitter et qui l’a tant marqué, autant dans sa carrière professionnelle que dans son enrichissement personnel. Café ou thé de circonstance et priorité aux échanges, dans une journée qui sera marathon.
Comme d’habitude, il n’a pas sa langue dans sa poche. Mais pour ce qui s’apparente à un entretien d’adieu, il a choisi, sur certains sujets, de dire le moins possible et de s’exprimer parfois par des gestes et des sourires. Oui, il a beaucoup apprécié, par-delà ses fonctions, la diversité de la culture camerounaise et le sens de l’hospitalité des compatriotes de Paul Biya; Président de la République de qui il garde l’image d’un homme à la fois cultivé, fascinant et énigmatique : "Il écoute beaucoup mais prend ses décisions lui-même, seul".
S’il reconnaît que sa femme et ses enfants lui ont beaucoup apporté dans sa riche carrière, il n’a cependant pas éludé les questions embarrassantes, aussi bien sur la guerre de succession au Cameroun que sur les leçons que sont supposés donner ces pays industrialisés qui restent aussi des nids de corruption.
Du Niels Marquardt en somme, comme on risque de ne plus avoir l’occasion de lire.

Au moment où vous partez du Cameroun, comment qualifierez vous votre séjour professionnel et quels souvenirs en garderez-vous, de bons ou mauvais ?
J’ai passé un temps magnifique dans votre beau pays. Je n’étais jamais venu au Cameroun avant mon arrivée il y a trois ans, même si je connaissais un peu les environs. On m’avait quand même dit : " Le Cameroun, c’est très bien ! Surtout à travers les Camerounais eux-mêmes. " J’ai été très bien accueilli, j’ai pu visiter tous les coins du pays. Je pense que j’ai pu avoir un dialogue franc et honnête avec tous les Camerounais, dont j’ai beaucoup apprécié les qualités humaines.

Vous partez du Cameroun à quelques jours du double scrutin des municipales et législatives : pensez-vous qu’il se déroulera dans des conditions de transparence suffisantes, vous qui avez suivi de près le processus ?
Je pars le jour où la campagne électorale commence officiellement. Je ne peux donc pas faire de commentaires avant, parce que je ne peux pas prévoir comment se dérouleront les opérations sur les deux dernières semaines. J’espère fort cependant que cette élection sera la meilleure jamais organisée dans l’histoire du Cameroun. Je l’ai dit depuis le début, je pense que c’est encore possible. Mais élections ne veut pas dire élections parfaites. Nous avons décrit des situations qui auraient pu être meilleures, mais je constate, dans l’ensemble, une volonté du gouvernement d’avancer dans l’évolution démocratique du pays, de faire la différence, qui est très importante entre le parti au pouvoir et l’Etat, même s’il faut du temps pour que les gens le comprennent.
Cette année, il y a une nouvelle loi en vigueur, qui a permis une durée plus longue de préparation du scrutin. Dans l’ensemble, les gens ont essayé de respecter les délais, même si cela n’a pas toujours été le cas. L’informatisation du fichier électoral a beaucoup avancé aussi. C’est dommage que Elecam n’ait pas pu être effectivement mis sur pied, parce que cela aurait donné davantage de confiance pour la transparence du scrutin.. Nous avons également noté avec satisfaction le nombre des inscrits sur les listes électorales, un peu plus de 5 millions qui sont de vrais électeurs, pas des gens morts, pas des gens double, triple ou quadruple et qui ont au moins 20 ans. L’informatisation a permis de nettoyer le fichier électoral. Maintenant, il faut encourager les Camerounais à voter, sinon cela ne servira à rien d’augmenter le fichier.

Vous parliez de distinction entre le parti et l’Etat. Pourtant, au cours des audiences à la cour suprême relatives au contentieux autour des listes des investitures, on a précisément reproché au ministère de l’Administration territoriale d’avoir voulu jouer le rôle de certain parti politique…
De manière générale, quand on parle de l’échec ou de la réussite d’une élection, on a tendance à considérer que tout cela dépend de l’administration. Au Cameroun, le système électoral est compliqué. Par exemple, pour que les inscriptions se déroulent sans problème, il fallait que les commissions mixtes se mobilisent, que les sous préfets et chefs de quartier se mobilisent, que les gens aient confiance en ce processus et se mobilisent. C’est très important de rappeler aux gens que la réussite des élections dépend de tout le monde : chacun a son rôle à jouer.
En ce qui concerne le volet juridique qui a suivi, je connais des cours suprêmes qui n’auraient pas pris le risque de désavouer le parti au pouvoir. Ici, les juges ont travaillé jour et nuit pour écouter les arguments des uns et des autres et rendre des verdicts que peu de gens ont contestés. Ils ont pris leur rôle au sérieux et l’ont bien joué.

Quels commentaires vous inspire l’implication des multinationales, notamment américaines, dans le phénomène de la grosse corruption dans le monde?
Nous sommes tous des êtres humains et tous les êtres humains sont capables de faillir, de commettre des crimes. Voilà pourquoi il est important pour chaque gouvernement de mettre en place les institutions qui empêcheront les gens d’agir de façon incorrecte. Nous avons aux Usa, depuis maintenant 30 ans, une loi et une institution pour la mise en application de cette loi. Les grandes sociétés sont toutes soumises à des contrôles réguliers, aussi bien par le ministère de la Justice que par la Bourse. Il y a trente ans, il y avait des scandales, avec de mauvaises pratiques. Mais aujourd’hui, la pratique dans les sociétés américaines est devenue quelque chose dont je suis fier, même s’il y a toujours des exceptions. Je remarque également que, avec la convention de l’Ocde que nous avons signée il y a dix ans, les autres pays industrialisés ont suivi dans ces contrôles et des lois semblables. Par exemple, il y a quelques années, les pots-de-vin étaient déductibles des impôts, ce qu’on trouvait scandaleux. Aujourd’hui, le monde des affaires est de loin plus propre qu’il ne l’était il y a trente ans.

En vous impliquant dans la lutte contre la corruption au Cameroun, vous vous êtes dit favorable au rapatriement des fonds détournés. Pouvez-vous donner une indication du volume des sommes détournées au Cameroun et planquées dans les banques américaines?
(Rires) Si je savais… Il faudrait être un comptable très malin et particulièrement informé pour connaître la réponse…

Mais une partie de l’opinion est convaincue que vous le savez…
L’opinion publique au Cameroun pense que je sais tout. Mais ce n’est pas vrai. Cela dit, le fléau de la corruption à grande échelle sévit au Cameroun depuis très longtemps et tout le monde le sait. Il y a même des gens qui estiment que la moitié du budget de l’Etat est souvent détournée. Je n’ai pas lu d’étude là-dessus mais je pense que ça reste possible ou que, à tout le moins, quelques milliers de milliards de francs Cfa qui sont détournés. On peut voir la construction de plusieurs belles et luxueuses maisons, mais pas à grande échelle l’investissement des Camerounais dans de nouvelles industries. Ce qui laisse imaginer que l’argent ainsi détourné se trouve ailleurs qu’au Cameroun. Je peux imaginer quels sont les pays. Notre dialogue très franc avec les autorités camerounaises nous amène à coopérer en ce qui concerne les avoirs qui se trouvent dans notre pays et qui, manifestement, semblent ne pas avoir été correctement gagnés.

Dans le cadre de l’opération Epervier que vous connaissez bien, les premiers verdicts viennent d’être prononcés, avec la condamnation de l’ancien Dg du Feicom à 50 ans de prison ferme. Votre premier commentaire ?
Je voudrais élargir mon commentaire sur le processus dans son ensemble. Le gouvernement a pris son temps pour gérer cette affaire. Cela fait un an et demi que ce monsieur et bien d’autres ont été arrêtés et le public a eu tendance à être impatient, voulant que ça aille vite. Je pense que l’essentiel c’est qu’il faut que ça aille correctement. Malgré le changement, en cours de procès, du code de procédure pénale et l’introduction du nouveau code, je trouve que le gouvernement a bien géré la situation. De sorte qu’à la fin, en donnant 50 ans, le juge a voulu passer un message fort et clair. Et je doute fort que ce soit le dernier message.

Les pays industrialisés, qui font tourner leurs économies nationales avec des fonds illicites en provenance du Tiers-monde, sont-ils moralement qualifiés pour donner des leçons de probité?
Je reviendrai sur l’importance des institutions. Il faut créer des institutions, insister pour qu’elles marchent. Nous avons, dans notre pays, une certaine expérience. Nous ne donnons pas des leçons de probité, nous partageons notre expérience, notre expertise, notre compétence et après, si on veut, on peut donner notre avis. Et c’est à chaque pays de décider comment lutter contre ce fléau.
On parle de rapatriement des fonds détournés. Il me semble que l’exemple le plus important à regarder n’est pas le nôtre mais celui de votre puissant voisin, le Nigeria. Là bas, ils ont pu rapatrier des milliards de dollars détournés pendant l’époque d’Abacha. Il serait intéressant de demander au Nigeria comment et avec qui ils l’ont fait, pour apprendre de leur expérience et le répéter au Cameroun.
Je constate que les Camerounais veulent beaucoup de choses à la fois : ils veulent que la justice soit faite, et surtout que l’argent soit rapatrié. Ils ne souhaitent pas que des gens soient entretenus dans des prisons aux frais de l’Etat et que l’argent reste bloqué quelque part sans être rendu aux contribuables.

Sur la base de vos trois ans passés au Cameroun, quel jugement portez-vous sur la classe politique camerounaise ? Commençons par Paul Biya, le président de la République…
Je ne pense pas que ce soit le lieu pour un diplomate de porter des jugements sur des leaders politiques étrangers, mais quand même, le président de la République est quelqu’un avec qui j’ai beaucoup travaillé, on a discuté franchement et assez fréquemment. C’est un monsieur qui écoute bien, mais qui décide lui-même et seul, en fonction de l’intérêt de l’Etat. J’ai été frappé par le fait qu’il comprend bien son pays, et il veut surtout la stabilité et la paix dans son pays, ce qui n’est pas rien, surtout dans ce voisinage aussi tourmenté.
Cela dit, c’est pas le calme absolu, il y a des problèmes : la criminalité, le grand banditisme, mais il a réussi à réaliser une nation, un pays uni qui est gouverné de Kousséri à Campo. Tout le Cameroun appartient aux Camerounais, et c’est quelque chose qu’on ne voit pas beaucoup dans le voisinage.

Il y a également John Fru Ndi, le leader du principal parti d’opposition…
Je ne souhaite pas faire de commentaires particuliers sur des individus, mais éventuellement réagir sur la classe politique de manière générale. Je puis dire que j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de pratiquement tous les leaders politiques dont vous pourrez citer les noms. Et j’étais très impressionné, ce sont des gens bien formés, de haute qualité, qui aiment leur pays. Mais je pense que le grand défi pour l’opposition camerounaise, si elle veut gagner les batailles futures, sera de s’unifier, en vue de faire sortir, le moment venu, soit un candidat unique pour l’élection présidentielle, soit des candidatures organisées pour les autres élections, de manière à ne pas se gêner. Parce que le phénomène qu’on constate au Cameroun et dans beaucoup de pays en voie de développement démocratique, il y a une richesse embarrassante de partis politiques. Au Cameroun, il doit bien y en avoir plus de 200 et près d’une cinquantaine est en course pour les prochaines élections. C’est bien, mais un jour, il faudra fédérer un peu plus pour ne pas disperser les énergies.

Quelle réflexion vous inspirent les luttes au sein du parti au pouvoir, par rapport à une éventuelle succession du président Biya?
(Il hésite) Je constate qu’au Cameroun, l’idée d’avoir des ambitions professionnelles ou personnelles est dangereuse et peut être mal perçue. Moi, je vois la chose autrement, parce que je considère que le sort d’un pays dépend des individus. Et qu’il y ait des individus qui pensent qu’ils ont une meilleure idée sur l’avenir du Cameroun ne peut être que bénéfique. Je connais plusieurs acteurs du parti au pouvoir comme de l’opposition qui ont des ambitions : je ne trouve pas cela honteux, mais au contraire normal, et j’espère que dans le Cameroun de demain, on sera plus capable d’exprimer sans craintes ni réserves ses ambitions. Et ces ambitions, ce sont les idées. Il faut exprimer les idées et que celui qui a les meilleures idées puisse gagner à la fin. Au sein du parti au pouvoir, ce serait normal qu’il y ait beaucoup de gens avec des idées différentes. Et qu’il y ait des bagarres, que les gens se bousculent un peu pour faire avancer leurs idées et leur propre sort, je trouve ça normal.

Des députés ont lancé un débat sur la révision de la Constitution en vue de la prolongation du mandat de Biya à la tête du pays. Comment avez-vous accueilli cette initiative?
Je trouve, encore une fois, que c’est normal et sain de voir des députés qui expriment leurs idées et proposent des changements. Parce qu’un système démocratique est en voie de se peaufiner, de s’améliorer. Je constate que dans votre question, vous ciblez un seul aspect du débat qui a été lancé par ces députés. L’idée globale, il me semble, était de rendre le système d’alternance constitutionnelle plus efficace et plus rassurant pour les Camerounais. Et ils ont soulevé beaucoup de problèmes.
D’abord, celui de la vacance du pouvoir qui, dans la loi actuelle, donne 45 jours au successeur intérimaire pour organiser de nouvelles élections. Or, tous les Camerounais doutent fort que des élections puissent être organisées dans un délai aussi court. Cela méritait d’être corrigé. Vous aurez bientôt un Sénat, dont le président devrait assurer l’intérim de la succession. Ce sont des choses qui doivent être étudiées et discutées, il me semble. Et si c’est la volonté des Camerounais de les changer, c’est tant mieux. Mais pour moi, l’essentiel, c’est d’entreprendre des changements qui renforcent les institutions. Si le but du débat et des changements c’est cela, c’est bien pour l’Etat. Mais s’il s’agit de proposer des idées pour faire avancer le sort personnel d’un individu ou d’un groupe d’individus, c’est moins bien.

Et comment entrevoyez-vous l’avenir du Cameroun à l’horizon 2011 ?
Je ne sais pas pourquoi vous avez choisi la date de 2011… (rires)

Parce que en 2011 est prévue une élection présidentielle qui pourrait constituer un tournant pour la vie politique du pays…
Personnellement, j’ai un background plus d’économiste que de politicien. Et je trouve d’ailleurs que, derrière la politique, il y a les questions économiques qui régulent la vie. Au Cameroun, c’est l’économie, d’ici 2011, qui va déterminer la politique de 2011. Je pense que, pendant mon séjour au Cameroun, j’ai eu le privilège d’accompagner la paix à Bakassi qui permettra une toute autre utilisation des forces armées avec des implications budgétaires, économiques et humaines très importantes. On a vu le point d’achèvement de l’initiative Ppte. On n’a pas vu de résultats immédiats et j’ai fait un discours assez critique dans ce sens il n’y a pas longtemps à Douala. Mais ces dernières semaines, j’ai fait une dernière tournée dans six provinces du Cameroun. J’ai quand même pu voir que pendant cette année, après le point d’achèvement, le gouvernement était actif dans la préparation des projets.
Maintenant, il commence la mise en application des projets : on voit déjà des ponts qui se font ou se refont, des routes qui se construisent, des projets comme ça. Si ce rythme peut s’accélérer et continuer jusqu’en 2011, l’atmosphère politique sera moins tendue et plus saine et plus ouverte à la sérénité. Et c’est ce que veulent les Camerounais, il me semble. Ils veulent que la richesse du pays, tout ce qui est collecté auprès des contribuables, soit utilisée de manière transparente, efficace et honnête pour le bien être du peuple. Et s’ils voient tout cela, il y a plus de chances de voir une élection calme, transparente et efficace en 2011.

Vous qui avez rencontré si souvent Biya, en avez-vous parlé avec lui? Le voyez-vous quittant le pouvoir en 2011 ?
Je ne fais pas de pronostic là-dessus. Je pense que selon les institutions en vigueur, il va quitter le pouvoir. (Il hésite, puis ne dit plus rien)

Vous avez organisé, il y a un peu plus d’un an, une rencontre avec des Camerounais de la diaspora : quel en était l’objet et quelle suite avez-vous réservé à cette initiative?
J’ai essayé, pendant mon séjour au Cameroun, de mobiliser toutes les forces susceptibles de contribuer au développement du Cameroun. Le commerce à travers l’Agoa, l’investissements à travers les multiples sociétés américaines qui s’intéressent au Cameroun, des programmes comme Millennium Challenge Account qui pourraient apporter un coup de pouce important en ce qui concerne les fonds de développement. Mais j’ai aussi constaté que les diasporas sont souvent un grand moteur de développement. On voit cela en Ethiopie, au Ghana, au Nigeria, au Mali, etc. Il y a beaucoup de Camerounais qui vivent à l’étranger depuis très longtemps. Ils ont quitté le pays dans un contexte très différent, où il y avait beaucoup plus des problèmes de droits de l’Homme, moins de libertés politiques et économiques. C’était un effort de ma part de moderniser, de mettre à jour leur perception des choses du pays d’où ils venaient. Je ne prenais pas cette initiative en fonction des résultats immédiats. Je voulais quand même commencer un dialogue et déclencher un processus de réflexion de la part des Camerounais à l’étranger. D’après le feed-back que j’ai reçu, les gens ont apprécié. Et quand les gens me demandent quand est-ce que je vais poursuivre, je réponds simplement: j’ai commencé la conversation mais c’est essentiellement une conversation, entre Camerounais et c’est à vous de la continuer.

Comment réagissez à certains qui considèrent que vous êtes également un Camerounais et par-dessus tout, le " vice président " du Cameroun ?
Je suis un peu flatté parce que je suis tombé amoureux de votre pays. J’ai osé faire des choses que ne font pas d’autres diplomates. Et je constate que ces choses ont été bien accueillies par les Camerounais eux-mêmes. Je garde dans mon cœur un sentiment de gratitude envers cette ouverture d’esprit des Camerounais. Je pense que j’ai pu apporter quelque chose ; il y avait, à mon arrivée, une certaine rigidité dans le dialogue politique que j’ai contribué à atténuer. Je sais qu’on parlera beaucoup plus de moi dans le cadre de la lutte contre la corruption, mais le président lui-même avait déjà lancé cette lutte au lendemain du classement de Transparency International en 1998. Certes, les Camerounais n’arrivaient pas à parler de la corruption ouvertement, mais par des voies détournées. Aujourd’hui, c’est devenu de conversation normale et cette unité d’esprit est un progrès ; mais dans la vie de chaque pays, le nôtre comme le vôtre, les changements prennent leur temps et se font au rythme choisi par le peuple lui-même. Si j’ai apporté ma contribution, c’est tant mieux, mais c’est quand même aux Camerounais eux-mêmes de continuer ce chemin.

Quel est l’avenir professionnel de Niels Marquardt ?
J’ai la chance d’avoir été nommé dans un autre pays africain, Madagascar et l’union des Comores. Dans notre système, ce n’est pas quelque chose qui tombe du ciel et où on vous apprend un jour que vous allez à Madagascar. J’avais déjà exprimé il y a longtemps mon intérêt à aller dans ce pays que je ne connais pas ; j’ai jamais été à Madagascar et je ne connais pas l’océan indien. La dimension découverte, comme pour le Cameroun, m’a beaucoup influencé. Je vais donc à la découverte de Madagascar et des îles Comores, pour faire connaissance avec autre chose. Même si je sais qu’il sera difficile de vivre une expérience à la hauteur de ce que j’ai vécu au Cameroun, mais il faut quand même l’espérer pour garder de la motivation.

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