Maroua : La colère des aiguilleurs du ciel
Pour la 3ème fois en moins de six mois, le personnel a fait grève hier, perturbant le trafic.
Dieudonné Gaïbaï
Le regard médusé des passagers des compagnies Nacam et Camair hier matin à l’aéroport de Maroua-Salak avait de quoi susciter l’émotion. Car pour la centaine de passagers présents à l’Aéroport, il fallait dévaler près de 200 km pour rallier Garoua où il est prévu l’embarquement. "Alors que les compagnies aériennes avaient connaissance du mouvement de grève, ce n’est que ce matin autour de six heures par un communiqué laconique que nous avons été conviés à nous présenter assez tôt à l’Aéroport en vue d’un embarquement pour Garoua", affirme un délégué provincial qui a pris place à l’arrière du bus qui doit le conduire dans le Chef lieu de la province du Nord. Comme lui de nombreux passagers qui aurait du embarquer à bord du vol Nacam de ce lundi 10h ont été conduits à Garoua, où le service du contrôle aérien est assuré normalement. Trajectoire identique pour les passagers du vol Camair qui ont été embarqués autour de 11h30.
Ces perturbations dans le trafic aérien à destination de Maroua est du au mouvement d’humeur du personnel de l’ex-contrat de sous-traitance Asecna/Adc en poste à l’aéroport de Maroua Salak. Pour Bayegui Joseph René, Nguetchessi, et Tchané Joseph les délégués du personnel en grève, "le temps de la patience est terminé. Nous avons longtemps attendu qu’une solution soit apportée à notre problème. Les autorités jusqu’ici n’ont pas manqué de nous mener en bateau avec des réunions et des conciliabules sans issue. Nous souhaitons que notre problème soit pris au sérieux. C’est pourquoi pendant toute cette semaine nous n’allons pas travailler."
A la vérité, en 1993, l’Etat du Cameroun décide de se désengager du secteur productif de l’économie. Dans ce sillage, le contrat particulier (article 10 de la Convention de Dakar) signé entre le Cameroun et l’Asecna est résilié. En 1994 et aux dires des aiguilleurs du ciel, sur la base d’une convention de concession, l’Etat du Cameroun confie aux Aéroports du Cameroun (Adc) la gestion des activités nationales sur sept Aéroports (Douala, Yaoundé, Garoua, Ngaoundéré, Maroua, Bertoua et Bamenda). Les Adc n’ayant pas les moyens techniques et humains pour assurer la gestion technique ainsi qu’on a pu lire sur un Pv de réunion présidé par le Secrétaire d’Etat aux transports, Edmond Moampea Mbio, " signe un contrat de sous-traitance avec Asecna qui a l’expertise dans ce domaine. La gestion de la navigation aérienne est alors assurée sur les aéroports de la concession par cet organisme multinational."
En décembre 2003, le contrat n’a pas été renouvelé entre l’Asecna et les Adc. Depuis lors, les personnels des aéroports de Maroua ainsi que leurs congénères de Ngaoundéré, Bertoua et Bamenda sont sans statut, ni employeur précis.
Ceci parce que sans contrat de travail, conséquence de l’absence de reclassement, d’avancements, d’assurance maladie, de congé annuel, de bulletin de paie… même si révèle Nguetchessi, " nous percevons de la part de la Cameroon Civil Aviation Autorithy nos salaires de base. "
Les nombreuses tentatives de conciliation menées, ont jusqu’ici été vaines avec les autorités publiques. Dans une correspondance datée du 04 janvier cependant, Sama Juma Ignatius le directeur général de l’Autorité aéronautique informe le personnel en grève "qu’une réunion de concertation sur la gestion desdits aéroports s’est tenue au Premier Ministère le 27 décembre 2007…. Cependant, les textes relatifs aux conclusions sont dans la phase de finalisation à la Caa et seront soumis à la signature du Premier Ministre suivant la procédure d’urgence." D’où l’invite au calme, la sortie de crise n’étant qu’une question de temps.
Joseph Bertrand Maché, le Préfet du département du Diamaré, qui a rencontré le personnel hier après midi a redit la volonté du gouvernement de trouver dans les plus brefs délais, une solution à leurs problèmes. Au sortir de la réunion à en croire les délégués du personnel, le mouvement va se poursuivre toute cette semaine.

