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Corruption : l’épervier se trompe de cible

L’indice de perception de la corruption (Ipc) 2008 de Transparency international, publié le 23 septembre 2008, et qui consacre la Somalie et l’Irak comme les champions du monde de la corruption en 2008, nous conforte actuellement dans ce qui a toujours été affirmé dans cette chronique. A savoir que la vraie lutte contre la corruption n’a pas encore commencé au Cameroun, et que de ce point de vue, “ l’opération Epervier ” est un subterfuge.
Sur les 180 pays pris en compte dans le classement 2008 de cet indice, le Cameroun occupe la 141ème place, avec une note de 2,3, contre 2,4 en 2007, et 2,3 en 2006. Une évolution en dents de scie confirmant que “ qui n’avance pas recule ” ! Mais, indiquant aussi que, passé l’effet d’annonce de “ l’opération Epervier ” engagée en 2006, son impact sur l’indice de perception de la corruption a diminué au lieu de s’amplifier.
Qu’est-ce à dire exactement ? Simplement que si “ le nombre de poursuites judiciaires ou de procès à sensation traduit vraisemblablement la capacité retrouvée de l’appareil judiciaire camerounais à sanctionner enfin les actes de corruption ” (selon le président Nguini, de Transparency international-Cameroun), les populations ciblées par les enquêtes de l’Ong n’ont pas encore perçu à travers ces procès, des chefs d’accusation portant sur les délits de corruption.
“ Selon l’étude pays réalisée en 2007 par Transparency international, la lutte contre la corruption revêt au Cameroun les atours d’un défi insurmontable, tant est prégnante l’idée que la corruption est structurellement et durablement installée ”. C’est TI Cameroun qui le révèle dans sa déclaration publique du 23 septembre dernier relative à la situation du Cameroun dans le classement de l’indice.
Ceci explique, à mon avis, pourquoi le gouvernement camerounais accepte aussi vite que cela allait de soi, la confusion que veut imposer une certaine communauté internationale entre la corruption qui est délit contre la moralité publique, et le détournement des fonds publics qui est un crime économique caractérisé. Cette confusion permet au gouvernement camerounais, en réalité au président de la République, de fuir en avant face à l’ampleur d’un mal devenu endémique par la grâce de son laxisme, ou de sa lenteur à agir… Lesquels garantissent l’impunité des délits et crimes inciviques et conséquemment leur banalité et leur normalisation dans la société.
En vérité, et quoi qu’on en dise, l’assimilation du détournement des fonds publics à la corruption arrange bien les affaires des régimes corrompus qui ont peur de s’écrouler en s’attaquant à la corruption institutionnalisée et systémique.
Une précédente étude de Transparency international faite au Cameroun (2007) sur la base d’un échantillon de 1002 personnes interrogés (627 hommes et 475 femmes), établit un tableau effrayant de six secteurs publics d’activité affectés par la corruption, et classés dans l’ordre décroissant suivant :
1er- Police/gendarmerie : 81%
2e – Douane : 70%
3e – Services des Impôts : 67%
4e – Système judiciaire : 61%
5e – Structures au service des transporteurs : 46%
6e – Partis politiques : 34%
Il n’en faut pas plus pour conclure à une corruption généralisée de tout le système politico-administratif. Si vous ajoutez à cette basse et moyenne corruption, celle de la haute administration politique où chefs de service, directeurs, secrétaires généraux et ministres, sont plutôt coutumiers des rétrocommissions sur les conventions d’investissements et la surfacturation des marchés publics, on arrive au stade de l’institutionnalisation. Surtout quand – cérise sur le gâteau – les parlementaires sont suffisamment bien traités sur et sous la table, pour adopter sans rechigner tous les projets de lois destinés à protéger l’ordre laxiste établi et les privilèges y attachés.

Désormais un rituel obligé
Il s’agit ici d’un fléau dont l’ampleur s’avère telle qu’on est obligé de partager l’analyse suivante, de Donatus B. Ngala qui, dans sa thèse de Ph. D publiée en 2001, présente la corruption du corps social comme une déviance culturelle. Je cite : “ … l’allégresse et la fréquence avec lesquelles les pots-de-vin changent de mains systématiquement au cours du cheminement d’un dossier font en sorte que, ceux qui se refusent à cette transaction indigne, pour une raison ou pour une autre, soient plutôt perçus comme de dangereux déviants (…) La corruption a tellement marqué la coutume nationale qu’elle a pris le statut de facteur de communication interpersonnelle ” M. Ngala ajoute avec une exactitude aveuglante, que “ le comportement corrompu observé au cours d’une démarche comme le suivi d’un dossier dans une administration publique est devenu un rituel obligé au Cameroun… ”
A tel enseigne que Me Charles Nguini, président de TI-Cameroun n’a pu s’empêcher de paraphraser l’autre jour un proverbe russe pour constater le 23 septembre dernier, en présentant l’indice de perception de la corruption 2008, que “ si tu parles à un fonctionnaire camerounais, il faut parler Cfa ”.
Est-ce parce qu’il n’y a pas de vertu que la misère de la pauvreté ne puisse corrompre ? Est-ce parce que la demande des biens et services publics excède l’offre et met le serviteur public (le fonctionnaire) sous pression des demandeurs ? Toujours est-il que du fait de la corruption, le service public a cessé d’être une obligation pour l’agent de l’Etat, qu’il soit le planton commis à l’accueil d’un service, ou le ministre qui doit prendre des décisions d’intérêt général. Le service public est devenu un fonds de commerce pour l’agent qui y est préposé, et dont tout acte est désormais discrétionnaire et discriminatoire.
Selon que l’agent de l’Etat soit de bonne ou mauvaise humeur ; selon que le demandeur de service parle le même dialecte que lui ou différent ; selon la taille qu’il devine à la bourse du demandeur ; selon le sentiment qu’il peut être rémunéré en nature ou en espèces, il signera ou fera signer votre papier en temps réel, à délai raisonnable, démentiel, ou jamais.
La légende voudrait qu’il n’y ait pas de corrompu sans corrupteur. Mais, c’est depuis bien longtemps qu’au Cameroun, l’usager du service public ne prend plus l’initiative de la corruption. L’agent public vend ses services aux enchères. Alors, pour être servi au plus vite, le demandeur doit devenir le plus enchérisseur, ou le mieux-disant des plus enchérisseurs. Autrement dit, c’est désormais la demande de corruption qui prévaut sur l’offre. Sauf en politique où les partis et leurs candidats viennent avec des enveloppes d’argent, des sacs de riz ou des casiers de bière pour éblouir les électeurs en vue d’obtenir leur adhésion à la tromperie électorale.
Lorsqu’à ce point, le corps social est miné par la corruption, comment peut-on prétendre en guérir par une “ opération Epervier ” à tête chercheuse et qui se trompe de cible dès le départ, en confondant le cambriolage des caisses de l’Etat avec la prostitution des services publics ?
(Prochain papier : Cessons de nous mentir). 

Par Jean Baptiste SIPA jbsipa@yahoo.fr

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Corruption : l’épervier se trompe de cible

L’indice de perception de la corruption (Ipc) 2008 de Transparency international, publié le 23 septembre 2008, et qui consacre la Somalie et l’Irak comme les champions du monde de la corruption en 2008, nous conforte actuellement dans ce qui a toujours été affirmé dans cette chronique. A savoir que la vraie lutte contre la corruption n’a pas encore commencé au Cameroun, et que de ce point de vue, “ l’opération Epervier ” est un subterfuge.
Sur les 180 pays pris en compte dans le classement 2008 de cet indice, le Cameroun occupe la 141ème place, avec une note de 2,3, contre 2,4 en 2007, et 2,3 en 2006. Une évolution en dents de scie confirmant que “ qui n’avance pas recule ” ! Mais, indiquant aussi que, passé l’effet d’annonce de “ l’opération Epervier ” engagée en 2006, son impact sur l’indice de perception de la corruption a diminué au lieu de s’amplifier.
Qu’est-ce à dire exactement ? Simplement que si “ le nombre de poursuites judiciaires ou de procès à sensation traduit vraisemblablement la capacité retrouvée de l’appareil judiciaire camerounais à sanctionner enfin les actes de corruption ” (selon le président Nguini, de Transparency international-Cameroun), les populations ciblées par les enquêtes de l’Ong n’ont pas encore perçu à travers ces procès, des chefs d’accusation portant sur les délits de corruption.
“ Selon l’étude pays réalisée en 2007 par Transparency international, la lutte contre la corruption revêt au Cameroun les atours d’un défi insurmontable, tant est prégnante l’idée que la corruption est structurellement et durablement installée ”. C’est TI Cameroun qui le révèle dans sa déclaration publique du 23 septembre dernier relative à la situation du Cameroun dans le classement de l’indice.
Ceci explique, à mon avis, pourquoi le gouvernement camerounais accepte aussi vite que cela allait de soi, la confusion que veut imposer une certaine communauté internationale entre la corruption qui est délit contre la moralité publique, et le détournement des fonds publics qui est un crime économique caractérisé. Cette confusion permet au gouvernement camerounais, en réalité au président de la République, de fuir en avant face à l’ampleur d’un mal devenu endémique par la grâce de son laxisme, ou de sa lenteur à agir… Lesquels garantissent l’impunité des délits et crimes inciviques et conséquemment leur banalité et leur normalisation dans la société.
En vérité, et quoi qu’on en dise, l’assimilation du détournement des fonds publics à la corruption arrange bien les affaires des régimes corrompus qui ont peur de s’écrouler en s’attaquant à la corruption institutionnalisée et systémique.
Une précédente étude de Transparency international faite au Cameroun (2007) sur la base d’un échantillon de 1002 personnes interrogés (627 hommes et 475 femmes), établit un tableau effrayant de six secteurs publics d’activité affectés par la corruption, et classés dans l’ordre décroissant suivant :
1er- Police/gendarmerie : 81%
2e – Douane : 70%
3e – Services des Impôts : 67%
4e – Système judiciaire : 61%
5e – Structures au service des transporteurs : 46%
6e – Partis politiques : 34%
Il n’en faut pas plus pour conclure à une corruption généralisée de tout le système politico-administratif. Si vous ajoutez à cette basse et moyenne corruption, celle de la haute administration politique où chefs de service, directeurs, secrétaires généraux et ministres, sont plutôt coutumiers des rétrocommissions sur les conventions d’investissements et la surfacturation des marchés publics, on arrive au stade de l’institutionnalisation. Surtout quand – cérise sur le gâteau – les parlementaires sont suffisamment bien traités sur et sous la table, pour adopter sans rechigner tous les projets de lois destinés à protéger l’ordre laxiste établi et les privilèges y attachés.

Désormais un rituel obligé
Il s’agit ici d’un fléau dont l’ampleur s’avère telle qu’on est obligé de partager l’analyse suivante, de Donatus B. Ngala qui, dans sa thèse de Ph. D publiée en 2001, présente la corruption du corps social comme une déviance culturelle. Je cite : “ … l’allégresse et la fréquence avec lesquelles les pots-de-vin changent de mains systématiquement au cours du cheminement d’un dossier font en sorte que, ceux qui se refusent à cette transaction indigne, pour une raison ou pour une autre, soient plutôt perçus comme de dangereux déviants (…) La corruption a tellement marqué la coutume nationale qu’elle a pris le statut de facteur de communication interpersonnelle ” M. Ngala ajoute avec une exactitude aveuglante, que “ le comportement corrompu observé au cours d’une démarche comme le suivi d’un dossier dans une administration publique est devenu un rituel obligé au Cameroun… ”
A tel enseigne que Me Charles Nguini, président de TI-Cameroun n’a pu s’empêcher de paraphraser l’autre jour un proverbe russe pour constater le 23 septembre dernier, en présentant l’indice de perception de la corruption 2008, que “ si tu parles à un fonctionnaire camerounais, il faut parler Cfa ”.
Est-ce parce qu’il n’y a pas de vertu que la misère de la pauvreté ne puisse corrompre ? Est-ce parce que la demande des biens et services publics excède l’offre et met le serviteur public (le fonctionnaire) sous pression des demandeurs ? Toujours est-il que du fait de la corruption, le service public a cessé d’être une obligation pour l’agent de l’Etat, qu’il soit le planton commis à l’accueil d’un service, ou le ministre qui doit prendre des décisions d’intérêt général. Le service public est devenu un fonds de commerce pour l’agent qui y est préposé, et dont tout acte est désormais discrétionnaire et discriminatoire.
Selon que l’agent de l’Etat soit de bonne ou mauvaise humeur ; selon que le demandeur de service parle le même dialecte que lui ou différent ; selon la taille qu’il devine à la bourse du demandeur ; selon le sentiment qu’il peut être rémunéré en nature ou en espèces, il signera ou fera signer votre papier en temps réel, à délai raisonnable, démentiel, ou jamais.
La légende voudrait qu’il n’y ait pas de corrompu sans corrupteur. Mais, c’est depuis bien longtemps qu’au Cameroun, l’usager du service public ne prend plus l’initiative de la corruption. L’agent public vend ses services aux enchères. Alors, pour être servi au plus vite, le demandeur doit devenir le plus enchérisseur, ou le mieux-disant des plus enchérisseurs. Autrement dit, c’est désormais la demande de corruption qui prévaut sur l’offre. Sauf en politique où les partis et leurs candidats viennent avec des enveloppes d’argent, des sacs de riz ou des casiers de bière pour éblouir les électeurs en vue d’obtenir leur adhésion à la tromperie électorale.
Lorsqu’à ce point, le corps social est miné par la corruption, comment peut-on prétendre en guérir par une “ opération Epervier ” à tête chercheuse et qui se trompe de cible dès le départ, en confondant le cambriolage des caisses de l’Etat avec la prostitution des services publics ?
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Sur les 180 pays pris en compte dans le classement 2008 de cet indice, le Cameroun occupe la 141ème place, avec une note de 2,3, contre 2,4 en 2007, et 2,3 en 2006. Une évolution en dents de scie confirmant que “ qui n’avance pas recule ” ! Mais, indiquant aussi que, passé l’effet d’annonce de “ l’opération Epervier ” engagée en 2006, son impact sur l’indice de perception de la corruption a diminué au lieu de s’amplifier.
Qu’est-ce à dire exactement ? Simplement que si “ le nombre de poursuites judiciaires ou de procès à sensation traduit vraisemblablement la capacité retrouvée de l’appareil judiciaire camerounais à sanctionner enfin les actes de corruption ” (selon le président Nguini, de Transparency international-Cameroun), les populations ciblées par les enquêtes de l’Ong n’ont pas encore perçu à travers ces procès, des chefs d’accusation portant sur les délits de corruption.
“ Selon l’étude pays réalisée en 2007 par Transparency international, la lutte contre la corruption revêt au Cameroun les atours d’un défi insurmontable, tant est prégnante l’idée que la corruption est structurellement et durablement installée ”. C’est TI Cameroun qui le révèle dans sa déclaration publique du 23 septembre dernier relative à la situation du Cameroun dans le classement de l’indice.
Ceci explique, à mon avis, pourquoi le gouvernement camerounais accepte aussi vite que cela allait de soi, la confusion que veut imposer une certaine communauté internationale entre la corruption qui est délit contre la moralité publique, et le détournement des fonds publics qui est un crime économique caractérisé. Cette confusion permet au gouvernement camerounais, en réalité au président de la République, de fuir en avant face à l’ampleur d’un mal devenu endémique par la grâce de son laxisme, ou de sa lenteur à agir… Lesquels garantissent l’impunité des délits et crimes inciviques et conséquemment leur banalité et leur normalisation dans la société.
En vérité, et quoi qu’on en dise, l’assimilation du détournement des fonds publics à la corruption arrange bien les affaires des régimes corrompus qui ont peur de s’écrouler en s’attaquant à la corruption institutionnalisée et systémique.
Une précédente étude de Transparency international faite au Cameroun (2007) sur la base d’un échantillon de 1002 personnes interrogés (627 hommes et 475 femmes), établit un tableau effrayant de six secteurs publics d’activité affectés par la corruption, et classés dans l’ordre décroissant suivant :
1er- Police/gendarmerie : 81%
2e – Douane : 70%
3e – Services des Impôts : 67%
4e – Système judiciaire : 61%
5e – Structures au service des transporteurs : 46%
6e – Partis politiques : 34%
Il n’en faut pas plus pour conclure à une corruption généralisée de tout le système politico-administratif. Si vous ajoutez à cette basse et moyenne corruption, celle de la haute administration politique où chefs de service, directeurs, secrétaires généraux et ministres, sont plutôt coutumiers des rétrocommissions sur les conventions d’investissements et la surfacturation des marchés publics, on arrive au stade de l’institutionnalisation. Surtout quand – cérise sur le gâteau – les parlementaires sont suffisamment bien traités sur et sous la table, pour adopter sans rechigner tous les projets de lois destinés à protéger l’ordre laxiste établi et les privilèges y attachés.

Désormais un rituel obligé
Il s’agit ici d’un fléau dont l’ampleur s’avère telle qu’on est obligé de partager l’analyse suivante, de Donatus B. Ngala qui, dans sa thèse de Ph. D publiée en 2001, présente la corruption du corps social comme une déviance culturelle. Je cite : “ … l’allégresse et la fréquence avec lesquelles les pots-de-vin changent de mains systématiquement au cours du cheminement d’un dossier font en sorte que, ceux qui se refusent à cette transaction indigne, pour une raison ou pour une autre, soient plutôt perçus comme de dangereux déviants (…) La corruption a tellement marqué la coutume nationale qu’elle a pris le statut de facteur de communication interpersonnelle ” M. Ngala ajoute avec une exactitude aveuglante, que “ le comportement corrompu observé au cours d’une démarche comme le suivi d’un dossier dans une administration publique est devenu un rituel obligé au Cameroun… ”
A tel enseigne que Me Charles Nguini, président de TI-Cameroun n’a pu s’empêcher de paraphraser l’autre jour un proverbe russe pour constater le 23 septembre dernier, en présentant l’indice de perception de la corruption 2008, que “ si tu parles à un fonctionnaire camerounais, il faut parler Cfa ”.
Est-ce parce qu’il n’y a pas de vertu que la misère de la pauvreté ne puisse corrompre ? Est-ce parce que la demande des biens et services publics excède l’offre et met le serviteur public (le fonctionnaire) sous pression des demandeurs ? Toujours est-il que du fait de la corruption, le service public a cessé d’être une obligation pour l’agent de l’Etat, qu’il soit le planton commis à l’accueil d’un service, ou le ministre qui doit prendre des décisions d’intérêt général. Le service public est devenu un fonds de commerce pour l’agent qui y est préposé, et dont tout acte est désormais discrétionnaire et discriminatoire.
Selon que l’agent de l’Etat soit de bonne ou mauvaise humeur ; selon que le demandeur de service parle le même dialecte que lui ou différent ; selon la taille qu’il devine à la bourse du demandeur ; selon le sentiment qu’il peut être rémunéré en nature ou en espèces, il signera ou fera signer votre papier en temps réel, à délai raisonnable, démentiel, ou jamais.
La légende voudrait qu’il n’y ait pas de corrompu sans corrupteur. Mais, c’est depuis bien longtemps qu’au Cameroun, l’usager du service public ne prend plus l’initiative de la corruption. L’agent public vend ses services aux enchères. Alors, pour être servi au plus vite, le demandeur doit devenir le plus enchérisseur, ou le mieux-disant des plus enchérisseurs. Autrement dit, c’est désormais la demande de corruption qui prévaut sur l’offre. Sauf en politique où les partis et leurs candidats viennent avec des enveloppes d’argent, des sacs de riz ou des casiers de bière pour éblouir les électeurs en vue d’obtenir leur adhésion à la tromperie électorale.
Lorsqu’à ce point, le corps social est miné par la corruption, comment peut-on prétendre en guérir par une “ opération Epervier ” à tête chercheuse et qui se trompe de cible dès le départ, en confondant le cambriolage des caisses de l’Etat avec la prostitution des services publics ?
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20 mai : Le Sdf ne défilera pas dans le Littoral

La coordination du parti dans cette province l’a fait savoir au gouverneur hier.
Eugène Dipanda –




On en parlait de plus en plus dans les coulisses du Social Democratic Front (Sdf) à Douala. C’est donc chose faite depuis hier, mercredi 14 mai 2008. A travers une lettre signée de M. Jean Michel Nitcheu, président provincial du Sdf pour la province du Littoral, le parti de Ni John Fru Ndi vient clairement d’informer la plus haute autorité administrative de la province, qu’il ne prendra pas part au défilé du 20 mai prochain. La raison de ce renoncement : l’arrêté de M. Faï Yengo Francis signé le 15 janvier 2008, et interdisant toute manifestation publique sur "son" territoire de commandement.
"En date du 15 janvier 2008, vous avez signé un arrêté interdisant les manifestations publiques sur toute l’étendue de la province du Littoral. Cet arrêté non limité dans le temps et l’espace constitue une entrave grave aux libertés fondamentales pourtant garanties par les lois de la République", lit-on en substance dans la lettre dont Mutations a reçu copie.

"Le Sdf Littoral conditionne sa participation à la fête de l’Unité nationale par la levée sans ambiguïté et sans équivoque de votre arrêté. Tant qu’il sera en vigueur, cet arrêté aura pour conséquence malheureuse d’exclure une bonne partie de la population du Littoral des festivités marquant cette célébration. Vous serez responsable devant l’histoire de la province du Littoral…", écrit notamment M. Jean Michel Nitcheu au gouverneur du Littoral.
Depuis la date de signature de l’arrêté querellé, la plupart des manifestations publiques pacifiques que les partis politiques et même des associations civiles ont tenté d’organiser dans la province du Littoral, et principalement celles qui avait trait au combat contre la modification de la Constitution du 18 janvier 1996, ont brutalement été étouffées par les forces de l’ordre, sur instruction des autorités de la province.

Conditions
Dans le même temps pourtant, le gouverneur de la province du Littoral a autorisé la tenue de certaines manifestations publiques à Douala, à l’instar des spectacles de musique de Sean Paul et de Booba ; des meetings politiques relatifs à la célébration de l’anniversaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) ; des tournées parlementaires des élus du parti au pouvoir ; des carnavals culturels ; et, plus récemment encore, du défilé des travailleurs le 1er mai. Autant de "violations" de l’arrêté de M. Faï Yengo Francis, que la classe politique locale a constamment décriées.
Pour ce qui est de la décision du Sdf signifiée au gouverneur hier, le président provincial de ce parti dans le Littoral lui fait savoir que " (…) Les festivités de la fête de l’Unité, à l’instar du défilé que vous présidez illégalement tant que votre propre arrêté ne sera pas levé, se célèbre dans les lieux publics. De même que les réjouissances qui suivent le défilé. Les lieux publics étant frappés d’interdiction par votre arrêté antidémocratique, vous comprenez que je ne saurais jeter en pâture et exposer à la soldatesque la vie des militants dont j’ai la charge.".
Pour l’instant, dans ce contexte d’interdiction des manifestations publiques dans le Littoral, les autres partis politiques de l’opposition n’ont pas encore indiqué s’ils prendront part ou non au défilé de mardi prochain à Douala et ses environs. D’autre part, rien, jusqu’à présent, ne laisse penser que le gouverneur Faï Yengo Francis abrogerait les termes de son arrêté avant le 20 mai 2008.

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